Ch. LU
lions qui accompagnent le doute, la certitude, la recherche ou la découverte de la vérilé^ émotion du nouveau^ émotion du reconnu\ etc.), avant que Ton ait bien compris que ces émotions peuvent surgir subitement dans l'esprit de même que celles d'appréhension, de peur, de gaieté, etc., et s'associer à telle ou telle représentation qui occupe alors le champ de la conscience, ce phénomène eût été difficile à expliquer. Aujourd'hui, nous comprenons que l'émotion « du nouveau », que le mystique a surexcitée en lui par cette conviction que Dieu va entrer en communication avec son esprit et lui révéler ses secrets, puisse persister ; le mystique l'associe ou la laisse inconsciemment s'associer à ses souvenirs qui lui apparaissent dès lors comme vérités nouvelles lui ayant été révélées, enseignées par Dieu.
Ajoutons à cela l'hypothèse si vraisemblable proposée par le D' Pierre Janet. 11 cite comme exemple le cas de cette extatique qu'il a soignée et étudiée à fond à la Salpêtrière^ Elle ressent d'incomparables joies pendant ses méditations ; la joie est poussée à l'extrême, les mystères semblent tangibles, clairs et certains. « Je comprends, dit-elle, parce que je le vois, je le touche, le dogme de la sainte Trinité
1. Gfr. la Psycholoyie des sentiments de Ribot (F. Alcan) et la thèse du D' E. Bernard-Leroy sur V Illusion de fausse reconnaissance (F. Alcan).
2. Une extatique. Conférence faite à l'Institut psychologique international le 23 mai 1901, parle D' Pierre Janet, p. 2U. — Les obsessions et la psychasthénie, du même, pp. 380, 660 (F. Alcan).
HÉBERT. — Divin. 4
50 PRl^DOMINANCE DE L'ÉLÉMENT ÉMOTIF
et de rimmaculée Conceplion... Dieu est comme un
divin soleil qui apparaît aux yeux de mon âme... J'ai vu des splendeurs impossibles à rendre... tout un abîme de lumière plus éblouissant que le soleil, plus étincelant que tous les diamants ; les innombrables feux qui s'en échappaient changeaient sans cesse et paraissaient toujours plus beaux. Une voix me disait que Dieu me faisait entrevoir quelque chose de sa gloire et des splendeurs du ciel. »
Or, d'après Janet, la position des extatiques est « intermédiaire » entre ces deux névroses : le délire du scrupule* etThystérie. Us ne sont pas amnésiques, comme les hystériques, mais ils connaissent tous les « phases de la sécheresse, deTabandonde Dieu >. Ce sont des psychaslhéniques. Us n'ont pas la force de s'adapter normalement au réel : ils s'y adaptent artificiellement. Leur énergie psychique ne possédant pas une tension suffisante pour faire les synthèses mentales souvent compliquées qu'exige la vie réelle : vie de famille, vie de société, ils simplifient et leurs vies et leurs synthèses mentales. Us sCrrivent de la sorte à pouvoir conduire au moins certaines idées à la perfection psychologique qui procure la certitude et permet la décision volontaire. Us obtiennent ce résultat par la méthode de monoïdéisme qui est celle de l'extatique (nous l'avons résumée ci-dessus). Comme elle leur procure une cessation d'hésitations et d'angoisses, une paix incomparable