‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 95 sur 119 · III · texte numérisé non relu

III

Voici quelques hypothèses relatives à la succession des phases de ce processus.

D'après Max MûUer, Hartmann, les hommes ont pu débuter par une sorte de monothéisme inconscient qui aurait dégénéré en animisme, puis en fétichisme. Il s'agit pour eux de l'absolu, de rinfini confusément senti^ et non pensé d'une manière abstraite. On ne les réfute donc pas en les traitant

sur l'esprit des gens, ce crucifix est suspendu de manière que le Christ a la t»Me en bas. »

1. Animisme dans Je sens habituel = culte des esprits. La croyance au mana, sa, etc., dont nous venons de parler est évidemment plus large que la croyance aux esprits. Les dieux eux-mêmes dépendent du sa etnon le sa, des dieux.

2. C'est ce que reconnaît très nettementTylor, La civilisation primitive^ i I, p. 495; t. II, p. 461.

IlÉnERT. — Div'n. 17

:de meta physicien S \ ills ne font pas plus de rhomme primitif ^un mélaphysicien qu'ils n'en font un géoimatre en lui accordant le «ens de l'espace. Maïs si :naus analysons celte sorte de foi amorphe dont nous parlions tout à l'heure à propos des sauvages mélanésiens, américains, 'etc. , nous n'y Itrouiverons pas la notion de personnalité. Aussi M. £rinton lat-il soin de nous faire observer que la croyance au mana^ wakan, elc, n'est point le « témoignage d'un monothéisme primitif* ». C'est d'une sorte de monisme — tout de sentiment, je le répète, et nullement abstrait — qu'il faudrait plutôt parler.

Toutefois, même sous sa forme de sentiment, le monisme suppose un sens de Vanité de toutes vies qui sera difficilement accepté comme réellement primitif. 11 est vrai qu'il ne le faut pas prendre au sens métaphysique, mais comme un sentiment résultant de la croyance aux métamorphoses, par exemple, donc à l'équivalence des diverses formes de vies.

i. 11 est trop commode de crier ainsi à la philosophie, à la métaphysique (Leuba, Inlrod. to a psychol. sludy of religion; Monist de janvier 1901) dès qu'il est question d'inflni ou de parfait.

2. Religion of primitive peopleSj p. 63 et 48. — C'est la solution à laquelle semble se rattacher le P. Lagrange. « Ce que le sémite pensait exactement (en parlant de son El), nous ne le savons pas, dit-il, mais, de son langage nous concluons beaucoup plus légitimement à l'unité du divin qu'au polydémonisme... 11 est plus vraisemblable que El c'était d'abord le divin, et que, lorsque le nom devint personnel, peutêtre au moment où d'autres noms propres furent proposés comme participants au divin, un autre nom fut créé pour signifier spécialement la nature divine comme commune à plusieurs êtres... A l'origine, tous les sémites avaient un même nom et un seul pour désigner le divin, conçu comme distinct du reste des choses et, par conséquent, ils le considéraient comme unicfue d'une certaine façon. » Et. sur les religions sémitiques, p . 78.

Lé point de départ semble être plutôt celui que nous constatons chez l'enfant : Tenfant croit viTaiït tout objet qui l'impressionne, vivant d'une vie analogue à la sienne, lui voulant du bien ou du mal — sans distinguer encore, bien entendu, entre son corps et son esprit. L'homme primitif paraît avoàtraversé cette phase (que l'on appelle souvent animume\ que A. Ré ville a nommée natuiismé^ et Guyau^ naturisme^ fétichisme^ panthélisme).

Vue systématique de l'esprit? Je ne le pense pas. (( Castren, dit Tylor, décrit le culte que les Sibériens rendent à la nature; or, selon lui, l'exemple le plus extraordinaire, celui qui indiqué le degré de civilisaiionlaplusinfime, se rencontre chezlesSamoyèdes, qui adorent directemen t les objets pour eux-mêmes * » .

Exemple tiré du culte des arbres : « Au commencement, un arbre attire le respect comme un être à craindre, doué de sensibilité et possédant une puis-

1. « La croyance à V animation de la nature entière. » Tylor, La civilisation primitive, chap. viii. 1. 1, p. 326. — Gfr. le chap. ui de Lang {Mythes, etc.) sur l'état mental des sauvages.

2. Gfr. Les religions des peuples non civilisés (Fischbacher, 1883). Tome II. p. 222, 225, etc.

3. U irréligion de l'avenir, p. 29. Il fait remarquer qu'en ce cas, on ne suppose point dans l'objet matériel la présence d'un esprit distinct de Vohjet lui-même (sens fréquent du mot fétichCy par exemple chez Spencer). « Le moi panthélisme, s'il n'était un peu barbare, exprimerait mieux cet état de l'intelligence humaine, qui place tout d'abord dans la nature, non pas des esprits plus ou moins distincts des corps, mais simplement des intentions, des désirs, des volontés inhérentes aux objets mêmes » (p. 31). L' aespînt » lui-même, d'ailleurs, demeurera, pour bien longtemps encore, composé d'une matière sublile. « U n'y a d'incorporel que ce qui n'est pas », dira Tertullien 1 {De carne Christi, chap. xi). Et il appliquera ce principe à Dieu {Contra Praxeam viu).

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