Brinton, Religions of primitives peoples, p
2. Maurice Vernes, Rev. de VEc. d'anthrop., mai 1903, p. 149. Que cette localisation soit l'essence du culte, de la religion, c'est d'ailleurs contestable : « 11 faut surtout noter (chez les Sémites) la parfaite indépendance de El par rapport aux lieux. El n'a jamais été le dieu d'un endroit particulier, ni d'un arbre, ni d'une source, mais le dieu de tel ou tel: Ce sentiment qui noue des rapports directs entre Dieu et l'homme est exprimé par la forme si fréquente dans les noms propres : eZi ou i7i, « mon Dieu ». (P. Lagrange, op. cil. y p. 81.) — Par contre, les Congolais localisent leur Esprit bon, sans lui rendre de culte.
Hébert. — Divin. 8
ni PRÉDOMINANCE DE L'ÉLÉMENT INTELLECTUEL
nomëne de la nature et ce n'est pas non plus déduire son existence de quelque mérité générale, c'est vivre de la vie de l'esprit et prendre conscience de son principe... Dieu n'est pas une personne à côté des autres, plus grande seulement et meilleure qu'elles, mais il n'est pas moins qu'une personne, étant le principe de toute vie personnelle.
On n'arrive pas à Dieu en partant des phénomènes et en remontant de cause en cause, et l'acte religieux, tel que nous l'avons entendu, n'a aucun lien nécessaire avec l'opération intellectuelle qui consiste à imaginer une cause à l'ensemble des phénomènes. 11 y a plus : le monde des existences sensibles paraît manifester la présence d'un principe étranger et indifférent à la vie de l'esprit. Je ne puis m'expliquer autrement la tranquille sérénité avec laquelle la nature tour à tour nous comble de bienfaits et commet des crimes monstrueux ^ »
L'idée anthropomorphique de ressemblance est vraiment réduite ainsi à son maximum d'atténuation ^ Trop réduite, volatilisée presque, opineront quelques-uns. C'est qu'ils ont toujours dans l'esprit cette préoccupation inavouée : qu'il ne saurait y avoir vie spirituelle en dehors des conditions
1. D» Miéville, dans Y Essor (Lausanne) du 5 mai 1906. Ainsi conçu, Dîea, c'est Vordre spirituH. A rapprocher de î « Notre croyance en Dieu, c'tsl-à-dire en la suprématie de L'ordre morale ne prend consistance que dans la mesure où nous posons des faits réels qui la confirment ». G. Séailles, Les affirmations de la conscience moderne (Colin) p. 112.
2. « 11 y a en Dieu quelque chose qui est à. Dieu ce que la personnalité est à rhomme. » Cette formule est du P. Sertillanges, Rev, du Clergé français; Réponse à M. Dubois.
PROBLEME DE LA a PERSONNALITE DIVINE » 115
(conscience, personnalité) où elle se manifeste chez Thomme. Or de cela, nous ne savons rien. Du moins avons-nous loyalement essayé de sauvegarder cette a analogie y> de personnalité et d'établir une cloison élanche entre elle et l'hypothèse créationiste * avec son inévitable et formidable corollaire : la responsabilité de Texistence du mal.
B. — Une autre exagération consiste à dire — comme Tolstoï^ — que Dieu n'est pas une personne,
1. Si la répugnance à faire coexister éternellement Dieu et la matière était affaire de logique proprement dite, comment eût-elle échappé à un Platon, à un Aristote ? Cette répugnance a d'autres sources. C'est par la logique xlu sentiment (Gfr. p. 271) que la croyance à la création a fini par s'établir, aussi les affirmations de la Bible n'offrent-elles aucune rigueur systématique. Elle nous parie encore d'un chaos, c La logique du principe monothéiste exigerait que ce chaos, la matière du monde, fût créé comme tout le reste et avant tout le reste, qiill fût tiré du néant. Cette conséquence n'est pas encore formulée dans le texte biblique : mais elle est si indispensable qu'on l'y introduira et que, lisant les premiers mots : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », on y trouvera que Dieu a d'abord fait de rien la matière dont il a formé le monde céleste et le monde terrestre. » (Loisy, Les rnyUies chaldéens, p. 57), Presque à l'époque de Jésus, l'auteur de la Sagesse parie expressément de ïà^iopt^oij uX-ij^-^Sap. Xï, d8). c Nulium extatquidem testimonium disertum et expressum in divinis litteris quo (iilud) dogmacatholicum explicité enuncietur », avoue Hurter {TheDl-dogmaL, II, n» 172). Quant aux professions de foi, l'expression : « créateur du ciel et de la terre » apparaît pour la première fois dans le Symbole de Nicetas de Remeaiana (mort vers 420) ; elle n'était pas dans le symbole romain ; c'est au vin* siècle seulement que le lextus receptus fut introduit à Rome. .(Cf. Vacandard, Etudes de critique et d^histcnre reli' gieuse, Lecoffre, 1906). Les origines du « Symbole des Apôtres'». Le Concile du Vatican a réaffirmé le dogme de la création. Gfr. Note i.
2. « Je suis sûr que Dieu n'est pas une personne, parce que la personne est bornée et que Dieu est sans bornes, v Gfr. ci^essus, p. 56. — Car. Renan, La métaphysique et son avenir; dans le volume des Dialogues pkUosopiigueSy p. 3r2^ : L'infini contient tout, fait-il dire à Straïus, et par conséquent n'exclut rien. — Si ; le parfait exclut l'être imparfait. — On répondra qu'il n'y a pas d'être en tant qvL'tlre, imparfait... Et noms voilà dans la sphère où l'on peut tout dire, parce que celte notion d'êti^e — fondement de toutes les autres 11 — est iarléfinissabie. Au Heu de personnifier l'absolu, il faut apprendre à le concevoir comme se personnifiant Àl'iafini, poursuit Strauss. — Il ne saurait y avoir de solution à ces queslious, conclut justement Renan.
parce que, qui dit personne dit limitation : le moi s'oppose au non-moi ; il n'est pas le non-moi. Attribuer une personnalité à Dieu, c'est donc dire qu'il admet un non-moi, une limite, qu'il n'est plus le grand Tout, puisqu'il y a de l'être en dehors de lui.
Cette objection repose sur la grossière assimilation (pas même anthropomorphique mais quantitative, matérielle) de Dieu à un total :
(( I] est ! Il est ! Il est ! Il est éperdûment!
Tout, les feux, les clartés, les cieux, l'immense aimant.
Les jours, les nuits, tout est le chiffre, il est la somme. »
Protestons contre ces expressions. Il n'y a somme que dans Tordre quantitatif. L'infini est de l'ordre de la qualité. Additionner des êtres finis ne donnera jamais que du pius^ de l'indéfini et non de l'infini. Et lorsque l'on représente le parfait s'opposant les êtres imparfaits, bien loin qu'il y ait limitation pour lui à ne pas contenir en lui ces êtres imparfaits, à nier de lui ces modes d'existence finis, c'est là au contraire l'affirmation même de son infinie perfection.
On dira peut-être — et je le crois — qu'il ne faut pas prendre ces mots : Somme et Tout à la lettre. Ils signifient que la multiplicité des êtres n'existe qu'au point de vue de notre intelligence finie, de notre peiftée qui ne peut rien connaître un peu clairement et distinctement sans le fragmenter*. Dieu, au contraire, serait
\, « Une partie du monde appelle l'autre comme un organe du corps humain nécessite tous les autres, et le monde est un, comme le corps
Fin lime, Tiinmanente unité de la vie universelle.
Nous voilà sommés de prendre parti entre Timmanence et l'évolution d'une part, de l'autre, la transcendance et la création.
Et comment prendre parti? Impossible à notre débile intelligence de dire si le prétendu axiome : Vimparfait a son entière raison (Têlre dans le parfait n'est pas* une absurdité. En tout cas, c'est un jeu de mots, une équivoque sur le terme être. On le prend au sens statique, comme s'il y avait d'un côté l'être parfait, de l'autre l'être imparfait. C'est là de Yabstrait et l'on ne peut plus dès lors raisonner qu'au point de vue logique. Mais la réalité nous donne Yêlre en son sens dynamique en tant qu'évoluant et se réalisant sans cesse. Imparfait, parfait ne seraient-ils pas nos deux manières de prendre conscience de cet être vivant? Qui nous prouve aussi que : parfait réalisé n'implique pas une contradiction tout aussi criante que celle que l'on prétend voir dans : parfait se idéalisant? Nous n'en savons rien. C'est dans l'ordre logique qu'il y a contradiction enlve perfection et devenir, comme entre unité ei multiplicité, ce qui n'empêche pas^ que notre vie psychique se manifeste dans l'expérience comme une et comme multiple. — Pas sous le même rap-
humain. Chaque partie du monde est imparfaite parce qu'elle a son complément et le reste de son être dans les autres et ainsi le Tout est parfait. » Taine, Correspondance^ 1" vol. p. 151.