‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 24 sur 119 · On pourrait donc établir le schéma suivant · texte numérisé non relu

On pourrait donc établir le schéma suivant

a) Polyîdéique (« spéculation » ou contemplation « avec images » de ja I . fPhstse représentative. ^ Ruysbroeck).

^ l * 1 r ^*) Monoîdéique ( rontemplaliou

^ I I \ « sous un seul mode »).

mi J ' ' ( [ h) Polysentimen taie {cormprendy&vec

H \ ' 1 i Tamour, des sentiments moraux

z I f , ^ etdes sentiments m^e2^ec^ue/«,(ces

S f I ^"* Pl**8e sentimentale. < derniers donnant lieu à la croyance

m I ( r en la «contemplation sans mode »).

\ b') Monosentimentale : Tamour seul.

B. Période inconsciente {« ludifféreuce »» « Silence »...)

OÙ Ton est uni à Dieu par un amour nu, et dans une lumière divine, libre et vide de toute pratique amoureuse, par delà les œuvres et les exercices de la piété; simple et pur amour, qui consume et anéantit en lui-même Tàme humaine, de telle sorte que l'on ne songe plus ni à soi-même, ni à Dieu, ni à quelque chose de créé. Rien qu'aimer* ! »

« Toute l'occupation de Tâme est un amour général^ dira M® Guyon, sans motif ni raison d'aimer.

Demandez-lui ce qu'elle a fait à Toraison et durant le jour : elle vous dira qu'elle aime. Mais quel motif^ quelle raison avez- vous d'aimer? Elle n'en sait rien. Tout ce qu'elle sait est qu'elle aimej*. »

Surviennent alors des phénomènes relatifs à la sensibilité organique : sentiments de suppression de la pesanteur du corps (S® Térèse), sentiment de son gonflement (M™® Guyon), tous phénomènes qui sont aussi les effets connus de l'action physiologique du hachisch. Et enfin la suppression de toute conscience, r « état d'indifférence », vient marquer le terme de celte évolution régressive de la vie psychique \

C'est précisément ce « rien », cet « abîme », qu'au retour de la conscience, le mystique, d'après Leuba, va diviniser : « Comment donc, dit-il, a-t-on pu

\.JCI1 Béguines, ch. xiv. Gfr. Noces spirit. L. II, ch.uv.

2. Les torrents spirituels, p. 169. Gfr. Muiisier, op. cit., p. 61.

3. C'est le sommeil entre les bras delà divine présence, desaint François ,de Sales, V « espèce d'évanouissement » de sainte Térèse; le « silence caligineux » de Ruysbroek (dernier chapitr-e des Noces spi- Htuelles. Cfr. aussi ch. xiv des Xi/ Béguines).

aller jusqu'à identifier à Dieu l'inconscience pure et simple, par quelle magie a-t-on attribué h Tinconscience parfaite assez de réalité pour la diviniser ? L'âme qu'ils décrivent comme toute nue, toute vide, sans distinction aucune, ne leur semble pourtant pas être le néant. C'est pour eux quelque chose de plus et de mieux et voici pourquoi. Quand la conscience une fois de retour se met à penser au moment antérieur et sent un vide, ce vide, ce rien, en devenant ainsi un objet de la pensée, prend existence et devient le rien qui cependant est. Il possède dès lors une sorte d'existence, celle que la conscience donne à tous ses objets. Seulement, et voici l'erreur de nos auteurs, ce rien pensé n'est aucunement la même chose que le rien d'auparavant qui n'était pas pensé \ »

C'est trop subtil ; un vrai « rien » resterait une forme vide et abstraite. Or si, comme Leuba le dit lui-même plus loin, le mystique s'empresse ' de remplir cette forme avec quelques-uns des éléments : amour, paix, repos béatifiant, c'est qu'ils lui servent à revêtir non pas le « rien », mais cette « plénitude ^ » dont le mystique a fait l'expérience tout d'abord et qu'il n'a pas oubliée. Et voilà pourquoi Ruysbroeck distingue de l'extase vraiment surnaturelle et divine l'extase naturelle où l'âme « se vide

i. p. 481 de la Rev.phil. de nov. 1902.

2. Et cela, aussi bien le bouddhiste, à propos du nirvana, que le chrétien pour Tessence divine.

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