De calculo, ch. x
dehors (au delà) du temps. Car je me suis reconnu comme au-dessus du temps, éternel, et cela cause une joie pas banale à mon cœur. Je dépasse tout I Mon essence est si riche que rien ne me peut accaparer ! Là où de toute éternité j'ai vécu selon l'Idée, éternellement je vivrai... »*
Mais comment Ruysbroeck arrive-t-il à côtoyer ainsi le panthéisme sans se briser contre Técueil qui lui inspire tant de crainte ?
C'est grâce à la théorie de 1' « exemplarisme divin » . Toute créature possède, au-dessus de son essence, ce qu'il nomme, après les Alexandrins, une « suressence », savoir l'éternelle idée que Dieu a de cette créature. C'est « selon cette Idée », « dans notre archétype éternel qui est la sagesse de Dieu », que nous avons vécu de toute éternité, c'est « selon nos Idées que nous sommes incréés » ^ « c'est dans Texemplaire de la divine Sagesse que nous avons une certaine vie éternelle et que se joignent la vie incréée et la vie créée » ^
Si Ruysbroeck en fût resté là, il n'eût pas dépassé le niveau de la philosophie scolastique à laquelle ces pensées étaient familières. Aussi bien, rassuré par celte théorie qui lui garantit, grâce à une « distinction », l'orthodoxie, ira-t-il plus loin et, s'ap-
1. Ij Cantio piissima. Hello donne une traduction de ce cantique dans ses morceaux choisis de R. (Perrin, 1902).
2. De septem amoris gradibus, ch. xiv. — Livre des XII béguines^ ch. IX.