‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 47 sur 119 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Désabusé des illusions de Tanthropomorphisme par les raisonnements du diacre Photin, le moine Sérapion s'écriait en gémissant : Hélas ! on m'a enlevé mon Dieu, et je ne sais plus quoi j'adore^ I

Ce sont les mêmes 'plaintes, les mêmes récriminations aujourd'hui. Essaie-t-on de diminuer encore la part d'anthropomorphisme que contient la représentation du Divin, de remplacer Ja Personne idéale transcendante par une Loi d'Idéal immanente, on entend jeter les hauts cris; on vous accuse d'enlever à l'Humanité le seul [procédé grâce auquel puisse être imaginé, assimilé, le Divin, pour la laisser dans le vague, Tabstrait, bref l'athéisme pratique.

Qu'il y ait des précautions à prendre en pareille matière, des ménagements à garder, nous n'en disconvenons point, mais cela nous impose une plus stricte obligation d'étudier le vrai sens et l'origine de l'application à l'Être parfait du concept de personnalité dans le sens où l'entendent les modernes : conscience et responsabilité.

1. Sozomène, VIII, 11. — Sur les AnthropomorphiteSy des iv« et V* siècles. Gfr. Histoire de V Église, par Krauss. Tome I, p. 264.

108 PREDOMINANCE DE L'ELEMENT INTELLECTUEL § 1. — POINT DE VUE MÉTAPHYSIQUE

Le sens exact d*abord. Deux exagérations à éviter.

A . — Celle, en premier lieu, qui consiste à prétendreque la personnalité n'est, pour les théologiens et philosophes chrétiens, qu'un symbole^ rattaché à Tidéc^ du Divin par une association d'idées plus ou moins^ éloignée, accidentelle — comme la balance par rapport à la justice, le rameau d'olivier par rapport à la paix.

Ce sont les appellations ainsi fondées (sur ce quo nous nommerions aujourd'hui des associations, d'idées par ressemblance), que les scolastiques nommaient appellations a équivoques »; autre exemple : l'appellation de chien employée et pour l'animal aboyant et pour la constellation \

1. La doctrine du pur symbolisme des attributs divins est bien exposée par II. Spencer : « Il est très probable qu'on sentira toujours lo besoin de donner une forme à ce sens indéfini d'une existence dernicrequi fait la base de notre intelligence. Nous serons toujours soumis à la nécessité de la considérer comme quelque manière d'être, c'est-à-dire do nous la représenter sous quelque forme de pensée, si vague quelle soit. En obéissant à ce besoin, nous ne nous égareions pas, tant que nous neverrons dans les notions que nous formons que Aqs symboles... Ces éléments concrets servent à donner de la réalité et de l'influence à co qui, sans cela, n'en aurait peut-être point. » Ainsi se réalise le but do la Religion : « empêcher les hommes de s'absorber toutù fait dans le relatif et l'immédiat, et réveiller en eux la conscience de quelque chose desupérieur. » [Premiers principes, ch. v.) — Et aussi par Schopenhaucr : — « La religion est l'unique moyen de faire connaître et sentir à l'esprit grossier et à la compréhension obtuse de la foule la haute signification de la vie... Les dilTérentes religions ne sont que des schémas différents sous lesquels le peuple saisit et se représente la vérité qui lui est inaccessible en elle-même... Présenter au peuple grossier la véiiiésensu proprio est chose toute, fait impossible : un reflet mytho-allégorique de celle-ci peut seule tomber sur lui et l'éclairer. » {Parerga et Paralipomena, De la religion, Paris, F. Alcan.)

2. Nous nous plaçons ici au point de vuo moderne. Tous les peuples sauvages, les ancêtres des Ghaldéens, des Grecs, etc., ont cru à la pas-

Nous choisissons cet exemple parce que Spinoza :s'ea est servi ^ en parlant de Tintelligence divine.

Les scolasliques — et avant eux les Pères grecs ^ — avaient bien la prétention d'affirmer quelque -chose de plus positif qu'une ressemblance artificielle, extérieure, relativement à « ce qui, de Dieu, ^st connaissable [Rom, I, 19). »

Les scolastiques distinguaient avec soin^ les appellations « ^^i^i?;^^''/^^)), correspondant à des ressemblances tout extérieures dont nous venons de parler*, des « univoques » ; celles-ci sont les ressemblances qui appartiennent, par exemple, à des individus de même espèce : la notion d'un animal rai-

-sibilité de la métamorphose d'hommes, de chiens, d'ours, etc, en constellations. Gfr. Lang, Mythes, cultes et religions F. Alcan, 1896 ; p. 127, 515.

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