Arch. de psychologie, octobre 1903 ; p
et à qui ce serait causer d'intolérables souffrances que de vouloir soit les fourrer dans une enveloppe intellectuelle étrangère, soit les dépouiller de celle qu'ils se sont sécrétée au cours de leur vie... L'effet psychologique d'un dogme — quelle qu'en puisse être d'ailleurs la vérité en soi, dont le psychologue n'a pas à s'occuper — peut varier du tout au tout suivant l'individu. La notion de l'absoluilé et de l'omniprésence divine, par exemple, sera peut-être un aliment de vie pour un caractère foncièrement idéaliste et mystique, aux yeux duquel le mal lui-même, sous toutes ses formes, disparaît dans l'éclat final de la toute-sagesse et de la toute-bonté suprêmes ; mais elle pourra devenir une pierre d'achoppement, presque un coup de mort, pour certains tempéraments plus pratiques, sensibles surtout aux faits empiriques, et aussi incapables de fermer les yeux sur l'existence du mal que de le concilier avec l'existence de Dieu, à moins précisément de trouver une échappatoire, un truc intellectuel, pourrions-nous dire, tel que ce l'absence de Dieu » de ce monde. »
L'admission de la légitimité de la méthode psychologique pour l'étude du sentiment religieux, entraîne avec elle, en effet, celle de la multiplicité des solutions hypothétiques. Elle suppose aussi, d'ailleurs, la possibilité d'une sélection, d'une préférence personnelle parmi ces hypothèses : nous essaierons d'établir et de justifier la nôtre dans le dernier chapitre et les conclusions.