RUYSBROEGK : LES DÉLICES MYSTIQUES
même de Taction instinctive. On peut se demander si un individu ainsi transformé n'appartient pas à une nouvelle variété de l'espèce humaine. Dans tous les cas, il faut l'admettre franchement, il y a entre un Tauler et Thomme ordinaire une distance considérable, et cela dans la direction indiquée par les efforts persistants de l'humanité ^ »
Il s'ensuit donc que les mystiques, grâce à cet état anormal d'hypertrophie sentimentale, nous permettent d'observer la nature humaine comme amplifiée par un immense microscope. Car dans ces passionnés d'amour, mais passionnés surtout de perfection morale, nous apercevons plus facilement l'irréductible complexité de cette nature, la dualité d'aspects sous lesquels on doit toujours considérer l'aspiration de son activité : bonheur, perfectionnement.
Mais il ne nous semble pas — nous aurons occasion d'y revenir — que la moralité puisse s'expliquer toute par les seules exigences sociales, comme « volonté collective >/. Surtout, nous ne saurions admettre l'équation entre « Dieu-sainteté » et « l'ensemble des principes altruistes ». L'idée de Dieu inclut cet ensemble, mais le dépasse infiniment. Ce n'est pas seulement le « Dieu-sainteté », c'est le Dieu « plénitude », le Dieu j^erfection qui ravit un Ruysbroeck. Que Dieu soit innommable, il le répète maintes fois, fidèle en cela à la doctrine du pseudo-