JESUS-CHRIST NOUS A AIMES JUSQU A L EXCES, EN SE LIVRANT POUR NOUS
Nous étions morts par le péché. Dieu, touché de compassion, a voulu nous rendre la vie, en envoyant son divin Fils mourir pour nous. Saint Paul, considérant cet amour dont nous a aimés le Père éternel, l'appelle excessif. Dieu, dit-il, qui est infiniment riche en miséricordes, poussé par V amour excessif qu'il nous portait, alors que nous étions morts par le péché, nous a ressuscites dans le Chî'ist (1). — Nous devons également appeler
(1) Deiis autem qui divos est in misericordia, propter nimiîim charitatem suam qiia dilexit nos, et cum essemus mortui peccatis, conviviflcavit nos in Christo. [Eph., 2, 4.)
excessif l'amour qui a porté Jésus-Christ à mourir pour nous. C'est bien la pensée de l'Apôtre, lorsqu'il dit que la mort du Fils de Dieu sur la croix fut un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils. Prxdicamus Christum crucifixum, Judœis quidem scandahtm, Gentibus autem stultiiiam (1). « Nous prêchons Jésus crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Gentils. » Ce fut un scandale aux yeux des Juifs, parce qu'ils se figuraient que le Messie devait paraître parmi nous tout éclatant de la majesté royale, et non comme un criminel condamné à mourir sur une croix. Aux yeux des païens, c'était une folie qu'un Dieu eût voulu mourir, et mourir d'une telle mort pour ses créatures. Saint Laurent Justinien a donc pu dire aussi : « Nous avons vu le Verbe éternel, la Sagesse même, comme frappé de folie par l'amour excessif qu'il porte aux hommes (2). »
Ne semble-t-il pas en effet que ce soit une folie, pour un Dieu tout puissant et infiniment heureux, que de consentir à être flagellé, traité en roi de théâtre, souffleté, couvert de crachats, condamné comme un malfaiteur, et de mourir abandonné de tout le monde, sur un infâme gibet, pour sauver de misérables créatures? Cette seule pensée transportait d'amour le séraphique saint François; il allait par la campagne pleurant et s'écriant : a l'Amour n'est point aimé ! l'Amour n'est point aimé ! » C'est cette môme pensée qui faisait dire à saint Bonaventure que « celui qui veut persévérer dans l'Amour envers Jésus-Christ doit constamment se
(l) /, Cor., 1, 23.
y>) Vidimus sapientiam anjoris nimietate infatuatartl, [Serin- de Nat\ D.)
le représenter attaché à la croix et mourant pour notre salut (1). »
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon Jésus! est-il possible qu'un chrétien, éclairé des lumières de la foi et sachant que vous êtes mort crucifié pour son amour, vive sans vous aimer? Hélas! tel a été mon malheur ou plutôt mon crime. Ah Seigneur! avant tout, pardonnezmoi cette grande faute que j'ai commise, de passer tant d'années sur la terre sans vous aimer. Mon cher Sauveur, la mort m'épouvante ; car alors je devrai rendre compte de toutes les offenses dont je me suis rendu coupable envers vous. Mais ce sang que je vois couler de vos plaies sacrées, me donne l'espoir d'obtenir de vous mon pardon, avec la grâce de vous aimer à l'avenir de tout mon cœur! Oui, j'espère ces deux grâces, le pardon et le saint amour; je vous les demande en vertu des mérites que vous avez acquis par tant de souffrances. Je me donne tout à vous, mon Jésus. Je ne veux plus m'appartenir à moi-même. Je veux tout faire et tout souffrir pour vous plaire. Je veux mourir pour vous, qui êtes mort pour moi. Je vous dirai avec le séraphique saint François : Moriar amore amoris tui, qui amore amoris mei dignatus es mori. « Faites que je meure pour l'amour de votre amour, ô Dieu qui êtes mort pour l'amour de mon amour. »
0 Mère de Jésus et ma Mère î obtenez-moi un tendre et continuel souvenir des souilrances de votre divin Fils.
(1) Semper ociilis cordis sui Christum in cruce tanquani morientem videut. {Z>e perf. vit, c. 6.)
POUR DELIVRER LES HOMjNIES DE LA MORT ETER- NELLE, JÉSUS-CHRIST, l'innocence MEME, PRIT LES DEHORS DU COUPABLE.
Avant ravènement du Rédempteur, tous les hommes étaient réduits à gémir inconsolables sur cette terre d'exil, car ils étaient tous enfants de colère : ils le savaient, et ils ne voyaient personne qui put apaiser le Seigneur justement irrité par leurs péchés. Tel était le sujet des larmes que versait le prophète Isaïe : Voilà^ disait-il à Dieu^ voilà que vous êtes irrité... et nul ne se lève pour retenir votre bras vengeur (1). Il disait vrai : c'est un Dieu qui avait été offensé par l'homme, et l'homme, n'étant qu'une misérable créature, ne pouvait par aucune expiation suffisante, effacer l'offense faite à une majesté infinie; il fallait un autre Dieu pour offrir à la divine justice la satisfaction que ne pouvait offrir l'homme coupable. Mais cet autre Dieu n'existait pas : il n'y a qu'un seul Dieu, et il ne peut y en avoir plusieurs. D'autre part, celui qui est offensé ne peut satisfaire lui-même pour l'offense qu'il a reçue. Ainsi, notre malheur semblait sans remède.
0 bonheur ! le Prophète entend la voix du Seigneur : Console-toiy ô mon peuple., console-toi, car fai trouvé le remède à tes maux (2). Oui, Dieu a lui-même trouvé le moyen de nous sauver et de
(1) Ecce tu iratus es... Non est qui... consurgat, et teneat te. [Is., 64, 5.)
(2) Consolamini, consolamini, popule meus, dicit Deus Tester. Quoniam compléta est malitia. {Is., 40, 1, 2.)
contenter tout à la fois sa justice et sa miséricorde. Justifia et pax osculatœ sunt (1). « Voilà, dit le Psalmiste, que la justice et la miséricorde se sont donné le baiser de paix. » Comment s'est accomplie cette merveille? Le Fils unique de Dieu s'est fait homme, il a pris la forme du pécheur, et, s'étant chargé de la dette des hommes, il a pleinement satisfait pour eux à là justice divine par toutes les souffrances de sa vie et par sa mort ; ainsi la justice et la miséricorde ont reçu en même temps toute la satisfaction qu'elles récla maient.
Pour délivrer les hommes de la mort éternelle, Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'Innocence môme, s'est fait en quelque sorte coupable, en prenant sur lui nos péchés, pour les expier dans sa chair sacrée. Voilù où Ta réduit son amour pour nous!
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon Rédempteur et mon Dieu, qui suis-je pour que vous m'aj'ez aimé et que vous m'aimiez encore d'un amour si généreux? Rien vous obligeait-il à m'aimer ainsi? Qu'avez-vous donc jamais reçu de moi sinon des mépris et des injures, qui devaient plutôt vous contraindre à m'abandonner, à me chasser pour toujours loin de vous? J'accepte, o mon Dieu, tout autre châtiment, mais épargnez-moi celui-là. Si vous m'abandonniez et me priviez de votre grâce, je ne pourrais plus vous aimer. Je ne prétends pas me dérober à la peine que j'ai encourue, mais je veux vous aimer,
(1) Ps., 84, 11.
et vous aimer beaucoup. Puissé-je vous aimer comme le doit un malheureux pécheur, qui. payant d'ingratitude tant de faveurs signalées, fruits de votre bienveillance, vous a tant de fois abandonné; comme doit vous aimer un pécheur qui a échangé votre grâce et votre amour contre des plaisirs misérables, fugitifs et empoisonnés. 0 Jésus, pardon! Je me repens de tout mon cœur de vous avoir si souvent déplu.
Mais, mon Sauveur, j'ambitionne plus qu'un simple pardon; je désire en outre la grâce de vous aimer beaucoup afin que, par cet amour, je répare autant qu'il est en moi mes ingratitudes passées. Une âme innocente vous témoignera son amour en vous remerciant de l'avoir préservée de la mort du péché. Pour moi, je dois vous aimer comme un pécheur, c'est-à-dire comme un serviteur qui fut rebelle, comme un criminel qui fut condamné à l'enfer autant de fois qu'il a péché, et qui fut autant de fois gracié par votre miséricorde, dont les lumières et les grâces le remirent en état de se sauver et de se sanctifier.
0 Rédempteur, et tant de fois Rédempteur de mon âme, vous m'avez trop aimé! Il est temps que je me décide à vous aimer aussi de tout mon cœur. Vaincu par votre amour, je ne puis résister plus longtemps à tant de preuves de votre excessive bonté; je me rends enfin et je vous donne tout mon amour. Je vous aime. Bonté infinie; je vous aime, ô Dieu infiniment aimable. Augmentez de plus en plus cette flamme divine ; ne cessez de transpercer mon cœur des traits de votre amour. Pour votre gloire, ô mon Dieu, faites-vous aimer beaucoup de ce cœur qui vous a beaucoup offensé.
0 Marie, faites que j'aime beaucoup Jésus, mon Rédempteur.