‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 5 sur 119 · Spéculum salutis, ch. xvi · texte numérisé non relu

Spéculum salutis, ch. xvi

RUYSBROEGK : SON PRÉTEiNDU PANTHÉISME 15

puyant sur une autre distinction admise par l'Eglise entre les personnes divines et la substance divine, il osera distinguer « Dieu » de la ce Divinité ». La Divinité, la substance, nous est, en un certain sens, « commune » ^ avec les personnes divines. Personnes divines et personnes humaines, c'est dans cet abîme silencieux « que jamais n'émeuvent ni Dieu, ni les créatures », qui est au-dessus de toute différenciation de personnes », que nous plongeons et que, à des degrés différents et de manière différente, nous puisons l'être et la vie. Mais qu'est-ce que cet abîme et qu'est-ce qui le remplit ? Ici l'on peut répéter ce que M. Boutroux dit à propos de Bœhme, le cordonnier-philosophe allemand du xvn® siècle : « Il faut pardonner au théosophe de nous renseigner imparfaitement si, croyant nous parler de Dieu, il nous parle de nous-mêmes et nous en parle avec sagacité » ^ Comme tous les mystiques, Ruysbroeck possède, hyperesthésié, le sentiment de l'infini, du parfait. Mais il ne l'analyse pas, ne le considère pas, comme fait le métaphysicien, à l'état de forme pure, abstraite. Il l'emplit de sa propre vie et parce que, à l'état d'extase, sa vie à lui est tout émotionnelle, n'est plus qu'amour et bonheur, il compose d'amour et de bonheur infini ^ cet insondable océan d'où tirent

1. Livre des XII béguines, ch. xiv, xv ; Gfr. De septem amoris gradibus, ch. XIV ; De ornatu spirit.nupt., ch. xxxix.

2. Etudes d'tiis t. de philosophie, p. 253. — « Les extases... qui ne sont au fond que le commencement de la découverte complète de notre être. » Mœterlinck. Préface des Noces sp.

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