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CHAPITRE XI

DE L'ABUS DES TERMES « ÉVOLUTION » ET « SURVIVANCE » DANS L'ÉTUDE DES PROBLÈMES RELIGIEUX

On ne saurait trop se méfier, dans le voyage à travers les formes religieuses, des mirages d'unité, d'identité, de simplicité.

Souvent, en effet, on élude, on dissimule la complexité de pareilles questions : on s'attache à un élément, le plus facile à constater, le seul d'ailleurs qui puisse être pleinement atteint par des méthodes objectives, à savoir l'extérieur des rites, formules, institutions, et l'on oublie qne l'on n'est nullement certain de connaître le sens exact que le sauvage, le primitif, attribuait ou attribue à ces croyances et pratiques; on interprète comme Ton peut et Ton conclut quand même. Ou bien ce sont les analogies sur lesquelles on insiste sans mettre en lumière leurs limites : les différences sont voilées par les ressemblances, l'essentiel par l'accessoire.

C'est presque toujours le cas lorsqu'il s'agit des survivances. S'il fallait en croire certains simplificateurs^ les croyances religieuses we seraient ^w'un legs de nos ancêtres sauvages ou préhistoriques. Ces formes Imaginatives, enfantées par l'ignorance ou

2Si VUES GÉNÉRALES

la lerreur, ne pourraient plus, ne devraient plus faire partie de la vie d'hommes civilisés et devenus conscients des illusions de leurs pères. Elles ne seraient bonnes désormais qu'à servir d'objet à des études désintéressées; il faudrait les considérer avec curiosité et un respect ému, comme les silex qu utilisait, taillait ou polissait l'homme préhistorique. Est-ce bien vrai ?

A. Remarquons d'abord qu'il est beaucoup de survivances purement apparentes \

Les mêmes causes, dans les mêmes circonstances, produisant les mêmes effets, il faut toujours se méfier de considérer comme emprunt, legs, transmission, ce qui est senlemeBiparallélisme. Les sourdsmuets, par exemple, en dehors du langage officiel qu'on leur apprend, ont un langage naturel de signes qui est pour eux comme une langue maternelle. On eut l'idée de faire venir au collège national des sourds-muets de Washington, en 1880, sept ce Utes », Indiens chez lesquels les langages mimiques sont extraordinairement développés. On mit en rapport sept sourds-muets avec ces Indiens et les uns et les autres mimèrent, soit des signes isolés,

1. Je ne parlerai pas ici des survivances toutes matérielles, par exemple, les noms de Lune, de Mars, etc., conservés dans les jours de la semaine.

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soit de véritables récits ^ Or ils se comprirent parfaitement. Il n'y avait point là, cependant, transmission ni survivance, mais parallélisme : des causes analogues^ dans des circonstances analogues produisent des effets analogues.

Rien d'étonnant, par conséquent, à ce que Ton constate que les interdictions sacrées, les tabous jouent le même rôle et revêtent les mêmes formes chez les Polynésiens, les Mélanésiens, les Malais, les Ban tous, les Amérindiens du Nord, du Centre et du Sud, que chez les Malgaches, et qu'ils se présentaient sous les mêmes aspects chez les Islandais, Égyptiens, Juifs, Arabes, etc. « Le tabou appartient à un stade particulier de civilisation ; l'existence ou l'absence de cette institution ne peut jamais être invoquée comme une preuve de parenté ethnique ou de rapports sociaux^ »

Le stade de la conception anthropomorphique du

1. D' Eugène-Bernard Leroy, Le langage : Psychologie normale et pathologique (F. Alcan, 1905), p. 34.

2. Ne pas oublier, par contre, que des causes différentes, dans des circonstances différentes, arrivent aussi à produire des efîets analogues. Par exemple, dans l'art primitif, le zigzag est la stylisation de plumes, d'écaillés, de dessins de vannerie, ou une pure question de technique (Grusse. Les débuts de Vart, p. 94, 120) ; les cercles concentriques peuvent désigner des arbres, des grenouilles, des yeux, deg intestins d'homme ou d'oiseau, des œufs, etc, (Spencer et Gillen, The native tribes of central Australia, ch. v).

3. A. van Gennep, Ta^ou et Totémisme à Madagascar y Leroux, 1904, p. 9, et p. 7 : « Rien ne serait plus facile à démontrer qu'une parenté qui lierait un groupe humain à un autre, en se basant sur l'état des croyances et des coutumes : il suffit de faire une liste des ressemblances et de laisser dans l'ombre les différences : et pour les ressemblances, il suffit de considérer dans la coutume donnée les caractères généraux, superficiels, et d'ignorer les détails. » On ne saurait mieux formuler, la loi d'escamotage.

Hébert. — Divin. 15

Divin amèoe aussi d'analogues el parallèles altiludes, gestes, paroles de respect, de prière, d'of-

frande \

Avec quel soin, donc, il faut se garder des simples coïncidences % des calembours étymologiques*, des analogies superficielles ! En voici un exempte. . . criaint.

Que le culte d'Adonis (et autres divinités aualogues), de ses souffrances, sa mort et sa résurrectiofl, ail singulièrement facilité la prédication chrétienne en Orient et l'adoption du culte de Jésus mort et ressuscité ; surtout que les idées de mort el de résurrection aient donné lieu à d'analogues manifes^ talions de tristesse ou d'allégresse, rien de plus nalu-

1 ar H. Delehaye S. J. BoUandiste. Légendes hagiographiques, p. 169. Bruxelles, Polleunis. 1905.- De môme, il n'y a ni filiation ni survivance dans les « convergences » d'adaptation, par exemple des plantes grasses d'espèces différentes, de la.baleine et des poissons, delà chauye-souns et des oiseaux. — Sur la possibilité d'en dire autant de certains mythes ou contes qui se répètent avec détails semblables, cfr. Lang, Mythes y etc., p. 615, 616. Je ne nie pas toutefois que certaines histoires, grâce aux voyageurs, missionnaires, marchands, etc., aient pu faire le tour du monde. — Des superstitions identiques apparaissent dans des milieux indépendants l'un de Taaitre : le mahométisme a son saint Antoine de Padoue (Mahommed ibn Abou Talob), un autre saint qu'on invoque au moment des examens (Imam ech Chafaï), etc. Cfr. Bonnet-Maury, Vislamisme et le chinstianisme en Afrique (Hachette, 1906), p. 231) et la curieuse brochure, L'esprit libéral du Coran par César Benattar, El Uadi Sebaï et Abdelaziz Ettéalbi (Paris, Leroux, 1905).

2. Cfr. Delehaye, op. cit. ch. vi : Réminiscences et survivances païennes . Exemple de coïncidence : Culte de saint Elle (HXtaç) et culte du soleil (HXioç), p. 196. — La critique des légendes hagiographiques par le P. Delehaye est courageuse, bien que non dépourvue de ci rcon locutions et subtilités de plaidoirie Nous demandons seulement qu'on l'applique, comme l'a fait Loisy. aux i^^vangiies qui sont, eux aussi, du genre populaire édifiant, donc légendaires (Gfc. Revue de VUniversilé de Bruxelles, novembre 1905).

3. Exemple : dans la thèse de JacoUiot sur la vie de Jésus considé-

rel, rien de plus exact. Mais qu'ose-t-on bien ôû conclure ! Que les deux conceptions mythologiques s'expliquent Tune par l'autre, que « seules, les formules extérieures ont été modifiées : sous la liturgie qui s'élabore, dans les cérémonies et les traditions du nouveau culte, la face souriante d'Adonis reparaît et triomphe. La passion, la mort et la résurrection de Jésus reproduisent fidèlement, servilement, chacune des circonstances qui, depuis des siècles, ornaient les récits mystiques de la Syro-Phénicie. Adonis meurt dans la gloire de la jeunesse ; il dort dans le tombeau, il ressuscite ; il se symbolise dans toutes les forces et les défaillances de la vie ; et voici Jésus l'Adonis renouvelé, mais qui n'a rien oublié du mythe antique, le voici qui meurt et ressuscite dans des conditions analogues et qui s'identifie, lui aussi, à la vertu du soleil et aux énergies de la nature \ »

C'est à croire que l'on se moque de nous !... Jésus devenu un mythe solaire ou un mythe de la végétalion 1

Reconnaîtrait-on dans le récit de la passion bien des

1. Ch. Vellay, Le culte et lés fêtes d* Adonis-Thammoitz dans VOinent antique (Paris, Leroux, 1904), p. 178. M. S. Reinach est loin d'admettre rinterprétation par les phénomènes astronomiques ou agricoles {Mythes... H, p, 87, iOl). Déjà, saint Jérôme en contestait la valeur: « Gentilitas hùjusmodi fabulas poetarum, quœ habent turpitudinem, interpretatur subtiliLer interfectionem etresurrectionem Adonidis planctu et gaudio prosequens : quorum alterum in seminibus quœ moriuntur in terra, alterum in 8egetibus,^quibus mortua semina renascuntur, ostendi putat. » Saint Jérôme constatait les faits, mais la pensée d'une assimilation au Christ ne lui vient môme point (Cfr. Comment, in Ezechielem JX. et Epis t. 58 ad Paulinum).

traits sans valeur historique, admettrait-on même que la crucifixion de Jésus est, d'après Thypothëse hardie de M. Salomon ReinachS une légende construite d'après le texte : « Us ont percé mes pieds et mes mains », le setis de la passion et de la mort du Christ se rattacherait aux idées morales les plus sublimes et n'aurait rien à voir avec les amours d'Aphrodite ou les vicissitudes de la végétation. M. Vellay est bien obligé de reconnaître que, ce sur les mêmes terres où avait fleuri Adonis, le christianisme a inauguré une morale et une conception de vie où étaient préconisés et proposés des règles et des principes nouveaux. » (p. 232.) S'il y a nouveauté ((( principes nouveaux », « influences nouvelles ») , pourquoi nous faire croire à une identité dans la survivance?

B. Mais il est des swrivances 7'eedes, et non modifiées^ vrais blocs erratiques dans le domaine de la conscience. Nous nous l)ornerons à citer les cas suivants : Un Liégeois emportait au cimetière une bouteille de genièvre, se versait un verre et eu répandait un second sur la tombe de son camarade de beuverie. — Un domestique, suivant le désir exprimé par son

1. Cultes, mythes et religions (Leroux. 1906), H, p. 437: Le verset M du psaume XXII. — En fait, les Évangélistes n'ont pas cité ce texte. De ]»lus, le témoignage de saint Paul et ceux qu'il implique est antérieur de quinze à vingt ans à celui des Évangélistes. De ce que Matthieu. Xlll, 3.Ï, cite le verset 2 du psaume LXXVII, s'ensuit-il que Jésus n'a pas réellement parlé en paraboles ? Les Évangélistes citent les prophéties, pour obvier au « scandale » (1 Cor. ï, 23) causé par la mort ignominieuse de Jésus. — G'estévident. Act. 111, 18 ; Marc, VIII, 31 / Luc; XXIV, 20, etc..

maître, un Russe, lui apportait chaque jour, sur sa dalle, un exemplaire sous bande du journal auquel il était abonné \ — « Je connais une maison, m'écrit du Languedoc le D^ Lucien Roques, où, depuis des années, on dépose chaque soir sur le marbre d'une certaine commode, une pincée de tabac, à Fusage du grand-père défunt qui vient la priser pendant la nuit. La disparition du tabac et les traces de pas laissées par le revenant sont assurées par une fille hystérique faisant partie de la famille; la superstition ambiante a déterminé chez elle cette fraude plus ou moins inconsciente qui fortifie les autres dans leur croyance. » — ce Un vieil homme de notre connaissance, le vieux Cadet, dit Loriot, de Payrac, se désolait Tan passé d'avoir oublié de jeter dans la bouche béante de la margelle sa coutumière offrande, un verre de vin et un morceau de pain. Et le puits de la Borie menaçait de tarira »

Voici encore un joli exemple cité par E. Bertaux : ce sont des couplets composés en 1891 par un vieillard de Rionero in Vulture, Raffacle Tirico '^ :

1. E. Monseur, Bulletin de /'ô/AZore, juillet-décembre 1898, p. 104. — Cfr. nombreux exemples de la croyance aux vertus fécondatrices des menhirs, dans -Sébillot. « Le culte des pierres » (Revue de VEcole d'anthropologie de Paris, 1902, p. 175).

2. L. de Nussac. Les fontaines en Limousin (Bulletin archéologique, 1897, p. 162).

3. Revue des Deux Mondes, lo octobre 1897 : Sur le chemin des pèlerins et des émigrants.

SM vlm:s générales

« Il ne savait pas écrire, le bon Raffacle, Le Seigneur lui a donné le senliment.

Il a prié le soleil, la lune et les étoiles Pour composer l'histoire de la petite Vierge \

Trois saints on dit qu'il est de par le monde

Et nul ne sait quelle est la vérité :

Le premier est le saint Archange de la Fouille (saint Michel).

Puis Marie de Pierno, enfin la Trinité. »

On ne saurait désirer un plus curieux amalgame.

Que noire allenlion s'absorbe dans cet aspect de la réalité, et nous en arriverions à conclure avec M. Vernes :

« L'homme dit civilisé croit, en somme, ce que croyait son ancêtre de l'époque quaternaire et il ne croit pas autre chose. Il n'a pas éliminé des vues considérées comme ayant cessé d'être d'accord avec l'état général des connaissances, il n'a pas corrigé, il n'a pas rectifié ses croyances du début, sa foi aux vertus des sources, des arbres, des rochers. » Voilà certes une généralisation forcée. Elle vient de ce que M. Vernes met une sorte de cloison étanche entre l'instinct religieux, d'une part, l'intelligence réfléchie de l'autre, entre le culte et la théologie. Dès lors, cette dernière n'est plus qu'une « nomenclature sans conséquence sérieuse » : la religion, la vraie, celle qui n'évolue pas, « est dans le culte »* et

1. Il s'agit de Sancta Maria di Pierno, pèlerinage célèbre prôs d*Atella, m Banlioate.

2. Revue de V Ecole d* anthropologie, mai 1903, p. iSÎ (F. Alcan^

DE L'ABUS DE CERTAINS TERMES SâU

« consiste dans Thommage rendu aux veHus smmaim^lles qui se sont fait reconnaître comme attachées k tel objet au à telle personne ^. » Il n'est que «trop de faits en faveur de la thrèse de M. Vernes, «rais beaucoup d'autres, par ailleurs, iproa-veant iq«e Fî»telligence peut éclairer rift&tinct, le diriger «t améliorer. Sans quoi, le culte-em « esiprit et vérité j> ^rait 4k)nc un noti-sens? On me rappellera ce paysan de TArdèche qui s'e^ fait tuer dans les bagames des inventaires et qui disait aux gendarmes : « Vous venez voler le bon Dieu de X... » Je répondrai par les paroles d'«n paysan du LAoragnais : a Qu'on prejftffle l'église^ cela ûera'eimpêcliera pas de prier.. » (Lettre du D' Roques-)

Ne pas oublier non plus l'importante remarqtie de M. Th. Reinacè : « Tel chrétien de Syrie, (el i>édouin du désert, qui invoque du bout des lèvres Jésus ou Allaîî, adresse, en même iemps, à Mar Djîrdjis ou k tel wdi local sa prière supersliiieuse et son offrande sanglante; mais il se cache cour le faire et, devant l'étranger, conteste qu'il le fasse : aveu involontaire que la vieille reli- ^on, s'il la croit encore efficace, lui parait à luimême inférieure en dignité à la religion aonvelle ^ »

1. Kevue de l*Ecoïe cV anthropologie, mai 1903, p. 149, £- Rdigiorts et sociétés (F. AIcâa, 1905) dans WTiid^ Du progn^Sfenreligion, p. 18. Quant à la théorie de M. Th. Reinach : « le progrès en relif^osk est essentiellement la mise en harmonie de la religion avec le progrès séculier » (p. 29), c'est cela, mais ce n'est que cela. 11 y a, de plus, son harmonie avec le sentiment même que nous avons de l'incon- Bcissable — rinooniiaiâfidble «étauit tel (ftoitr les iOAtôgoriefi logiques de Fintelligence, non pour le sentiment.

Les croyances si répandues aux sorciers, au « mauvais œil », trouveraient ici leur place naturelle. Il semble pourtant qu'elles aient subi des transformations. Par exemple, dans le cas du « mauvais œil », on croit plutôt à l'exercice de quelque puissance occulte qu'à la méchanceté de la ce pupilline », de la petite personne qui vient regarder à la fenêtre des yeux, prête à pénétrer par l'ouverture sombre de votre œil pour vous aller ronger le cœur *. Nous sommes donc amenés au troisième cas :

C. Survivances modifiées. — A l'ancien élément qui survit s'ajoute un élément nouveau, une idée nouvelle qui 1° ou bien remplace l'ancienne, ou bien S"" coexiste avec elle.

r Nous prenons le deuil comme nos ancêtres, mais ce n'est plus pour dérouter les esprits ou pour préserver nos semblables du fluide léthifère que nous a communiqué la proximité du mort, c'est pour exprimer notre tristesse ; le fait de la survivance du rite n'explique nullement le fait nouveau^ l'idée nouvelle qui â remplacé les anciennes.

De même pour la succession des interprétations mythologiques des vieux rites. Autre chose le vieux rite qui survit, autre chose l'interprétation que crée ta conscience en s'affinant. Les Orphiques par rapport aux cérémonies barbares, Plutarque par rapport

1. E. Monseur, L'âme pupilline ^et Vâme poucet [Revue de Vhist, des teligionsy janvier-février et mai-juin 1905).

aux mythes grecs, Sabalier etLoisy par rapport aux dogmes chrétiens, créent ou fixent des sens nouveaux* qu'il serait déloyal de dissimuler derrière les éléments du passé qu'ils conservent.

Le « symbolisme » actuel (protestant ou catholique) n'est pas plus identique au vieux dogme — qu'on le demande aux théologiens ; Rome d'ailleurs Fa dit clairement — que ma pensée n'est identique à celle de mes ancêtres quand je dis : le soleil se couche \

2"* Souvent, toutefois, il y a coexistence des deux croyances. Un bizarre mélange se produit (où la logique proprement dite n'a rien à voir) de la doctrine officielle de l'Église, par exemple, et de la pratique populaire. J'en suis convaincu, les fidèles qui déposent des cornets remplis de clous en fer devant la statue de saint Guidon% pour être préservés des furoncles, joignent un procédé de magie sympathique à la foi en l'intercession du saint. Ce qui prouve bien cette survivance de l'ancienne

1. Cfr. Decharme, La critique des traditions religieuses chez les Grecs^ des origines au temps de Plutarque, Paris, Picard, 1904 ; Goblet d'Alviella, Eleusinia {Leroux, 1903); S. Reinach, Cultes, mythes et religions (Leroux, 1906), t. II, p. 85. La mort d'Orphée, etc. —L'Église a employé plus d'une fois ce procédé à l'égard des anciens cultes populaires. On le lui rend en ce moment : « Noël rouge "Hy « Pâques humaines », etc. Cfr. Haeckel, Enigmes de l'Univers, p. 456, la curieuse page sur « l'Église moniste » de l'avenir.

2. Gomme on le croit encore littéralement en Californie. Cfr. Lang, Mythes, p. 122.

3. A Bruxelles dans la jolie église du Sablon. — On trouvera des exemples presqu'à chacune des pages du Calendrier belge de Reinsberg-Duringsfeld, singulier mélange, bien humain, de sauvagerie et de poésie !

n\ VUES GËNÉRAL1::S

croyance païenne chez nombre de chrétiens', c'est, par exemple, l'idée des paysaDs du Limousio que les morls ou les saints « vous en feti/eni », que le malade est « toucal del sente » et qu'il faut apaiser ledit saint par un vœu. Le même mot « nauja h (noxa, iionia, chose nuisible) désigne à. la fois les lieux de pèlerinage et la maladie'.

Mais que l'ancienne idée et la nouvelle idée qui accompagnent le rite ou la formule se juxtaposent, ou que la nouvelle élimine l'ancienne, toujours estil qu'il y a une idée nourelle, un fait nouveau. La donnée n'est donc pus simple et toute solution unilatérale serait déloyale et artificielle. La seule objection que l'on puisse faire est celle-ci : le oc nouveau » a'est-il pas de l'ancien transformé? La grande loi à&Xévolulion s'applique-t-elle à ces questions? Comment et dans quelle mesure?

Le terme évolution se prend fréquemment comme synonyme de f'ieri, ou d'histoire de ce fteti. Moimêmem'en suis servidans ce sens lorsque j'ai esquissé

\. Vimotton primitivement aBSOciêo au rite et & la croyance peut reslsr aaaociûc an rite unu fois la croyance évanouie. De là souvent le plaisir i accomplir certains rites hérédîUires, jadis expressions de tcDes ou tciles croyances disparues, aujourd'hui simples bouptos d'êmo- Uon- De là aussi les craintes superstitieuses qui demeureat assoriées 4 Mriains jours, à certaines choses. Gela prouve bien la oéoeestté d'étudier h la fols hisloriiuemenl et psychologiijuômeût de pareilles quiiB-

tiques et apparentées aux Chaldéens), qui apportèrent en ces pays la civilisation pharaonique, récriture hiéroglyphique, un art plus stylisé, des idées supérieures^ Pas d'hiatus, parce que les nouveaux venus se répandent lentement, par infiltration et non comme un flot dévastateur. Souvent les tribus consacrent leur alliance en mariant leurs dieux : Osiris, par exemple, avec la déesse Isis primitivement indépendante ; Horus devient leur fils, et si ce dernier est Tennemi de Set auquel il fut d'abord associé, c'est par suite d'hostilités avec la tribu dont Set était le dieu spécial. Questions de politique donc^ et non d'évolution (dans le sens des sciences naturelles). De là aussi ces hétéroclites statuettes mianimales, mi-humaines des divinités : le dieu animal n'a pas plus évolué en dieu anthropomorphe que le menhir n'a évolué, dans la Bretagne, en la croix qui le surmonte.

Même résultat si nous étudions les mythes grecs. La très pure Artémis d'Hippolyte n'est nullement l'évolution de la barbare déesse-ours de Brauron ou de Munychie^; l'identité des noms attribués, d'après des analogies plus ou moins lointaines, à des divinités

d'ailleurs très dissemblables ne doit point nous faire illusion; Dionysos n'est pas davantage l'évolution de Zagreus. Le culte du taureau déchiré et dévoré

1. Cfr. J. Capart. Les débuts deVart en Egypte (Bruxelles, Vromant, 1904). Ch. VII.

2. Pétrie, Religion and conscience in ancien Egypt (1898), p. 55, etc..

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