Archives de Psychologie, octobre 1903, p
veilleusement exprimé lorsque, parlant de la vie de don absolu et continu de lui-môme du Jésus de TÉvangile, il conclut : ce Je ne conçois rien de plus divin, ou mieux encore c'est en cela que je conçois le divin, que le divin s'impose à moi, et c'est de cette vie que je voudrais vivre. » Mais son langage ((( alliance contractée avec l'Être de qui nous dépendons ))) est souvent encore biblique et métaphysique.
b) Le lien avec la métaphysique et la théologie intellectualiste est bien plus franchement rompu dans l'observation II du D^ Flournoy * :
« Le dogme m'est donc apparu comme un simple symbole intellectuel, la partie intellectuelle du phénomène fonctionnel religieux, la forme qu'il prend selon le caractère du sujet, selon ses conditions héréditaires et sociales surtout. Il faut bien que le phénomène (religieux, réellement vécu) revête un caractère intellectuel quelconque, et ce caractère, c'est la croyance; mais, pour l'observateur réfléchi, la réalité objective de l'objet de la croyance devient une simple illusion d'optique, et il a conscience du caractère simplement symbolique et subjectif de l'objet de cette croyance... Maintenant, ce que je puis avoir de besoins religieux peut se contenter de croyances ad référendum (provisoires, toujours modifiables) ; j'ai conscience de leur caractère représentatif et symbolique ; même la personnalité de Dieu,
l.P. ^33. — Le lien subsiste encore toutefois : « il me semble sentir une action, une présence... »
parce qu'avant tout je reste agnostique en face de la croyance à la personnalité, mot qui reste vague : quel sens précis lui donner, puisque la conscience du moi contient nécessairement un facteur physiologique que la mort doit dissoudre ou en tous cas transformer ?... Il me semble sentir au dedans de noi, aa fond du sentiment religieux, une action, «ne présence, en un mot que je suis l'objet avant d'être le sujet d'une action spirituelle... Je reste devant l'énigme insoluble, et je n'ai aucun besoin de lui donner un nom pour en vivre. Un nom image, «ymbole, sans doute, comme le dévot qui prie i*ôïi crucifix en quelque sorte, mais un nom métaphysique, rationnel, nullement; et même, mainteûant, j'ai cela en horreur; c'est pour moi un mensonge, le mensonge de la théologie. »
c) Enfin, cette dernière étape, où nous trouvons ôncore quelque complaisance pour des souvenirs dogmatiques, est franchie dans l'observation de M . Arréat ^ :
« Je n'appartiens à aucune religion ; je n'ai besoin d'aucune croyance particulière et la notion de Dieu, de l'âme et du monde futur n'a aucune place dans ma vie... Je constate que le sentiment religieux existe. Il existe si bien qu'il crée les religions. Si étrange que cela puisse paraître, je ne crois pas me tromper en le croyant très développé en moi, ce que
1* p. 152. — Le bouddhisme est un cas bien autrement frappant qu'une observation particulière. Nous y reviendrofts.
plusieurs personnes religieuses ont reconnu d'ellesmêmes... Oui, tous ceux qui ont cru, dans tous lea temps, sont mes pareils, mes freines, tandis querien^ n'est plus loin de moi que le bon sens incrédule qui ne rêve pas. Les accents, les expressions^ de leur ÎcÀl me pénètrent d'une émotion Sri intense et si^ ^raie qu'il m'a fallu plus d'une fiais le dire en musique;. Or, un artiste peut, sansle vouloir, mentir en parole ou en actions, mais là, dans sa langue, il ne meni pas... Je n'ai pas assez analysé le sentiment religieux pour savoir au juste ce qu'il est... En tous cas, la notion précise d'un Dieu y est comme accessoire. Les religions doivent être l'expression imparfaite et variable d'un sentiment qui existe avant . toute croyance définie, et crée lui-même son objet. »
Cette analyse du sentiment religieux, nous la tenterons dans un prochain chapitre. Mais nous pouvons constater déjà que, selon les caractères et tempéraments, l'image de Idi personnalité diyine augmente ou diminue d'importance, nécessaire aux uns, inutile aux autres? Là encore, une solution unique, exclusive répondrait à un problème abstrait, non au problème vivant, joyeux ou douloureux (selon les natures), toujours ému, souvent passionné, que nos consciences cherchent à résoudre dans la pratique, sinon par des théories.
Tout ce que Ion peut indiquer, c'est le sens dans lequel évoluent les esprits les plus cultivés. Si quelques-uns maintiennent avec fermeté l'idée de la, per-
sonnalité diwine, c'est qu'ils y voient un symbole de la distinction antimonistique de Dieu et du monde, du créateur et de la créature. Cette distinction, nous l'avons dit, est une hypothèse soutenable, mais qui ne s'impose nullement à la pensée. Si elle est encore si généralement répandue, c'est que la notion de finalité semble nous inviter à prendre parti en ce sens. Nous devons donc examiner la valeur de cette notion.