LE FILS DE DIEU S EST ANEANTI PAR AMOUR POUR NOUS
Pour comprendre combien le Fils de Dieu nous a aimés, il suffit de méditer ces paroles de saint Paul : Semeiipsum exinanivit^ formant servi accipiens. Humiliavit semetipsum, factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis (1). « Il s'est anéanti en prenant la forme et la nature de serviteur. Il s'est humilié se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. » Quel sujet d'étonnement pour les anges, durant toute l'éternité, de voir leur Dieu, fait homme par amour pour l'homme, assujetti à toutes les infirmités et à toutes les souffrances de la nature humaine I
Et Verbum caro factum est (2). « Et le Verbe s'est fait chair, » dit saint Jean. Quelle merveille ne serait-ce pas de voir un roi se transformer en vermisseau par amour pour des vers de terre ! Mais c'est une merveille infiniment plus grande qu'un Dieu se soit fait homme par amour pour les hommes; et, que dirons-nous, envoyant ce Dieu fait homme aimer les hommes jusqu'à mourir pour eux de la mort si cruelle et ignominieuse de la croix?
L'Évangile nous apprend que sur le Thahor les prophètes Moïse et Ëlie, parlant de la mort de notre divin Sauveur, l'appelaient un excès : Dicc-
hant excessum ejus (1). Oui, dit saint Bonaventure, c'est avec raison que cette mort de Jésus-Christ est appelée un excès, car ce fut un excès de douleur et d'amour : Excessus doloris^ excessus amoris, un événement qu'on ne pourrait croire si l'on ne savait, par des témoins dignes de foi, qu'il est réellement arrivé. Véritable excès d'amour, dit saint Augustin, puisque « le Fils de Dieu n'est venu sur la terre mener une vie si pénible et souffrir une mort si douloureuse, que pour faire connaître aux hommes combien Dieu les aime (2). »
Cet excès d'amour pour les hommes, de la part du Verbe éternel, paraissait une folie à sainte Madeleine de Pazzi, et elle osait lui tenir ce langage : « Oui, mon Jésus, vous êtes fou,d'amour! » Aussi, comme l'atteste saint Paul, quand les païens entendaient raconter la mort de Jésus-Christ, ils la regardaient comme une incroyable folie. Cependant il est de foi que Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu, s'est livré à la mort pour l'amour de nous. Dilcxit nos et tradidit semetipsnm pro nobis (3). « Il nous a aimés, dit saint Paul, et il s'est livré pour nous. »
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon Jésus, mon Seigneur et mon Rédempteur ! Vous m'avez tant obligé à vous aimer ; mon amour vous a tant coûté I Je serais donc bien ingrat
(1) Luc, 9, 31.
(2) Propterea ChristQS advenit, ut cognosceret lioino quantum eum diligat Deus. IDe Calech. rud. c. 4.)
(3) Epn., 3, 2.
si je me contentais d'aimer faiblement un Dieu qui m'a donné son sang, sa vie et tout lui-même. Si vous êtes mort pour moi, votre pauvre serviteur, il est bien juste que je meure pour vous, mon Dieu et mon tout. Oui, mon Jésus, je renonce à tout pour me donner à vous. Je détache mon cœur de toutes les créatures; je me voue entièrement et pour toujours à votre B^mour. Dilectus meus... electus ex millibus. « Vous êtes mon bien-aimé, choisi entre mille. » Je vous choisis entre tous les biens pour mon unique bien, mon seul trésor, mon unique amour.
Oh! je vous aime, mon amour, oui, je vous aime. Je le répète et je veux le redire sans cesse : je vous aime, mon amour, je vous aime. Vous n'êtes point satisfait si je ne vous aime que faiblement; vous ne souffrez pas que j'aime quoi que ce soit en dehors de vous. Je veux vous contenter en tout; je veux vous aimer beaucoup ; je ne désire que vous, et je ne veux aimer que vous seul. Mon Dieu! mon Dieu! aidez-moi à vous satisfaire pleinement.
Et vous aussi, ô ma Reine, Marie, aidez-moi à aimer beaucoup mon Seigneur et mon Dieu. Ainsi j'espère, ainsi soit-il.
JKSUS-CHRIST POUVAIT NOUS SAUVER SANS SOUF- FRIR ; POUR MIEUX NOUS MANIFESTER SON AMOUR, IL A CHOISI LA SOUFFRANCE.
Jésus-Christ aurait bien pu nous sauver sans souffrir et en menant sur la terre une vie douce
et heureuse. Mais non, dit saint Paul : « Au lieu des joies qui s'offraient à lui, il embrassa la croix. » Proposito sibi gaudio, sustinuit crucem (1). Il renonça aux richesses, aux plaisirs, aux honneurs de ce monde ; il fit choix d'une vie pauvre et d'une mort saturée de douleurs et d'opprobres. Pourquoi cela? N'était-ce point assez qu'il priât simplement le Père éternel de pardonner aux hommes, puisqu'une seule de ses prières, étant d'une valeur infinie, suffisait pour sauver le monde et une infinité de mondes? Pourquoi donc s'est-il résigné à des amertumes et à une mort si cruelles, qu'on a pu dire que l'âme de Jésus s'est séparée de son corps par un pur effet de la douleur? Pourquoi donc dans l'œuvre de la Rédemption cette surabondante dépense? — Saint Jean Chrysostome répond : Sans doute une prière eût suffi à nous racheter, mais non à nous montrer tout l'amour que Dieu nous porte. Quod sufficiebat redempiioni, non sufficiebat amori.
Saint Thomas le confirme en ces termes : « C'est par amour que le Sauveur a souffert : aussi voulutil payer à la divine justice bien plus qu'elle n'exigeait pour la réparation de l'offense faite à la divine Majesté, par le genre humain (2). » Nous aimant beaucoup, Jésus voulait être beaucoup aimé de nous; et il n'épargna rien môme en fait de souffrances, pour gagner nos cœurs et nous convaincre qu'il ne pouvait faire davantage pour les conquérir, a II a voulu beaucoup souffrir,
(1) Ilcb., 12, 2.
(2) Christus ex charitate patiendo, rtiajus aliquid Deo exhihuit qunm fixigeret recompensatio offensîe IiuQiani generis, (P, 3, q. 48. a, 2.)
ajoute saint Bornard, afin d'imposer à Thomme une grande obligation de Taimer (1). »
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Mon aimable Seigneur, comment avez-vous pu faire tant de bien à qui vous a fait tant de mal? Pour me mériter l'amitié de Dieu, vous êtes allé jusqu'à expirer dans les tourments. Et combien de fois, hélas! ne l'ai-je pas perdu par ma faute, ce trésor de votre amour? Quand j'y pense, je voudrais en mourir de douleur. Combien de fois, après avoir reçu de vous mon pardon, n'ai-je pas recommencé à vous offenser ! Pourrais-je compter encore sur votre clémence, si je ne savais que vous ôtes mort pour me pardonner? Mon Jésus! par cette mort que vous avez soufferte pour moi, j'espère le pardon de mes péchés et la persévérance dans votre amour.
0 mon Rédempteur, je me repens de vous avoir offensé; au nom de vos mérites, je vous le demande, pardonnez-moi; je promets de ne plus vous causer de déplaisir. Votre amitié m'est chère et précieuse par-dessus tous les biens; ah! ne permettez pas que je la perde de nouveau. Infligezmoi, Seigneur, tout autre châtiment, mais non pas celui-là. Mon Jésus, je ne veux plus vous perdre : j'aime mieux perdre la vie. Je suis résolu de vous aimer à jamais.
Marie, ma Mère, ne permettez pas que je cesse jamais d'aimer votre divin Fils.
(1) Multum fatigationis assumpsii, quo niiilti-c dilectionis hominem debitorem teneret. (/w. Cant.y s, i\.)
JESUS-CHRIST, NE VOULANT NOUS SAUVER QUE PAR LA SOUFFRANCE, s'eST FAIT HOMME DE DOULEURS.
« Homme des douleurs, » Virum Dolorum (1), c'est ainsi que le prophète Isaïe appelle notre divin Rédempteur. En effet, toute la vie de Jésus- Christ a été un continuel martyre. C'est qu'il avait pris sur lui toutes nos dettes. En vérité, notre Sauveur, Homme-Dieu, pouvait expier tous les péchés du monde entier par une simple prière ; mais il a voulu satisfaire à la justice divine en toute rigueur; c'est pourquoi il choisit une existence pleine d'humiliations et de souffrances, se résignant, par amour pour les hommes, à être traité comme le dernier et le plus méprisable de tous, ainsi qu'Isaïe l'a vu longtemps à l'avance : Vidimus eum... despectum et novissimum virorum (2). « Nous l'avons vu... le plus méprisé, le dernier de tous les hommes. »
Eh! qui fut jamais en proie aux afflictions et aux tourments, comme notre très aimant Rédempteur? Tout homme, sur la terre, si malheureux soit-il, a de temps en temps ses soulagements et ses consolations : C'est ainsi que Dieu, dans sa bonté, traite ses créatures, tout ingrates et rebelles qu'elles sont. Mais le Père éternel n'en a pas usé de môme envers son Fils bien-aimé. La vie de Jésus-Christ en ce monde ne fut pas seulement la plus affligée
(2) Is., 53, 2.
— aide toutes les vies humaines; mais elle fut un tourment continuel, sans aucune consolation ni aucun soulagement, depuis le premier instant de son existence jusqu'à sa mort. En un mot, il vint en ce monde pour souffrir et pour être THomme des douleurs.
En outre, nous ne souffrons que dans le temps même de nos afflictions, puisque nous ne connaissons pas d'avance les peines qui nous attendent. Jésus-Christ, au contraire, ayant, comme Dieu, la connaissance de toutes les choses futures, a ressenti à chaque instant de sa vie, non seulement les peines qui l'affligeaient actuellement, tels que les coups de fouet au moment de la flagellation, mais encore toutes celles qui lui étaient réservées, spécialement les tourments de sa Passion. Il avait continuellement devant les yeux sa flagellation, son couronnement d'épines, son crucifiement et sa mort si cruelle, avec toutes les douleurs et toutes les désolations qui l'accompagnèrent.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Je sais, ô Dieu d'amour, que vous nous avez créés pour vous aimer et vous servir. Par le passé, malheureux que je suis, au lieu de vous servir, je vous ai tant offensé! Ahl quand j'y pense, je voudrais en mourir de douleur. Grâce à votre misécorde, ô mon Dieu, j'ai la confiance que vous m'avez déjà pardonné; et puisque vous m'avez pardonné, je vous consacre toute ma volonté, et tout moi-môme. Possédez-moi toujours, possédezmoi entièrement. Attirez-moi de plus en plus à votre amour. Bannissez de mon cœur toute aft'ec-
— action qui ne serait pas pour vous. Vous êtes mon unique bien et mon unique amour.
0 Amour divin, comment peux-tu être si méprisé des hommes. 0 hommes, regardez sur la croix le Fils de Dieu, qui, semblable à un tendre agneau, est immolé au milieu des plus grandes douleurs ; il veut expier vos péchés et conquérir votre amour : regardez-le et aimez-le. 0 Amabilité infinie, ô mon Jésus, ne permettez plus que je vive dans l'ingratitude, en face d'une si grande bonté. Par le passé, je n'ai pas correspondu comme je le devais à l'amour que vous avez eu pour moi; désormais je ne veux plus penser qu'à vous aimer et à vous plaire.
0 Marie, Mère de mon Dieu, c'est en vous, après Jésus, que j'espère. Par vous je demande à Dieu la grâce de lui appartenir sans réserve. Mon bonheur est entre vos mains ; vous pouvez tout auprès de Dieu; c'est donc à vous de me le procurer.
JÉSUS-CHRIST NE SEST PAS CONTENTÉ DE SOUF- FRIR ; IL A VOULU MOURIR PAR AMOUR POUR NOUS.
Considérons tout ce que le Fils de Dieu a souffert pour notre amour. Pour nous racheter, c'était assez d'une seule goutte de son sang, d'une larme, d'une simple prière. Puisque cette prière, acte d'une personne divine, avait une valeur infinie, elle suffisait conséquemment pour sauver le monde et une infinité de mondes. Mais, dit saint Jean Chrysostome, ce qui suffisait à notre rédemp-
lion ne suffisait pas h l'amour immense que Dieu nous portait. Quod mfficiehat redemptioni non sufficiehal amori. Il ne voulait pas seulement nous sauver; comme il nous aimait beaucoup, il voulait être aussi beaucoup aimé de nous. Il a donc choisi, après une existence toute pleine de souffrances et d'humiliations, la mort la plus amère, afin de nous manifester son amour infini. « Il s'est humilié et il s'est fait obéissant jusqu'à la mort de la croix. » Humiliavit semetipsuniy factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis (1).
0 excès de l'amour divin, que jamais les hommes ni les anges ne parviendront à comprendre ! Si notre Rédempteur n'avait pas été Dieu, mais simplement un de nos amis ou de nos parents, quel signe plus évident d'affection eût-il pu nous donner, que de mourir pour nous! Nul ne peut donner une plus grande preuve d'amour qu'en sacrifiant sa vie pour ses amis, dit saint Jean (2). Si Jésus-Christ avait eu à sauver son Père lui-même, aurait-il pu rien faire de plus? Dites-moi, mon frère, si vous aviez été Dieu et le créateur de Jésus-Christ, qu'aurait-il pu faire de plus, que de sacrifier sa vie pour vous, dans un abîme d'humiliations et de douleurs? Et si le dernier des hommes avait fait pour vous ce qu'a fait Jésus-Christ, pourriez-vous vivre sans l'aimer?
Vous croyez à l'Incarnation et à la Rédemption. Alors comment pourriez-vous douter de l'amour de Jésus-Christ pour vous; et n'en doutant point, comment pouvez-vous vivre sans l'aimer? com-
(1) Phil., 2. 8.
(2) Majorein liuc dilectioiiem nenio hahct, iit animam sunni pontit quis pro amlcis suis, (/o., iT), 13.)
ment pouvez-vous aimer un autre objet que Jésus- Christ, qui, pour vous prouver son amour et gagner le vôtre, n'a pas hésité à sacrifier sa vie divine? 0 sainte foi éclairez-nous!
AFFECTIONS ET PRIERES
0 mon Jésus, je le reconnais, vous n'avez rien négligé pour me contraindre à vous aimer, mais mon ingratitude vous a mis dans l'obligation de m'abandonner. Que votre patience à me supporter si longtemps soit à jamais bénie! Je mériterais un enfer à part, mais votre mort me donne confiance. Daignez me faire connaître combien vous méritez d'être aimée, ô Bonté infinie, et combien je suis obligé de vous aimer. Je savais bien, mon Jésus, que vous êtes mort pour moi; comment donc ai-je pu, hélas! vivre tant d'années sans penser à vous? Oh! si je pouvais recommencer ma vie. Seigneur, je voudrais vous la consacrer tout entière; mais le temps passé ne revient plus. Du moins, faites que je consacre le reste de mes jours à vous aimer et à vous plaire.
Mon cher Rédempteur, je vous aime de tout mon cœur. Augmentez en moi cet amour. Rappelez-moi souvent ce que vous avez fait pour moi, et ne permettez pas que je sois encore ingrat envers 70US. Je sais combien je vous suis redevable, cela me suffît; je veux être désormais reconnaissant, et ne vous rien refuser. Je veux vous aimer, puisque tel est votre désir. Eh! qui donc voudrai-je aimer, si je n'aime pas un Dieu qui est la beauté infinie, la bonté infinie, un Dieu mort pour moi, un Dieu qui m'a supporté avec tant de patience, et qui,
loin de me punir selon mes mérites, a changé les châtimenls en grâces et en bénédictions? Oh! oui, je vous aime, Dieu digne d'un amour infini. Tout ce que je désire, tout ce que je demande, c'est la grâce d'oublier tout ce qui n'est pas vous, afin de vivre uniquement pour vous aimer. 0 charité infinie de mon Sauveur, secourez une âme qui brûle du désir d'être toute à vous.
Secourez-moi, vous aussi, auguste Mère de Dieu, Marie, secourez-moi par votre intercession; priez Jésus de m'accorder la grâce d'être tout à lui.
SI JÉSUS-CHRIST EST MORT, c'eST PAR AMOUR POUR NOUS.
Il est de foi que Jésus-Christ nous a aimés et qu'il a subi la mort pour notre amour; il est donc vrai de dire que s'il ne nous avait pas aimés, il ne serait pas mort. Lui-môme nous le fait bien entendre quand il dit : J'aime mes brebis. — Je cours après la brebis perdue. — Je donne ma vie pour mes brebis. Sans doute, notre Sauveur est mort par obéissance à son Père : Dieu ayant décrété que nous ne serions sauvés que par la mort de son Fils. Mais il n'en est pas moins vrai, dit le Prophète, que Jésus-Christ a embrassé la mort parce qu'il l'a bien voulu. Oblatus est, quia ipsevoluit{i). S'il s'est livré pour nous, dit saint Paul, c'est parce qu'il nous aimait (2). Dilexil nos et tavit nos
(2) Dilexit nos et tradiditsemetipsumpronobis. (£pA., 5,2.)
a peccalis nosiris in sanguine suo {{). « Il nous a aimés, dit aussi saint. Jean, et c'est parce qu'il nous a aimés, qu'il lava dans son sang nos âmes souillées par le péché. »
Mon âme, monte au calvaire, contemple cette scène sanglante, regarde l'Agneau de Dieu immolé sur l'autel de la croix, songe qu'il est le Fils bienaimé du Père éternel, et qu'il est mort par amour pour toi. Vois comme il a les bras étendus pour t'accueillir, la tête inclinée pour te donner le baiser de paix, le côté ouvert pour te recevoir dans son cœur. Réponds : mérite- t-il d'être aimé, ce Dieu si aimant? Écoute les paroles qu'il t'adresse du haut de la croix : 0 mon enfant, y a-t-il au monde quelqu'un qui t'ait montré plus d'amour.
En vérité, si le dernier des hommes avait souffert pour moi ce qu'a souffert Jésus-Christ, pourrais-je ne pas l'aimer? Si j'avais vu un homme déchiré par les fouets et cloué à une croix pour me sauver la vie, pourrais-je me rappeler un tel dévouement sans me sentir attendri jusqu'aux larmes? Et si l'on me présentait un tableau qui représentât mon bienfaiteur expirant dans les supplices, pourrais-je le regarder d'un œil sec et dire froidement : Cet homme n'est mort dans les tourments que pour l'amour de moi; s'il ne m'avait pas aimé, il ne serait pas mort. 0 insensibilité, ô ingratitude des hommes envers un Dieu si aimant !
(1) Apoc, 1, 5.
Al rECTlONS I:T PRIERES.
Mon bien-aimé Jésus, permettez à un pauvre pécheur de vous répéter les paroles de votre cher saint François d'Assise : Moriar^ Dojiiine, amore amoris lui, quimnore amoris mei dignalus es moril Que je meure pour l'amour de votre amour, ô Dieu qui avez daigné mourir pour l'amour de mon amour! Oui, mon Jésus, puissé-je mourir pour l'amour de vous! Par le passé, il est vrai, j'ai renoncé à votre amour pour suivre mes caprices et mes mauvais penchants; mais aujourd'hui, éclairé et changé par votre grâce, je suis prêt à donner mille fois ma vie pour vous. Oh! que ne suis-je mort avant de vous offenser! Ohl que ne vous ai-je toujours aimé! Je vous remercie de vouloir bien me donner encore le temps de vous aimer en cette vie, pour vous aimer ensuite sans cesse dans l'éternité.
Mon Sauveur Jésus-Christ, rappelez-moi souvent quelle mort ignominieuse vous avez endurée pour moi, afin que, considérant l'amour ([uc vous m'avez porté, je n'oublie jamais de vous aimer. Je vous aime, Bonté infinie; je vous aime, mon Bien suprême; je m(» donne tout entier à vous. Ah! je vous en conjure, par cet amour infini qui vous a porté à mourir pour moi, agréez l'amour de mon pauvre cœur; faites-moi mourir plutôt que je cesse jamais de vous aimer. Ou aimer ou mourir! mourir à tout autre amour, pour vivre à l'amour de Jésus.
Marie, ma Mère, faites que comme vous je sois out à Jésus.
JESUS-CimiST NOUS AIME TELLEMENT, QU IL S EST FAIT UN BONHEUR DE MOURIR POUR NOUS.
Le prodige de l'amour divin grandit à nos yeux, si nous considérons le désir qu'avait Jésus-Christ de souffrir et de mourir pour nous. Baptismo habco bapiizari, et quomodo coarctor, usquedum perfîciatur (1) Ce sont les paroles de Jésus lui-même : « Je dois être baptisé du baptême de mon propre sang, disait-il à ses disciples, et je languis du désir d'entendre sonner l'heure de ma Passion et de ma mort, )) afm que l'homme connaisse au plus tôt l'amour que je lui porte. Le môme sentiment se révèle en ces paroles qu'il prononça durant la nuit qui précéda sa Passion : Desiderio desideraci hoc pascha manducare vobiscum (2). « J'ai désiré d'un grand désir de manger cette pâque avec vous. » « Il semble donc, dit saint Basile de Séleucie, que Dieu ne puisse se rassasier d'aimer les hommes (3). »
(( La charité du Christ nous presse, dit saint Paul. » Chariias Christi urget nos (4). D'après ces paroles de l'Apôtre, ce qui nous oblige et pour ainsi dire nous contraint d'aimer Jésus-Christ, ce sont moins ses souffrances endurées pour nous, que l'ardent amour avec lequel il a souffert. Cette pensée arrachait à saint Laurent Justinien ce cri d'étonnement : « Nous avons vu la Sacesse deve-
[\) Luc, 12, 50.
[2) Luc, 22, 15.
3) HoMiinum amore ncquit cxpleri Deus.
4) //, Car, 5, 14.
nue folie par l'excès de son amour (1). » De l'ait, qui pourrait jamais croire, si la foi ne nous l'assurait, que le Créateur ait voulu mourir pour ses créatures? Un jour sainte Madeleine de Pazzi, ravie en extase, pendant qu'elle tenait en mains un crucifix, s'écria : « Oui, mon Jésus, vous êtes fou d'amour! »
C'est du reste ce que pensaient les païens, quand ils entendaient prêcher la mort de Jésus-Christ : ils la regardaient, dit saint Paul, comme une incroyable folie (!2). Comment, se disaient-ils, un Dieu qui trouve en lui-même le parfait bonheur, un Dieu qui ne dépend de personne, a-t-il pu descendre sur la terre, se faire homme et mourir pour l'amour des hommes, qui ne sont que ses créatures? Croire un tel prodige, serait la môme chose que de croire ce Dieu devenu fou pour l'amour des hommes. Il est néanmoins de foi que Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu, s'est livré à la mort pour l'amour de nous. Dilexit nos et tradidil semetipsum j^ro )iobis (3). « Il nous a aimés, dit saint Paul, et il s'est lui-même livré pour nous. ^>
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Souverain Seigneur du ciel et de la terre ! Hien inlini! Majesté infinie! vous, qui avez tant aimé les hommes, comment étes-vous si méconnu des hommes? 0 mon Dieu, je suis un de ceux que vous avez aimés d'un amour spécial, en me favo-
(1) VidiiiHis s;ipi»'nliiim pr.r niniiotalf aiiinris iiifatuatam.
(2) Pra-iliramus Christuiii ciiiriflxum, Judjeis (luidem scandalum, gcntibus autem stultitiaiii. (/. Cur.., l, 23.)
risant de grâces extraordinaires, grâces que vous avez refusées à tant d'autres ; et moi, hélas ! je vous ai méprisé plus que les autres! Je me jette à vos pieds, ô Jésus mon Sauveur; « ne me repoussez pas de devant votre face. » Ne ijrojicias me a facie tua (1). Je mérite bien que vous me rebutiez pour mes ingratitudes; mais vous l'avez dit : vous ne savez pas repousser un cœur qui revient à vous, pénétré d'un sincère repentir. Eum qui venit ad me non ejiciam foras (2). Mon Jésus, que je suis affligé de vous avoir offensé! Autrefois je vous ai méconnu, mais maintenant je reconnais en vous mon Seigneur et mon Rédempteur, mort pour me sauver et pour être aimé de moi. Quand cesserai-je de vous payer d'ingratitude, ô mon Jésus? Quand commencerai-je à vous aimer véritablement? Ah ! dès aujourd'hui, je prends la résolution de vous aimer de tout mon cœur, et de ne plus aimer que vous.
0 Bonté infinie, je vous adore pour tous ceux qui ne vous adorent pas; je vous aime pour tous ceux qui ne vous aiment pas. Je crois en vous, j'espère en vous, je vous aime, je m'offre tout à vous; assistez-moi de votre grâce. Je suis bien faible, vous le savez ; mais si vous m'avez prodigué tant de faveurs, quand je ne vous aimais pas, alors que je ne désirais même pas vous aimer, ne puis-je pas tout espérer de votre miséricorde, maintenant que je vous aime et n'ai point d'autre désir que d'être tout à vous. Mon Dieu, donnez-moi votre amour, mais un amour fervent, qui me fasse oublier toutes les créatures, un amour fort, qui me
(1) Ps., oO, 13.
(2) Jo., 6, 31. .
fassp snrmontor foules los (lifricult«''s pour vous plairo, un amour constant, qui m'attache à vous par des liens indissolubles.
J'espère tout par vos mérites, ô mon Jésus! j'espère tout par votre intercession, o ma Mère, Marie !