JÉSUS-CHRIST NOUS A FAIT UN BAIN DE SON PROPRE SANG
Les sacrifices de l'ancienne Loi étaient la figure du grand sacrifice que Jésus devait offrir à Dieu son Père sur la croix pour le salut du monde. Or, dans ces sacrifices, nous voyons le sang versé pour le salut du peuple.
Saint Paul, dans sa lettre aux Hébreux, rappelle ainsi cette partie de leur ancienne législation : Moïse ayant pris du sang des victimes en jeta sur le peuple en disant : c'est le sang du Testament que Dieu a fait pour vous. Il jeta aussi du sang sur le tabernacle et sur tous les vases sacrés; car selon la loi, presque tout se purifie par le sang ; et sans effusion de sang^ les péchés ne sont point pardonnes (1). En parlant ainsi, l'Apôtre voulait faire comprendre aux Hébreux que ce sang de Tancienne Loi figurait le sang de Jésus-Christ, sans lequel nul ne peut être purifié de ses péchés, nul ne peut rentrer en grâce avec Dieu. Mais il y a cette différence, que le sang des victimes de l'Ancien Testament purifiait les Hébreux de la tache extérieure de leurs fautes, de la souillure légale, leur remettant seulement la peine temporelle portée contre les prévaricateurs ; tandis que le sang de Jésus-Christ nous purifie môme de la tache intérieure et nous obtient de Dieu le pardon complet de nos fautes, c'est-à-dire de la coulpe et de la peine éternelle.
u Jésus-Christ nous a aimés, dit saint Jean, et il
nous a lavés de aos péchés dans son sang. « />/lexit nos et lavit nos a peccatis nosiris in sanguine sua (1). Voilà donc, ô hommes, jusqu'où est allé l'amour de Jésus pourrons : il a fait de son propre sang un bain salutaire qui purifie vos âmes des souillures du péché. « Il a offert pour vou-s, dit un savant auteur, un sang qui crie mieux que celui d'Abel : le sang d'Abel demandait justice contre le fratricide; celui de Jésus demande miséricorde (2). » C'est aussi pour nous faire comprendre la vertu de ce sang divin et nous engager à la reconnaissance envers notre divin Sauveur, que saint Paul disait aux Corinthiens : Empti enim estis pretio magno (3). « N'oubliez pas à quel prix vous avez été rachetés, » c'est au prix du sang de Jésus-Christ, qui a voulu dans ce sang divin purifier vos âmes des souillures du péché.
AFFECTIONS ET TRIÈHES.
Il est donc vrai, ô mon Jésus, que rebelle et ingrat, oubliant votre amour et vos bienfaits, j'ai consenti à me séparer de vous par le péché, et c'est volontairement que je vous ai perdu. Mais souvenez-vous, mon bon Maître, que vous m'avez racheté au prix de votre sang; n'oubliez-pas que vous avez fait de ce sang divin un bain de salut, pour me purifier de toutes les souillures de mes péchés. Ah! qu'il ne soit pas perdu pour moi, ce sang précieux répandu avec tant de douleur et tant d'amour. 7'e ergo (pnvsumns fanwlis tnis subvetii,
(1) Apoc, 1, 5.
2 (Amiens., 1. 10, d. 4. c. 1. Sp. 1. (a) /, Cor., 6, 20.
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quos pretioso sanguitie redemisii. Seigneur secourez vos serviteurs, que vous avez rachetés par votre précieux sang. Mes péchés, ô mon Dieu, vous ont chassé de mon âme, et j'ai encouru votre inimitié; mais vous avez promis d'oublier les fautes de tout pécheur qui se repent. Si L'impie fait pénitence, j'oublierai toits ses péchés (1). Vous avez dit aussi : « J'aime ceux qui m'aiment. » Ego diligentes me diligo (2). Oubliez donc, ô mon Jésus, tous les déplaisirs que je vous ai causés et aimez-moi, car à présent je me repens de vous avoir offensé ; je déteste souverainement mes péchés, et je vous aime plus que moi-même.
Ah! mon bîen-aimé Sauveur, je vous en conjure, par ce sang précieux que vous avez versé pour l'amour de moi, ne me haïssez plus, pardonnez-moi; mais cela ne me suffit pas : je veux encore vous aimer et être aimé de vous. 0 Dieu, qui êtes tout amour et toute bonté, unissez-moi étroitement à vous, ne permettez pas qu'il m'arrive encore de me séparer de vous et d'encourir votre inimitié. Non, mon Jésus, mon amour, ne le permettez pas. Je veux être tout à vous et pour toujours; pour toujours aussi soyez toute la vie de mon âme.
0 Marie, ma bonne Mère, pour l'amour de Jésus-Christ obtenez-moi la sainte persévérance.
(1) Si impius egerit pcnitentiani..., omninm iniqiiitiitum ejiis non recordabor. ihzech.., 18, 21.) {■2) Proi\, 8, n.
i/amour seul a pu porter notre sauveur a tant sotjffrir poi'r xoi s.
Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, est mort cloué par les bourreaux sur un infâme gibet, entre deux scélérats. Qui donc a pu le porter à sacrifier sa vie d'une manière si indigne de son infinie Majesté? — « Ahl qui eut pu opérer un tel prodige, répond saint Bernard, sinon l'amour, qui ne sait tenir compte d'aucune dignité (1). » En effet, c'est le propre de l'amour : celui qui aime ne se préoccupe que de prouver son amour à la personne aimée. Saint François de Paule avait donc raison de s'écrier à la vue du crucifix : « 0 charité! ô charité! o charité! » de môme, tout brûlants d'amour en considérant Jésus sur la croix, nous devrions nous écrier : 0 charité! o charité ! o charité !
Si la foi ne nous en donnait l'assurance, qui pourrait jamais croire qu'un Dieu tout-puissant, infiniment heureux et maître de tout, a pu aimer l'homme au point d'en paraître hors de lui-même? « Nous avons vu, dit saint Laurent Justinien, celui qui est la sagesse môme, le Verbe divin, devenu comme insensé, par l'excès de son amour pour les hommes (2). » Ainsi parlait également sainte Madeleine de Pazzi. Un jour, dans une extase, elle piil (Ml in;»iH un crucifix et s'écrin : « Oui,
(1) Qiiis focit lioc? Kt'cit ;unor, diynitatis ncscius. {[n Canl. :i. 64)
(2) Vidimiis sjipifutiaiu aiiiorûs nnniolate infatuatam, [Sorm, (le Sat. D.)
mon .I«jsus, vous Aies fou d'amour; je lo dis et je le dirai toujours : vous êtes fou d'amour, o mon Jésus! » Mais non, répond saint Denys TAréopagite, ce n'est point une folie; car l'amour a pour effet ordinaire de porter celui qui aime à sortir de lui-même pour se donner tout entier à l'objet aimé (1).
Si, en regardant le crucifix, nousconsidérionsl'amour que Jésus porte à chacun de nous, de quel amour ne nous sentirions-nous pas aussi embrasés pour notre divin Rédempteur! Et quel bonheur pour nous de pouvoir brûler du même feu dont brûle notre Dieu! Quelle joie d'être unis à Dieu par les douces et fortes chaînes de l'amour !
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 amour divin ! si grand que vous apparaissiez à nos yeux, vous êtes bien plus grand en vousmême. Toutes ces plaies, toutes ces souffrances sont autant de preuves d'un grand amour, mais elles sont loin d'en exprimer toute la grandeur. Cet amour est infiniment plus grand qu'il ne s'est manifesté à nous : c'est un immense brasier dont nous n'avons pu voir qu'une faible étincelle.
Comment, 6 tendre Sauveur, comment vous prouverai-je ma reconnaissance pour cet amour incompréhensible que vous m'avez témoigné? le sang ne peut se payer que par le sang. Ah ! que ne puis-je me voir cloué à votre croix, voir mon sang mêlé à votre sang divin! 0 Croix sainte, reçois-moi
(1) Extasim larit diviniis amor. [De Div. .Vo?w., c. 4.)
avec celui qui meurt en tes brasi 0 Couronne, élargis- toi afin d'embrasser et de ceindre aussi ma t(He! 0 Clous trop cruels, sortez des mains innocentes de mon Dieu; venez percer mon cœur, le pénétrer de compassion et d'amour. Si vous êtes mort pour régner sur les morts et sur les vivants, comme nous le dit votre Apôtre, In hoc Christvs mortuus eut et resurrexit, ut mortuorum et vivonim dominetur (2), c'est donc, o mon Jésus, par l'amour et non par les châtiments, que vous prétendez exercer votre empire.
0 divin ravisseur des cœurs! la force de votre amour a su briser la dureté de nos cœurs. Vous avez embrasé le monde entier de votre amour. 0 Seigneur très aimant, enivrez nos âmes de ce vin sacré, enflammez-les de ce feu divin, percez les de ce trait vainqueur. Votre croix est un arc toujours tendu pour blesser les cœurs : que le monde entier sache que vous avez aussi blessé mon cœur. 0 mon Amour, qu'avez-vous faiti Vous êtes venu pour me guérir, et vous m'avez blessé! Vous êtes venu pour m'apprendre à bien vivre, et vous m'avez rendu comme insensé! 0 folie pleine de sagesse, emparez-vous de mon cœur, et faites qu'à l'avehir il ne vive plus jamais sans vous.
0 Marie, prenez vous-même mon cœur, et oflVez-le à Jésus.
(i) Hom., li, i».
l'amour ENCHAINE JESUS-CHRIST : LAMOUR LE CONDAMNE A MORT.
L'évangéliste saint Jean, racontant l'arrestation du Sauveur dans le jardin de Gethsémani, dit cette parole : Camprehenderunt Jesum et ligaverunt eum (1). « Ils se saisirent de Jésus et le lièrent. » Saint Bernard s'écrie à ce sujet : Un Dieu lié, et se laissant conduire à la mort par ses créatures! Eh ! d'où leur vient donc cette redoutable puissance? Quis fecit hoc : Qui a fait cela? et il répond : fecit amor. C'est l'amour! Oui, voilà l'effet de l'amour de Dieu pour les hommes. Mais, Seigneur, ajoute le saint, qu'y a-t-il de commun entre vous et ces liens ? Quoi ! je vous vois garrotté comme un criminel par ces misérables qui veulent vous conduire à la mort! Encore une fois, ô mon Dieu, qu'y a-t-il de commiyi entre vous et ces liens? les chaînes sont pour les malfaiteurs, et non pour vous qui êtes innocent, puisque vous êtes le Fils de Dieu, l'innocence même, la sainteté même. — Les liens qui traînèrent Jésiis-Christ à la mort, dit saint Laurent Justinien, ce ne furent pas les cordes dont les soldats le garrottèrent ce fut son amour pour les hommes. <( 0 charité, s'écrie alors le saint, quelle est ta force, puisque tu as pu enchaîner un Dieu (2) I »
Considérant ensuite l'injuste sentence de Pilate, qui condamne Jésus à la mort de la croix après
(2) 0 charitas, quam magnum est vinciiliim tiuiiu, quo ^eus Hgari potuit! [U(/h. v, de Chur. c. G.)
l'avoir plusieurs fois déclaré innocent, saint Bernard ne peut retenir ses larmes, et il parle ainsi au Sauveur : Mon bon Maître, j'entends ce juge inique vous condamner à mourir crucifié! Mais, quel mal avez-vous donc fait? Quel crime avezvous pu commettre pour mériter un supplice si cruel et si infamant, le supplice réservé aux plus grands scélérats? Ah! je le vois, mon Jésus, je vois quel est votre crime : c'est encore votre amour excessif pour les hommes. Amor tuus pcccatum tuum. Oui, c'est votre amour bien plus que Pilate qui vous condamne à mort, puisque vousmême avez voulu mourir et subir ainsi la peine que nous avions méritée par nos péchés.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Mon Jésus, puisque vous voulez être aimé de moi, rappelez-moi toujours l'amour que vous m'avez porté et les tourments que vous avez soufferts pour me témoigner cet amour. Faites que ce souvenir ne s'eflace jamais de mon esprit ni de l'esprit de mes semblables, car il serait impossible de ne pas vous aimer quand on sait ce que vous avez souffert pour nous obliger à vous aimer. L'oubli de vos bontés î\ mon éj^ard, telle a ét«'', 6 Jésus, la source de tous les désordres et de tous les égarements de ma vie passée. Je savais quel amer déplaisir je vous causais par mes ])échés, et malgré cela, je les ai commis, je les ai multipliés. Toutes les fois que je m'en souviens, je voudrais en mourir de douleur; et je n'aurais pas le courage de vous deniandcM' mon pardon, si je ne savais (juc vous (Mes mort pour me pardonner. Vous
m'avez supporté jusqu'à ce jour, parce que vous voulez que le souvenir de mes péchés et de la mort que vous avez soufferte pour les expier aufrmente mes regrets et mon amour envers vous.
0 mon cher Rédempteur, je me repens du fond du cœur de vous avoir offensé; je vous aime de toute mon âme. Après tant de marques de votre affection, après l'immense miséricorde dont vous avez usé envers moi, je proteste que je ne veux plus aimer que vous, et je veux vous aimer de toutes mes forces. Mon Jésus, vous êtes mon amour, mon tout. Vous êtes mon amour, car j'ai mis en vous toutes mes affections ; vous êtes mon tout, car vous êtes l'unique objet de mes désirs. Faites donc que toujours, durant ma vie, à ma mort et pendant toute l'éternité je vous redise : Mon Dieu, mon amour, mon tout.
0 Mère du bel amour, Marie, faites que comme vous je sois tout à Jésus.