Op. cit. XXXI, p
4. Dans un récent travail sur VOrganisation de la conscience morale (F. Alcan, 1906), M. Del volve objecte que la théorie de Hôffding « semble impliquer une extériorité de l'idéal par rapport aux éléments inférieurs » et « supposer que l'idéal moral existe une fois pour toutes comme une norme à laquelle l'individu rapporte toute sa conduite » ; mais celte critique me paraît atteindre bien plus les mots que le fond de l'idée. En effet, M. Delvolve parvient-il à l'organisation des instincts, uniquement grâce à ces instincts eux-mômes, ou grâce aux quelques lois universelles de la nature vivante que les sciences nous lont connaître (2« partie, ch. i) ? Non. Il faut, en plus, « la compréhension enthousiasle de la vie, de ses sources universelles, de la beauté de ses adaptations humaines » (p. 111) et tout un ensemble d'idées monistcs d'où résulte « l'amour intellectuel de la nature, l'union réelle avec la vie universelle » — et M. D. ajoute : « La notion de la nature n'est pas
Sur ces jugements de valeur est fondée la logique émotionnelle (= logique des senliménls) que M. Ribot a si nettement distinguée de la logique proprement dite ou logique rationnelle. Je n'ai pas à développer ici ces analyses et comparaisons des deux logiques. Ce qui va directement au sujet, c'est l'observation suivante : « Pourquoi donc cette forme de raisonnement (la logique émotionnelle) persistet-elle sans se laisser supplanter? Parce que la logique rationnelle ne peut s'étendre au domaine entier de la connaissance et de Faction. Or V homme a un besoin vital ^ irrésistible^ de co7inaUre certaines choses que la raison ne peut atteindre^ dagir sur ce?'taines personnes ou choses^ et la logique objective ne lui en fournit pas les moyens \ »
C'est bien un « besoin vital « qui est au fond des
différente ici de ce que la religion appelle Dieu » (p. 164). Jugements de beauté, donc aussi jugements de valeur. Question de tempérament plutôt esthétique, ou plutôt moral. Et dans le premier cas, l'attraction de la beauté joue pratiquement le môme rôle que, dans l'autre, Tobliga. tion, le devoir.
1. La logique des sentiments (F. Alcan, 1905). P. 30 (C'est moi qui souligne). — « C'est le désir ou cœur, dit très bien M.Récejac, qui demande à la raison ces affirmations d'Etre et de Bien qui sont le fond vraiment respectable de toutes les religions ; c'est le cœur aussi qui suscite les images où ces affirmations prennent leur fiiité pour vivre et rester en nous comme les idées dans les mots. » La philosophie de la grâce^ Revue philosophique, août 1901, p. 166. — M. Ribot (Logique des sentiments, p. 46), rappelle la théorie de Hôffding (Philosophie de la religion), d'après laquelle le fond commun des religions est « le principe de conservation de la valeur ». J'écrivis à M. Hôffcling et lui demandai si cela signifie bien « que chaque religion déifie, pose comme idéal, ce à quoi la conscience, à cette époque et dans ce milieu, attribue la plus haute valeur. Si c'est la force physique, on aura un Hercule, si c'est la perfection morale, on aura un Dieu infiniment parfait. Une fois idéalisée ainsi, déifiée, la valeur est sauvegardée par le culte même qu'elle inspire et elle acquiert son plein pouvoir de suggestion. ». M. Hôfl'ding me répondit : « Vous avez parfaitement compris ma pensée. » (15 mars 1905.)
croyances émotionnelles, des croyances religieuses. Leuba la déjà constaté, et lorsqu'il parle de la croyance, de la foi, comme d'attitudes iéléologiçites^, cela correspond à la loi posée par Ribot : que toute la logique émotionnelle est fondée sur le principe de finalité j comme la rationnelle sur celui d'identité *. a C'est une logique vitale; ce sont les conditions de la vie qui Tout créée et qui la maintiennent; elle ne pourrait disparaître que dans l'hypothèse chimérique où rhomme deviendrait un être purement intellectuel'. »
Mais pour l'un comme pour l'autre, la question capitale demeure non résolue : les valeurs sontelles le domaine de la pure fantaisie, en tous cas, quelque chose de purement subjectif et individuel ?
On nous dit (Eisler, Tarde) : En objectivant la valeur, vous cédez à Tillusion de ceux qui objectivent la « force », la couleur*. — L'illusion n'est que dans un réalisme ou anthropomorphisme vulgaire,
1. Les mythes seraient donc des créations téléologiques de l'imagination, et non un simple jeu, comme la fiction proprement dite.
2. « Le raisonnement rationnel tend vers une conclusion, le raisonnement émotionnel vers un but ; il ne vise pas une vérité, mais un résultat pratique et il est toujours orienté dans cette direction. » P. 50.
3. P. IX et 39. — C'est le point de vue positif du procédé biologique dont M. Salomon Reinach a si bien expliqué le point de vue négatif : « Dans son principe, la religion est essentiellement un ensemble de freins spirituels qui restreignent l'acUvité et la brutalité de l'homme, c'est-à-dire un système de tabous. » {Mythes, etc., I, p. 27.) — « On appelle religion un ensemble de scrupules qui font obstacle aux appétits naturels de l'homme et entravent le libre exercice de ses facultés physiques. Aussi est-il vrai de dire que la morale, le droit, la civilisation elle-même sont des produits de la religion ; sans elle, l'homme n'aurait jamais appris à, se contenir, à se gêner; il serait resté à tout jamais un animal à deux pieds. » (P. 9i.).