Les maladies du sentiment religieux (F. Alcan), p
3. Et à plus iortd raison des cx:tatiques d'ordre purement physique. Taine (2* volume LetlreSy p. 23i) raconte que Flaubert allait à Constantinople voir tous les jours les derviches tourneurs ; un d'eux avait une tête admirable, extatiquj. Il finit par le connaître, l'invite à prendre le café, lui fait boire de l'eau de-vie. L'autre boit comme un trou. Interrogé sur les pensées qu'il a quand il tourne, il répond qu'il ne pense à rion, qu'il songe simplement à l'eau-de-vie qu'il boira. »
ont perdu de vue, mais qu'ils continuent à imiter... L'âme sent en elle des dispositions et des inclinations qui lui semblent à la fois siennes et non siennes, qu'elle rapporte après coup, au sortir de Texlase (car elle en garde le souvenir^ à Dieu, à Jésus-Christ. Elle a rimpression que a Christ vit en elle », elle trouve imprimés au plus profond d'elle-même ses états de pauvreté, d'humilité, de soumission. »
C'est la tendance vers la perfection morale^ dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent, qui prédomine alors. Mais il nous semble que Ton n'a pas fait jusqu'à présent une place suffisante, dans l'analyse de cette phase, aux « sentiments intellectuels » dont parle M. Ribot au chapitre xi de sdi Psychologie des sentiments. Il n'est pas une phase de l'exercice de nos facultés représentatives qui ne soit doublée d'émotions correspondantes, de telle sorte que les psychologues qui ont voulu tenter la classification de ces émotions, en désignent un nombre variant de 15 à 60 ; Ribot en cite 32. On conçoit dès lors que les sentiments moraux d'imitation du modèle divin ne soient pas les seuls qui remplissent la conscience du mystique. Il a toujours un désir ardent de voir, de connaître Dieu^ Lors donc que les images intellec-
1. C'est un des points par lesquels l'extatique diffère de l'hystérique proprement dit.
2. « L'âme contemplative clame : Seigneur, montrez-nous votre face!... Alors se dilate l'œil intellectuel ;.. il voudrait connaître à fond et expérimenter ce qu'est Dieu », etc.. Xll Béguines, ch. xii. — « La raison fouille toujours k nouveau afin de suivre ce rayon de miel jusqu'en sa source. » Noces spir. L. II, ch. ui.
luelles OU autres auront disparu, alors que se sera évanouie ridée même d'une communication intime avec la Divinité, V émotion intense qui l'accompagnait (sentiment intellectuel) pourra, détachée de cette idée, subsister isolée en tant qu'émotion, se développer, s'exalter, envahir de plus en plus la conscience et y régner conjointement avec l'amour. Au réveil, le mystique se rappellera cette émotion incomparable et n'ayant rien à y joindre — et pour cause — il se la justifiera par la croyance à une contemplation « sans mode, sans manière, sans mesure » , où l'âme voit « sans savoir quoi ». ce C'est au-dessus de tout, ajoute Ruysbroeck, et ce n'est ni ceci, ni cela/ »
Mais chez le mystique chrétien plus amoureux qu'intellectuel, vient le moment où le sentiment intellectuel lui-même s'évanouit, et où se réalise le véritable état monosentimental : l'amour seul remplissant le champ de la conscience^ :
« Le quatrième mode d'aimer est un état de vide,