‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 110 sur 119 · OU NON SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

OU NON SCIENTIFIQUE

Avant tout, il faut s'entendre et nettement établir les distinctions suivantes :

1. Dans son récent ouvrage L* organisation de la conscience morale y Esquisse d'un art moral positif (F. Alcan, 1906), M. Jean Delvolve montre

1** Morale dépendante de la volonté capricieuse d'un Dieu personnel. — Hypothèse que personne ne défend à notre époque.

2*» Morale dépendante de la volonté d'un Être infiniment bon et parfait. — On est alors obligé de concevoir le Bien comme l'essence du Dieu personnel, de telle sorte que, logiquement, la notion du Bien est antérieure, supérieure, à celle de Dieu^ donc, logiquement^ indépendante. Et si l'on dit: Mais ce n'est pas le Bien en soi qui dépend de la volonté de Dieu, c'est le Bien en tetnt qu'imposé, obligatoire en tant que devoir, on oublie que si cette manière de se représenter les choses est nécessaire à certains esprits, elle ne l'est pas pour tous. Il suffit à beaucoup de sentir qu'une chose est bonne et belle pour qu'elle s'impose à leur volonté comme règle d'action.

3* Morale purement utilitaire et phénoméniste (sdence positive des mœurs et non science idéale de ce qui doit être).

Il paraît difficile de s'en tenir à ce point de vue purement utilitaire ; le bien revêt de suite un aspect de beauté qui rend l'hypothèse utilitaire stricte trop étroite.

Un très intéressant effort pour inclure la moralité en formules scientifiques et déterministes est celui de M. Lévy- Bruhl^ Or il est obligé de maintenir quand même un double

comment Ton peut, tont en prenant comme bases les lois scientifiques de Têtre vivant, conserver à la morale son caractère d'art et d'art individuel. J'ai fait une réserve p. 204.

1. La morale et la science des mœurs. Paris, F. Alcan, 1903. — Du récent ouvrage de M. Poincaré : La valeur de la science (Flammarion, 1905), p. 3, j'extrais ces lignes : « La morale et la science ont leurs domaines propres qui se touchent, mais ne se pénètrent pas. L'une nous montre à quel but nous devons viser, l'autre, le but étant donné, nous fait connaître les moyens de l'atteindre. Elles ne peuvent donc jamais se contrarier, puisqu'elles ne peuvent se rencontrer. Il ne peut pas y avoir de science immorale, pas plus qu'il ne peut y avoir de morale scientifique. » J'y joins ces remarques si justes d'A. Fouillée: <cLa morale, dit M. Lévy-Bruhl, existe vi propria à l'état de réalité 9»eiale et elle s'impose au sujet individuel avec la même objectivité que le reste du réel. » Une telle conception, selon nous, n'est ni claire ni « positive ». Elle n'est pas claire, car elle profite de TambigiiUé des mots rèffie morale et réalité donnée, qui sont bm fond incompatîbile&, pnisqae les règles morales concernent ce qui n'est pas encore « donné », ce qu'il dépend de nous de donner ou de ne pas donner. Elle n'est pas non

aspect à la moralité, au lieu de Faspect scientifique exclusif y unique, qui serait nécessaire pour ruiner la « métamorale » : c( De même, dit-il très justement, que nous avons de presque toute la réalité donnée dans l'espace deux représentations parfaitement distinctes, Tune sensible et subjective, Tautre conceptuelle et objective, de même que nous sommes accoutumés à nous représenter objectivement comme des ondes de Télher ce que nous éprouvons subjectivement comme chaleur et comme lumière, sans que Tune de ces représentations exclue Vautre, ni même s'y oppose, de même nous pouvons posséder en même temps deux représentations de la réalité morale, Tune subjective, l'autre objective. Nous pouvons d'une part, subir l'action de la réalité sociale où BOUS sommes plongés, la sentir se réaliser dans notre propre conscience, et de l'autre, saisir dans cette réalité objectivement conçue les relations constantes qui en sont les lois. La coexistence en nous de ces deux représentations nous deviendra familière. Elle ne soulèvera pas plus de difficultés que k)rsqu'il s'agit du monde extérieur... Quand la science des faits moraux nous en aura donné une représentation objective, quand elle les aura incorporés à la « nature », la vie intérieure de la conscience morale n'aura rien perdu de son intensité, ni de son irréductible originalité^ »

On ne saurait mieux dire. Enfin Ton a compris qu'il ne s'agit pas de théories qui [doivent s'entre- détruire, mais de deux modes de représentations qui sont loin d'épuiser, d'ailleurs, le mystère de la Réalité.

C'est avouer, en tout cas, que l'utilitarisme n'explique pas tout ce que la morale est pour « la vie intérieure de la conscience. »

A-t-on le droit d'aller plus loin et de donner un nom à ce

plus positive, car elle méconnaît une différence essentielle : la nature physique est fondée indépendamment des individus humains, tandis que c'est nous qui, individuellement ou collectivement, admettons et établissons un ordre moral quelconque, lequel n'existerait pas sans nos consciences et nos volontés. Assimiler ce dont l'homme n'est pas condition à ce qu'il conditionne par ses pensées et sentiments, par ses idéeslorces, voilà qui est inexact au point de vue de la science psychologique comme au point de vue de la science sociale elle-même ». (Rev. Detuv Mondes 1" octobre 1905, p. 528.) 4. P. 31, ?2

surplus inexpliqué par rutilitarisme? Dira-ton Dieu, ou Vordre idéal des choses, ou, plus simplement V Idéale Cela dépendra du tempérament Imaginatif; en tout cas, l'aflirmation du rapport entre la Morale et Tldéal nous ramène à cette notion de Parfait, d'Absolu, que Ton appellera métaphysique si on Tenvisage au point de vue plutôt représentatif, religieuse au point de vue surtout émotionnel, sentimental. Mais il vaudrait mieux dire rapport que dépendance, ce dernier terme étant généralement interprété dans un sens d'infériorité.

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