The Monist, January et Julyl901 (London, Kegan
tincte d'une communion avec Dieu. Au point de vue réfléchi, dit-elle, « f emploie Dieu comme ce en deçà de quoi, en raison, je ne puis aller \ etj'agisco;??me ,sije croyais réellement en lui comme en un être personnel, afin de satisfaire mes besoins intellectuels et esthétiques, » — Le médecin du cas v prie, tout en disant : « Je ne sais pas si Dieu m'aide ; quelquefois, je crois qu'il m'aide » — sentiment que nous retrouvons dans le cas vi du Docteur en philosophie. On comprend dès lors la conclusion de Leuba : « La vie religieuse est impulsive et participe de la nature de rinstinct... La croyance, la foi, sont des attitudes téléologiques. La vérité, pour l'homme naturel, est ce qui procure le résultat dont il a besoin ; son critérium est l'efficacité affecto-motrice. Toute la considération que nous avons pour la vérité objective et la logique est évidemment due aux avantages pratiques que nous retirons en nous y conformant. Aussi sont-elles laissées de côté en faveur d'une croyance qui •nous satisfait, chaque fois qu'une incompatibilité s'élève entre la vérité objective et des besoins subjectifs ; vivre, après tout, est le premier besoin de la vie... Les hommes s'efforcent de prouver l'existence de Dieu ; est-ce bien nécessaire vraiment? Avec les preuves, beaucoup d'entre nous continuent à agir comme s'il n'existait pas ; tout
i. Nous avions donc raison, au début du paragraphe, noie 4, de trouver trop étroite la définition de Dieu : voilà que reparaît le point de vue de la raison théorique : l'absolu.
comme sans les preuves, des milliers et des milliers se conduisent comme vivant en sa présence. C'est la raison qui est la servante de l'action, et non vice versa. »
El plus loin (se servant d'une formule empruntée au témoignage i) : « La vérité, en cette matière, peut être ainsi exprimée : Dieu n'est pas connu, il n'est pas compris, il est utilisé — utilisé Margement et avec un merveilleux dédain de logique conséquente, parfois comme pourvoyeur de nourriture, parfois comme support moral, parfois comme ami , ou comme amant. S'il se prouve utile, son droit à rester au service de l'homme est par là même justifié. La conscience religieuse n'en demande pas davantage; elle ne s'embarrasse point avec les questions philosophiques : Dieu existe-t-il ? et comment? et qu'est-il? Ce n'est pas Dieu, c'est la vie, plus devie, une vie plus large, plus riche, plus satisfaisante, qui est, en dernière analyse, le but de la religion. L'impulsion religieuse, c'est l'instinct de préservation et d'accroissement. Il n'y a donc pas, au fond, d'impulsion religieuse spécifiquement (distincte des autres) ; la préservation et l'accroissement de la vie sont l'impulsion motrice de l'activité séculière aussi bien que de l'activité religieuse. Ce n'est point dans les tendances, c'est ailleurs, que la différence doit être cherchée. »
Où donc ? Dans l'intelligence.
1. p. 571 : « God is not known, He is not understoodj He is itsed. »
EXPÉRIENCES ET HYPOTHÈSES DES « ACTIFS » i«9
En effet, « qu'elles soient de Dieu, du monde, ou du diable, ces jouissances (cf. p. 17) ont la même base physiologique et elles procèdent des mêmes besoins : c'est toujours la chair qui veut vivre, vivre dans la quiétude, vivre dans les délices de l'amour, vivre dans la sévère mais profonde joie du devoir accompli. Ces jouissances sont cependant accompagnées chez le mystique par d'autres idées. Ce fait introduit dans la psychologie une différence qui nous paraît être de la plus haute signification. Si nous n'avons fait qu'indiquer vaguement la valeur de la substitution de la notion Dieu-Amour-Sainteté aux idées qui sont d'ordinaire liées aux mêmes plaisirs, c'est parce que nous réservons ce sujet pour une étude spéciale sur les moyens religieux, leur efficacité et leur valeur ^ »
Et l'intelligence, la représentation intellectuelle agit, non pas seulement comme colorant la tendance d'une nuance spéciale qui permet de l'appeler religieuse, mais en tant qu' « hypothèse active^ » exerçant sur la tendance une plus ou moins intense suggestion/, l'aidant ainsi à s'exprimer par l'action,
1. Et plus loin : n Quel est rélément qui difTérencie la vie religieuse de la vie séculière, car enfin l'une n'est pas l'autre ? C'est le ou les moyens que l'homme met en jeu pour obtenir la satisfaction de ses désirs et non pas ces désirs eux-mômcs qui séparent la religion du reste delà vie. Mis en termes psychologiques, ce n'est pas la volonté (au sen& de Schopenhauer), mais la connaissance qui les distingue. » Rev. phil., nov. 190i.
ï, « Vorking hypothesls, » The Monist, July 1901, p. 553.
%. Après avoir montré que la dévotion ordinaire renferme, proportion: gurdée, les éléments de la transe extatique, Leuba conclut : a Puisque Fhomme dans la transe est suggestible k un très haut degré, il s'ensuit
qui est le fruit dernier de tout le processus psychique intérieur*.
Pas de sentiment religieux spécial, de tendance religieuse spécifique ; la religion procédé dynamique de préservation et accroissement de la vie, tel est en résumé, la conclusion de Leuba : « Nous n'avons découvert aucune tendance religieuse per se^ mais simplement des tendances humaines qui remplissent la vie tout entière. Si on les rencontre dans la religion, c'est qu'elle est une partie de la vie humaine^ )>
Ce n'est donc pas Dieu, c'est la vie qui est Tobjet delà religion'. Leuba nous Ta déjà dit; il va nous le répéter sous une autre forme :
que la sagesse empirique des nations a trouvé et mis en usage dans la feligion un des moyens les plus efficaces de faire triompher les désirs les plus chers au cœur humain. » Rev. phil.y nov. 1902. — Que la religion nous apprenne à vivre, nous aide à vivre, se mêle à tous les événements de la vie (naissances, mariages, morts, actes de la vie sociale 0T1 nationale, etc.) que Dieu soit considéré comme Vie et « vivifiant », que les sacrifices, sacrements, symboles, prières, communions totémiques et autres, aient pour but « vitam habeaiit et abundantius habcant », que la foi étende nos espérances de vie jusqu'à l'élernité, tout cela prouve bien que, sous un aspect, la religion est en fonction de notre vie. Le culte des astres, des esprits, des dieux, etc., n'existe qu'en tant que ceux-ci ont une influence réelle ou possible sur la vie. Tout cela est vrai, mais à condition de ne pas oublier que l'idéal désintéressé fait aussi partie de la vie et que, pour nous, la religion comprend aussi bien « Vamoui^ pur » que Vespérance intéressée.
1 . 3Viè Monist, January 1901, p. 213 ; Leuba ne veut pas que l'on rompe le processus pour faire cî'un des fragments, sentiment, idée, activité, V essence de la religion.
2. Revue philos. y novembre 1902; fin de l'article. — Gfr. Note IV : Adaptation de la théorie biologique à la vie chétienne par des théologiens et penseurs catholiques.
3. « La religion des Puritains est faite pour l'homme et non pour Pieu. Leur propre prospérité leur semble la raison d'être de la Providence. Leur Dieu n'a pas d'intérêt distinct du leur. C'est un Dieu eitoyen, comme ceux des cités antiques, ou comme celui des tribus bibliques... Deux siècles plus tard, Henry James écrira que « Dieu n*est
<( La question de Texistence de Dieu n'est pas le réel problème ; ce qui en fait le vrai intérêt, ce qui •est le vrai problème, a été perdu de vue, en partie du moins, par les penseurs de profession. Il en est résulté que les hommes en sont arrivés à se tromper •eux-mêmes en se persuadant qu'ils s'intéressent vraiment à l'existence même d'une Première Cause personnelle ou d'un Ordre moral, tandis que ce qui les préoccupe est seulement leur rapport et celui du monde où ils vivent, avec ces existences possibles. Nous sommes absolument indifférents au sort de la cause première aussi longtemps que notre propre sort et celui du monde qui nous entoure et agit sur nous ne sont pas enjeu. Nous n'avons pas à rougir 4e ce trait tout à fait normal et rationnel. Les questions ultimes auxquelles nous avons besoin d'avoir des réponses quand nous considérons la question de l'existence de Dieu ou d'un Ordre moral, sout une ou plusieurs des suivantes : Obtiendrai-je le manger •et le boire dont j'ai besoin et pour lesquels je prie?
cpie ce qu'il fait », et qu'il ne devient vénérable qu'autant qu'il collabore au progrès de l'humanité « comme une personne sans privilège, •comme un honnête ouvrier. » Il est au service de la colonie ; il en est le législateur et le policier. Quand il intervient, c'est pour rappeler aux autres serviteurs qu'il veille à l'intérêt commun. » Bargy, La religion 'aux États-Unis, p. 23. Cfr. Note V.
Pour H. James, dit encore M. Bargy (p. 458), Dieu « n'est plus qu'un symbole de la renonciation à soi-même ; et l'esprit social étant le principe et la fin de tout, Dieu en est, on ne peut pas même dire la personnification, puisqu'il n'est pas personnel, mais l'expression métaphorique : « Dieu, dit-il, est ce qu'il y a de plus humble, de plus dénué •<!e vie consciente ou personnelle ; c'est le serviteur de l'humanité... J'avoue librement que je n'ai pas le moindre respect pour un Dieu qui se suffirait à soi-même ; n'importe quelle mère qui fait têter son bébé, n'importe quelle chienne qui allaite sa portée, présente à. mon imagina- 4:ion un charme divin plus proche de moi et plus doux. »
Cet être que j'aime sera-t-il guéri par une main divine ? Obtiendrai-je laide morale, le sens de rapports affectueux après lesquels soupire ma faible chair ? Le droit finira- t-il par triompher? La matrice de r Univers est-elle seulement de chair, ou animée par un esprit apparenté au mien, un esprit qui a construit ce monde et le dirige de manière à satisfaire mes plus hauts désirs pour Tuniverselle harmonie? Cela reconnu, le classique problème de Texistence de Dieu prend un nouvel aspect et offre de nouveaux points d'attaque. Les questions que Ton posera désormais seront celles-ci surtout : Qu'estce que l'homme peut attendre d'existences en lesquelles il aimerait à croire ? Les besoins de THumanité ne peuvent-ils être satisfaits que par l'existence de et la croyance en un Être ou Ordre, ou peuventils être satisfaits autrement ^? »
Voilà donc le système : religion procédé pratique de vie. Théorie qui paraît d'abord plate, terre à terre, et rappelle jusqu'à un certain point la théologie de Riquet, le chien de M. Bergère t : « Mon maître me tient chaud quand je suis couché derrière lui dans son fauteuil. Et cela vient de ce [qu'il est un dieu. Il y a aussi devant la cheminée une dalle chaude. Cette dalle est divine \ »