‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 108 sur 119 · DU MAL · texte numérisé non relu

DU MAL

Voici deux passages qui aideront à comprendre comment l'on peut, en toute bonne foi, noyer dans un sentiment mystique l'objection de l'existence du mal.

« Saint François d'Assise appelait tout ce qui l'entourait ses frères et ses sœurs. Ce n'était pas sans doute qu'il jugeât que tous les êtres de la nature fussent ses égaux. Mais partout il voyait des existences voulues par Dieu et qu'il devait vouloir avec Lui et en Lui, des existences avec lesquelles, du point de vue de Dieu, la sienne s'harmonisait. Ce n'était plus pour lui des choses bonnes à posséder ou des choses nuisibles à repousser. C'étaient dés êtres. En leur ouvrant son âme, il s'enrichissait de leur substance. Et en même temps, il leur prêtait sa pensée et son cœur pour louer et pour aimer Dieu. Il croyait à leur réalité avec une foi d'amant : n'ayant d'eux rien à craindre, rien ne l'empêchait de leur reconnaître le droit à tous les degrés de s'épanouir dans l'être. » (P. Laberthonnière. Essais de philosophie religieuse, Lethielleux, p. 98). C'est le cas des aveuglés d'amour, des éblouis de perfection.

Autre expédient : La souffrance existe, mais Dieu la supporte avec nous :

« J'affirme que Dieu soufifre et se fait souffrir dans la personne des justes lorsqu'il châtie sur eux les péchés des méchants. Et si l'on a besoin de quelque analogie humaine comme d'un point d'appui, pour éviter le vertige des hauts sommets, qu'on étudie l'état d'âme d'une mère qui pour sauver son enfant, est forcée de lui infliger un rude châtiment. Qui souffre le plus de ce châtiment? Est-ce l'enfant? Nullement, c'est la mère : elle est tout à la fois celle qui châtie et celle qui, dans la personne de son enfant, endure le châtiment... Dieu et l'âme humaine se pénètrent comme le feu et la barre de fer ardente : où est le fer ? partout; où est le feu? partout. Si Dieu peut ainsi habiter l'âme humaine, on ne saurait plus le taxer d'injustice lorsqu'il châtie le coupable dans la personne du juste ; car, lorsqu'il agit ainsi, il se fait souffrir lui-même. » (L'action bonne, par le pasteur T. Fallot, Paris, Fischbacher, 1905; p. 140).

Nous trouvons, en revanche, des idées analogues à celles du D"" Flournoy (p. 160) dans un discours adressé à des jeunes gens de Genève, en septembre 1904, et intitulé : Un athée; contribution à la réforme d'une certaine idée de Dieu, où le pasteur Wilfried Monod résume les idées d'un athée

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