Il
à-dire des lois générales, qu'à me la figurer comme due à rintervention directe de Dieu; quoique je me rende compte que cela n'est point logique quand il s'agit d'une divinité qui sait tout. Votre dernière question semble se résoudre dans le problème du libre arbitre et de la nécessité^ que la plupart ont trouvé insoluble. J'aurais sincèrement désiré que ce billet ne fût pas aussi entièrement dépourvu de valeur qu'il l'est. Je vous aurais fait parvenir des réponses catégoriques si cela eût été en mon pouvoir, malgré le peu de temps et de forces dont je dispose.
J'ai l'honneur d'être, chère madame, votre tout dévoué.
Ch. Dar>^in.
P.-S. — Je regrette que mes idées aient incidemment jeté le trouble dans votre esprit, mais je vous remercie et vous honore d'avoir jugé que la théologie et la science doivent suivre chacune leur propre voie, et que dans le cas présent je ne puis être incriminé si l'endroit où elles se rencontrent est encore éloigné.
Darwin — Ta-t-il assez répété! — n'a jamais voulu faire de métaphysique et n'avait aucune aptitude pour la métaphysique. Exclusivement absorbé par l'observation extérieure, il n'a jamais réalisé — il nous l'avoue ci-dessus — l'effort nécessaire pour voir suffisamment clair dans ses croyances intimes et surtout pour sortir des formules populaires et chercher au sentiment religieux des expressions plus exactes. Mais son bon sens ne Ta pas trompé. A côté de la méthode scientifique , il a deviné d'autres sources d'information. Ne les ayant jamais étudiées avec soin, il s'est laissé prendre aux premières difficultés, par exemple : qu'il n'y a pas unanimité sur
la question « de Texistence d'un seul Dieu* ». Mais c'est là une des formes de représentation intellectuelle que peut revêtir le sentiment religieux, non Tunique forme.
Quant à Vunivei^salité du sentiment religieux, il faudrait, si l'on prenait de la sorte le mot : universalité, dans son sens mathématique, refuser aussi toute valeur, à cause des objections ultra-idéalistes, au sentiment de l'objectivité du monde extérieur, Le sens moral devrait également perdre toute crédibilité. Regrettons ces inexactitudes ou exagérations, mais retenons ce fait si lucidement constaté par Darwin : les problèmes qui nous occupent « ne peuvent — ce sont ses propres paroles — trouver une réponse que dans un témoignage bien différent de la science, dans ce que nous appelons la conscience intérieure ».