JÉSUS-CIIRIST A PRIS SUR LUI LA MALEDICTION DONT NOUS ÉTIONS FRAPPES
Le prophète Isaïe nous avait montré d'avance notre Rédempteur condamné à mort, se laissant mener au supplice, comme un doux agneau à la boucherie. Sicut ovis ad occ.isionem ducetur (1). Grand Dieu! quel sujet d'étonnement pour les anges : voir leur Créateur et souverain Maître traîné au supplice, prêt à verser son sang sur l'autel de la croix, pour l'amour des hommes! Quelle stupéfaction dut causer au ciel et à l'enfer la vue d'un Dieu supplicié comme un malfaiteur sur un infâme gibet pour les péchés de ses créatures!
« Jésus-Christ, dit l'Apôtre, nous a rachetés de la malédiction portée par la loi, en devenant luimême malédiction pour nous; car il est écrit : Maudit, celui qui est pendu au bois; — pour ([ue la bénédiction d'Abraham soit communiquée aux nations par les mérites du Christ Jésus (2). » Ce texte est ainsi résumé par saint Ambroise : <( Il a
(2J (ihristus nos rodeinit do ninledicto logis, factiis pro nnhis inaledictmn, quia scriptum est ; Malcdicliis oinnis qui iMMulet in ligno; — ut in gentibus hcnodictio Abialia» liert't in christo Jesu. {(ial., '.i, 13.)
voulu être maudit sur la croix^aân que vfHis soyez bénis dans le royaume de Dieu (1). »
Ainsi, ô monbien-aimé Sauveur, pour m'obtenir la bénédiction divine, vous vous êtes voué à l'ig^nominie de paraître sur la croix, exposé aux regards du monde comme un objet de malédiction, abandonné dans les tourments, même par votre Père éternel, suprême angoisse qui vous arracha ce cri : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisii me (2). « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avezvous abandonné. » Pourquoi donc avez-vous été ainsi abandonné dans votre Passion, ô Jésus? u C'est, répond Simon de Cassia, pour que nous ne soyons pas abandonnés dans l'abîme de nos péchés (3). » 0 prodige de miséricorde! ô excès de l'amour d'un Dieu envers les hommes! Mon Jésus, comment est-il possible qu'une âme ait la foi et ne vous aime pas?
AFFECTIONS ET PRIERES
Combien je vous suis redevable, ô Jésus mon Sauveur, à cause de l'amour que vous m'avez témoigné en mourant pour moi sur la croix! Quand je. donnerais mille fois mon sang pour vous, quand je sacrifierais mille vies pour votre amour, ce serait encore bien pea. Ah! si l'on pensait souvent à l'amour dont votre Passion est le gage, pourraiton aimer autre chose que vous? a Mais comment, O Sauveur du monde, vous dirai-je avec saint
(1) llle maledictum in cruce factus est, ut tu benedictus psses in Doi regno. [Epist.^ 47.)
(2) ^laUti., 27, 46.
(:i) Ideo christiis dereliotiis est in prenis, ne nos derelinqiiamur in ruipis. [hih, iS. de Pass. D.)
Augustin, comment votre amour a-t-il pu vous porter à un tel excès? Eh quoi ! c'est moi qui ai commis le crime, et c'est vous qui en subissez la peine (1). »
M La divine justice nous eût punis comme nous le méritions, elle nous eût précipités dans les abîmes éternels, que vous importait, ô bon Jésus, dirai-je avec saint Bernard? Pourquoi avez-vous bien voulu porter dans votre chair innocente la peine de nos péchés? Comment, o notre souverain Seigneur avez-vous pu, pour nous exempter de la mort, sacrifier votre vie? 0 miracle, qui n'a jamais eu et qui n'aura jamais son pareil! 0 grâce, que nous ne pouvions jamais mériter! 0 amour, qui ne se pourra jamais comprendre (2)! » Mon Jésus, je vous en conjure, par cet amour dont vous m'avez aimé sur la croix, accordez-moi la grâce de vous aimer de tout mon cœur. Je vous aime. Bonté infinie, je vous aime par-dessus tous les biens, et je ne vous demande rien sinon le grand trésor de votre saint amour.
0 Marie, ma Mère, obtenez-moi une parfaite résignation dans toutes les peines de cette vie.
(1) Quo tuus attielt amor ? Ego inique egi, tu pfpna nuilrtîiris. [Médit., c 1.)
(2) 0 lionc Josu! (fuid tibi ost? Mori nos dobulmus, ci tu solvis? Nos pcccjivinius, <^t lu luis? — Opus sinp. oxt'uiplo, gialiu sine merito, charitas sine modo! {Af)uil Lohn. llibl, tit. HO, 5.1.)
XYII