‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 104 sur 119 · J78 LE DIVIN · texte numérisé non relu

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tout prix, ne serait-ce que par une définition unique, toutes ces formes, serait un pur jeu d'esprit. La religion où il n'est pas question de Dieu, le boud:dhisme par exemple, n'est pas une avec celle qui parle d'un a: Père céleste ». Impossible de ramener à une réelle unité les religions qui admettent simplement des êtres supérieurs, so«is quelque rapport, à l'homme (esprits, dieux...) et celles où apparali, d'une manière ou d'une autre, le sentiment du Parfait, de l'Idéal. C'est parce que ce sentiment a débarrassé le christianisme — autant que le permettait l'humaine misère — des formes naturisles réalisant le culte du mieux, mais toujours de l'imparfait, que le Christianisme a supplanté même les a Réformes » du paganisme : Orphisme, culte de Mithra, moins complètement dématérialisées. L' « Agneau » de Dieu était un pur symbole, ce que l'on ne pouvait dire des Taureaux divins. Dans le Christianisme, la conscience morale sentit affirmée sa domination entière sur les instincts qu'elle doit coordonner et diriger. La crise actuelle a pour cause un effort qui tend à le perfectionner encore : il s'agit de tirer les conclusions pratiques de grandes maximes restées dans le v^ue : justice, amour ; il s'agit aussi d'éliminer l'interprétation littérale de croyances erronées que

ment acquise, ou par instinct transmis, ou par suite d'une induction logiquement formulée. Ainsi le même acte religieux peut être le produit de religions d'ordre différent. Si l'on persiste à mettre de Vu7iUé entre elles, ce n'est donc que par suite d'une hypothèse à priori qui permet, par exemple, de voir en toutes un vague moBisme, un sens Qb&Ci࣠4e l'inûni, etc.

partageaient — si Ton en croit ses interprètes — Jésus lui-même, et certainement les peuples auxquels fut prêché et adapté l'Évangile.

Ceux qui redoutent que Ton n'aboutisse de la sorte à un c( esprit » religieux sans corps et sans action, devraient penser qu'il est, du moins, plus honnête de chercher à incorporer cet « esprit » dans teîle reunion de Maison du peuple ou d'Université populaire, par exemple, que dans une assemblée catholique ou protestante orthodoxe dont on ne peut plus faire partie qu'en jouant sur les mots et en tridhant sur leur sens.

A ces espèces différentes de formes religieuses peut-on attribuer un élément psychique commun? Est-il plus sage de maintenir, comme Darwin dans les dernières lignes de V Origine des espèces ^\^ possibilité (( d'une ou plusieurs formes primitives » ? Si l'on ne désirait qu'une satisfaction de clarté, une division s'offrirait à l'esprit : d'un côté, les formes religieuses auxquelles a donné naissance l'interprétation Imaginative des phénomènes et des influences du monde extérieur, de l'autre, celles qui proviennent de la conscience morale ; ou encore : celles qui pourraient s'expliquer, à la rigueur, par l'épanouissement, chez un être réfléchi de sentiments existant déjà chez l'animal \ et celles où la notion ^Mparfait a remplacé la notion du plus grand ou du mieux empirique. Mais, dans la réalité, en cet être corn-

\. Gfr. citation de Darwin, p. 247.

plexe qu'est Thomme, toutes ces formes se présentent irrémédiablement enchevêtrées, la forme inférieure pouvant coexister près de la supérieure à laquelle elle sert d'image, de symbole. A quel moment le moral est-il devenu pleinement conscient, distinct du purement utilitaire ?... A quel moment le physique est-il devenu « symbole » du suprasensible, la lumière, par exemple, symbole de la vérité et du bien ?... C'est la même difficulté que lorsqu'on se demande à quel moment un sentiment vraiment es thétique a jailli du sein des motifs utilitaires magiques, qui paraissent suffire à expliquer les premières parures. Précisions actuellement impossibles. Ce qui est certain, si nous en jugeons par les efforts moraux qu'a réalisés l'Humanité, et qui, certes, ne découlaient logiquement ni de ses mythes, ni de ses rites, c'est que les tendances sous l'influence desquelles elle « cherchait Dieu », selon le beau mot de la Bible, étaient bien supérieures à ses croyances. Le processus idéalisateur inspiré par ces tendances se confond avec le processus même du devenir humain.

En effet, ce n'est pas uniquement par procédé pratique, utilitaire S pour amplifier l'autorité du « jugement de valeur » et lui donner sa pleine force de suggestion, que nous le projetons en dehors et audessus de nous par la croyance religieuse. C'est, en plus, pour témoigner que nous mettons à part (nous consacrons) cet élément d'obligation morale que rien

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