LA MAGIE AUX TEMPS PALÉOLITHIQUES
M. Rutol, dont on connaît les travaux sur le Quaternaire belge et sur les industries de la pierre, au retour d'un voyage aux grottes à peintures de la vallée de la Vézère (époques du mammouth, puis du renne), a bien voulu nous communiquer la note suivante (1" juin 1906) :
« Dans la vallée de la Vézère et probablement dans
1. Gfr. Darwin ch. i § 1 de ï Origine des Espèces (Traduct. Barbier, Reinwald. p. 11).
2. « Les gymnospermes débutent par les cordaïtées, qui forment un type très perfectionné. Rien non plus ne permet de rattacher les conifères à quelque type antérieur. Enfin, des monocotylédones (palmiers) et des dicotylédones (majorité des arbres actuels) apparaissent ensemble dans l'infracrétacé, sous forme d'échantillons clairsemés au milieu d'une flore parfaitement semblable à celle des couches sous-jacentes, où l'on n'observait aucune trace de leur existence, et aussitôt se multiplient et se diversifient avec une rapidité remarquable. » P. 689.
d'autres régions, jusqu'aux Pyrénées, il semble qu'il y ait une distinction très nette à faire entre les « abris sous roche » et les cavernes proprement dites.
Les premiers, largement ouverts sur l'extérieur, semblent avoir exclusivement sçrvi de lieu d'habitation, tandis que les cavernes, longues et étroites, auraient été réservées comme sanctuaires.
On n'y trouve, en effet, que peu d'instruments, tandis que les parois sont couvertes soit de gravures, soit de peintures d'animaux représentant le plus souvent le bison et le cheval, accompagnés de mammouths plus rares. Parmi ces images on reconnaît çà et là des formes humaines à tètes généralement bizarres qui pourraient figurer un masque ^
.D'autre part, vers le fond de ces cavernes, il y a souvent un étranglement par où passait celui chargé de faire parler l'oracle.
M. Salomon Reinach a interprété les reproductions d'animaux^, mais les figurations humaines mises aussi en relation avec la découverte de « bâtons de commandement » qui paraissent bien être des bâtons de féticheurs, viennent encore renforcer l'opinion déjà émise.
On reconnaît du reste, à quantité de petits détails (amulettes, etc.) que la question religieuse était déjà introduite parmi les populations à cette époque reculée et on peut également voir dans la rupture volontaire des grandes pointes solutréennes ^ (qui sont des glaives et des pointes de lances) le premier indice de rites funéraires que nous voyons se perpétuer pendant le néolithique robenhausien (pierre polie), puis à l'âge des métaux. »
— Il semble bien qu'on voulût les tuer en les brisant ainsi, de manière à ce que leurs « doubles » fussent au service du « double » du mort. On trouvera une bibliographie de cette question des gravures et peintures sur les parois des grottes dans Six leçons de préhistoire par G. Engerrand (Bruxelles, r * Larder, 1905), p. 173.