PAR AMOUR, LA SAGESSE ETERNELLE EST EN QUELQUE SORTE DEVENUE FOLIE
Les païens, entendant l'apôtre saint Paul leur prêcher Jésus crucifié, refusaient de croire à sa parole, regardant la Passion de Jésus-Christ comme une incroyable folie (1). Comment disaient-ils, pourrions-nous croire qu'un Dieu toulpuissant et infiniment heureux, dont la puissance
(1) Nos antom pr;«(liran)us Cliristiim cnirifixum, Jud.-pis qiiidom sr.-uulalum, Gontibus autcm stiiltiliaiu. ■/, (^.or.. 1. 23.)
et le bonheur ne dépendent absolument d'aucune créature, ait voulu, pour sauver les hommes, se faire homme et mourir sur une croix? autant voudrait croire un Dieu devenu fou par amour des hommes. Cette grande œuvre de la Rédemption, (\uo les Gentils appelaient une folie, nous savons par la foi que Jésus-Christ l'a entreprise et accomplie. « Nous avons vu, dit saint Laurent Justinien, la Sagesse éternelle, le Fils unique de Dieu, nous aimer avec excès, et pour ainsi dire jusqu'à la folie (1). » En effet, ajoute le cardinal Hugues de Saint-Cher, « qu'un Dieu ait voulu mourir pour le salut des hommes, cela semble bien une insigne folie (2), » mais une folie d'amour,
Le bienheureux Jacopone, renommé dans le monde j)ar une science vaste et profonde, s'étant fait franciscain, semblait avoir perdu l'esprit, tant il était transporté d'amour pour Jésus-Christ. Le Seigneur lui apparut un jour : Jacopone, lui dit-il, pourquoi faites-vous ces folies? — Pourquoi je les fais? répondit l'humble religieux : c'est parce que vous me les avez apprises; si je suis fou, vous avez été plus fou que moi, vous, mon Dieu, puisque vous avez voulu mourir pour moi. »
Sous l'empire des mêmes sentiments, sainte Madeleine de Pazzi s'écriait dans une extase : ' 0 Dieu d'amour! C'en est trop, mon Jésus; vous aimez trop vos créatures ! » Une autre fois, ravie encon^ hors d'elle-même, elle prit un crucifix et se mit à parcourir le monastère en criant :
(1) Agnovimus Siqtientiam amoris niniietate infatuatam. I {Sei'm. de Xal. Dovi.)
(2) Stultitia vidotiir, qiiod mortuus tiicrit Deus propter sahitoin hominum. (///, /, Cor., 4.)
« 0 Amour! ô Amour! Jamais, mon Dieu, je ne cesserai de vous appeler Amour. — Oui, mon Jésus, je le dis et le dirai toujours : vous êtes fou d'amour! »
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Mon doux Rédempteur, elle avait bien raison, cette sainte épouse de votre divin Cœur, Madeleine de Pazzi, de vous appeler fou d'amour. N'est-ce pas en effet de votre part une sorte de folie que d'avoir voulu mourir pour moi, pour cet ingrat vermisseau dont vous connaissiez d'avance tous les crimes et toutes les perfidies? Mais si vous, mon Dieu, vous en êtes venu, dans votre amour pour moi, à de tels excès, comment puis-je ne pas devenir fou d'amour pour un Dieu si bon? Après vous avoir vu mourir pour moi, comment puis-je penser à autre chose qu'à vous, comment puis-je aimer autre chose que vous? 0 mon Dieu et mon souverain Bien, le plus aimable de tous les biens, je vous aime plus que moi-même. Je vous promets de n'aimer désormais que vous seul, et de penser sans cesse à l'amour que vous m'avez témoigné en mourant pour moi dans de si grandes souffrances.
0 fouets, ô épines, 6 clous, ô croix, ô plaies, ô douleurs, ô mort de mon Jésus I Vous me pressez trop, vous me contraignez d'aimer Celui qui m'a tant aimé! 0 Verbe incarné, ô Dieu d'amour, mon âme s'est éprise d'amour pour vous. Je voudrais vous aimer au point de no trouver plus de plaisir qu'à vous faire plaisir, ô mon bon Maître. Puisque vous désirez tant d'être aimé de moi, je veux vivre désormais pour
vous seul ; je suis résolu de faire en tout votre bon plaisir. De grâce, mon Jésus, aidez-moi; faites que je vous plaise en tout et toujours, dans le temps et dans l'éternité.
Marie, ma Mère, priez Jésus pour moi, afin qu'il me donne son saint amour, pour le temps et pour l'éternité.
JKSI s NOUS AIME POUR ÊTRE AIME DE NOUS.
Je suis le bon Pasteur. Le bon Pasteur donne sa vie ])our ses brebis (1). C'est à ce point que le Fils de Dieu fait homme a poussé la générosité envers nous : nonobstant nos ingratitudes, il daigne nous appeler ses brebis et donner sa vie pour nous. Quel pasteur a jamais donné sa vie pour ses brebis? Seul un Dieu d'amour infini pouvait concevoir et réaliser un tel prodige. Seul un Dieu pouvait dire : je donne ma vie pour mes brebis. Seul il pouvait manifester au monde ce prodige de charité, de vouloir mourir pour des êtres dont il est le Dieu et le Maître suprême. C'est de cet excès (|ue s'entretenaient Moïse et Élie sur le Thabor. IHcebant excessum ejus (2). Aussi saint Jean nous cxhorte-t-il à payer de retour Celui qui le premier nous a tant aimés. Nos ergo diligamus Deum, quoniam Deus prior dilexil nos (3). « Aimons un Dien qui nous a aimés le premier, » d'un amour si généreux. Si nous ne voulons pas aimer Dieu
{\) Ku;o sum I*;istor bonus. Bonus pastnr :inini.-ini snani (l.it pro ovibiis suis. Uo., 10, 11.)
parce qu'il en est inliniinent digne, aimons-le du moins par reconnaissance pour l'amour qu'il nous a témoigné en voulant bien souffrir à notre place toutes les peines qui nous étaient dues.
Celui qui aime n'aime que pour être aimé. u Ainsi, dit saint Bernard, Dieu ne nous a tant aimés que pour être aimé de nous (1). » S'adressant à chacun de nous, le saint ajoute : « 0 homme, tu sais quel amour Dieu t'a témoigné en se faisant homme, en souffrant et en mourant pour toi; quand donc ce Dieu si aimant pourra-t-il reconnaître, par tes actes, ton amour pour lui (2)? » Ah ! certes, en voyant qu'un Dieu a bien voulu se revêtir de notre chair, mener une vie si pénible et subir pour nous une si cruelle mort, chacun de nous devrait constamment brûler d'amour pour ce Dieu si aimant.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Souvenez-vous, ô mon Jésus, que je suis une de ces brebis pour lesquelles vous avez donné votre vie. Regardez-moi de ce regard plein de miséricorde que vous jetiez sur moi du haut de la croix, lorsque vous mouriez pour mon salut. Regardezmoi, changez-moi et sauvez-moi. Vous vous êtes dépeint vous-même sous la figure de ce tendre pasteur qui, retrouvant sa brebis perdue, la prend avec joie, la rapporte sur ses épaules et invite ses amis à se réjouir avec lui. Réjouissez-vous avec moi,
(1) Cum amat Deus, non aliud vult quam ainari. (//< Cant., s 83.)
{•2) Notnin fecit dilectionem suam; experiatur et tuara. {De Aquœd.)
car fai retrouvé ma brebis qui était perdue (1). Cette brebis perdue, ù mon Dieu, la voici, a Cherchez donc votre serviteur, )> vous dirai-jeavec le Psalmiste. Quœre servum tuum (2). Cherchez-moi jusqu'à ce que vous m'ayez retrouvé. C'est ma laute si jusqu'ici vous ne m'avez pas trouvé. Main tenant, saisissez-moi, tenez-moi si bien, attachezmoi à vous si fortement, que je ne puisse plus me perdre. Le lien qui doit m'attacher à vous, c'est votre amour; si vous ne m'enlacez de ce doux lien, vous me perdrez de nouveau.
Ah ! mon Sauveur, vous n'avez rien négligé pour me serrer dans les liens du saint amour; mais moi, ingrat, j'ai toujours fui loin de vous. Maintenant je vous en prie, par cette infinie miséricorde qui vous a fait descendre sur la terre pour me sauver, liez-moi et liez-moi d'un double lien d'amour, afin que jamais vous ne me perdiez et que jamais je ne vous perde. Mon bien-aimé Rédempteur, je veux ne plus me séparer de vous. Je renonce à tous les biens et à tous les plaisirs terrestres; je suis prêt à souffrir n'importe quelle mort, pourvu que je passe ma vie entière et que je meure uni à vous. Je vous aime, mon très aimable Jésus, je vous aime, 6 bon Pasteur mort })our votre brebis perdue ! Sachez-le, cette brebis vous aime maintenant plus qu'elle-même; son seul désir est de vous aimer et de s'immoler pour votre amour. Ayez compassion d'elle, aimez-la, et faites que jamais elle ne s'éloigne plus de vous.
(1) (loniiraliilamiiii luilii, (|iiia invcni ovimii mciiin ([na> pcrieiat. [Luc, lo. G.)
(2) Ps., 118, ne.
0 Marie, Mère du divin Pasteur, ne permettez pas que je m'éloigne encore de Jésus.
JÉSUS-CHRIST A ENDURE TOUTE SA VIE L* UNI- VERSALITE DES TOURMENTS DE SA PASSION.
Les souffrances que Notre-Seigneur endura dans sa Passion : flagellation, couronnement d'épines, crucifiement, agonie, mort et toutes les autres peines, injures et mauvais traitements dont il fut accablé en ses derniers jours, il les ressentit dès le commencement; car depuis le moment de sa conception dans le sein de sa divine Mère, il eut constamment devant les yeux l'horrible tableau de tous les tourments qu'il devait subir à la fin de sa vie. Il l'avait prédit par la bouche de David. Dolor meus in conspectu meo semper (1). « Ma douleur est sans cesse en ma présence. » Le médecin a bien soin de cacher au malade le fer ou le feu qu'il se voit obligé de lui appliquer pour le guérir; mais Jésus ne voulut point ignorer quels instruments cruels devaient lui arracher la vie temporelle pour nous procurer la vie éternelle ; il voulut au contraire avoir sans cesse devant les yeux les fouets, les épines, les clous et la croix, qui feraient un jour couler tout le sang de ses veines, et lui causeraient une mort si amère et privée de tout soulagement.
La sœur Madeleine Orsini se trouvait depuis longtemps plongée dans une extrême désolation.
Alin de iîi l'ortilicr par le souvenir de sa Passion, JésMS crucilié daij^na lui apparaître, et l'exhorta à soufl'rir en patience. « Mais, Seigneur, lui réponditelle, vous n'avez été que trois heures sur la croix, tandis qu'il y a plusieurs années que j'endure cette peine. — Ignorante, que dis-tu? répliqua Jésus; sache que dès le premier moment où j'existai, et encore dans le sein de ma Mère, je souiï'ris en mon cœur tout ce que j'endurai plus tard sur la croix. » — « Oui, dit Novarin, la croix était dès lors empreinte dans l'âme du Sauveur; voilà pourquoi le Prophète a prédit qu'il naîtrait avec la marque de sa principauté sur l'épaule (1). » Notre divin Rédempteur, à chaque instant de sa vie, endura toutes les douleurs de sa Passion, puisque, à chaque instant, il eut présents à la pensée tous les instruments de sa Passion et la croix sur laquelle il devait mourir pour notre salut.
AFFECTIONS ET l'RIÈHES.
Voilà donc quelle fut votre vie, ô Jésus, une vie de douleurs, depuis le premier jusqu'au dernier instant, une vie tout(* remi)lie de souffrances intérieures et extérieures. Et moi, pour une tro|) grande part, j'ai contribué par mes péchés à vous lenir dans l'allliction durant votre vie tout enlièn\ Puis-j(; donc faire moins que sainte Marguerile de C.ortone : exhortée par son confesseur à se rassurer et à retenir ses larmes, puisqu'elle avait reçu de Dieu lui-même l'assurance du pardon, elle répon-
(1) Cliristus cniccm, otiam in vonlrr Matris, nioiiti imrf'SSJim lialiuit, adoo ut vix nattis priiu-ipatum super humcniiii habure dicatur. {l'tnO. l'irg. c. 11. exe. 38.)
dait en redoublant ses gémissements. « Ah! mon Père, comment pourrais-je mettre un terme à mes larmes et à ma douleur, quand je pense que mes péchés ont affligé Jésus-Christ durant toute sa vie? » Que ne puis-je, mon Jésus, mourir de douleur chaque fois que je me rappelle de quelles amertumes je vous ai tant de fois abreuvé dans le cours de ma vie! Hélas! combien de temps j'ai vécu privé de votre grâce! Que de fois, après avoir reçu de vous mon pardon, je me suis de nouveau éloigné de vous par le péché.
Mon doux Seigneur, je me repens de vous avoir off'ensé; je déteste mes péchés plus que tout autre mal ; je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme. De grâce, ne permettez pas qu'il m'arrive encore de me voir séparé de vous. « Jesu dulcissime, ne permittas me separari a te. » Très doux Jésus, ne permettez pas que je me sépare de vous, non ne permettez pas que je me sépare de vous. Mon Jésus, exaucez-moi, écartez à jamais de moi ce grand malheur. Plutôt mourir que de vous offenser encore.
0 Marie, Mère de la persévérance, obtenez-moi cette grâce de la persévérance.
JÉSUS -CHRIST A ENDURE TOUTES SES SOUFFRAN- CES POUR l'amour de chacun de nous.
Ce qui touchait le plus saint Paul et l'embrasait d'amour, c'était de penser que Jésus est mort non seulenicntpour tous les hommes en général, mais encore pour lui, Paul, en particulier. « 11 m'a aimé.
s'écriait-il, et il s'est livré pour moi! » ,Dilexit me et Iradidit senietipsum pro me (1) Chacun peut et doit parler de même; car « Dieu aime chaque homme en particulier du môme amour sans mesure dont il aime le monde entier, suivant l'expression de saint Jean Chrysostome {"!). » Ainsi, hien que Jésus-Christ, mon Sauveur, ait soufïert pour tous les hommes, je ne lui dois pas moins de reconnaissance, que s'il avait souffert et qu'il fût mort pour moi seul.
Mon cher frère, si Jésus était mort pour vous sauver seul, et qu'il eût abandonné le reste des hommes à leur perte éternelle, bien étroites assurément seraient vos obligations à son égard. Et pourtant, ne l'oubliez jamais, vous lui êtes encore plus redevable, après qu'il a donné sa vie pour le salut du genre humain tout entier. S'il était mort ipour vous seul, quelle peine n'eussiez-vous pas ressentie, en pensant que votre père, votre mère, vos frères, vos amis périraient éternellement, et qu'après cette vie, vous seriez à jamais séparé d'eux. Si vous aviez été fait esclave avec toute votre famille et que quelqu'un vînt vous racheter, vous seul, combien ne le supplieriez-vous pas de racheter aussi vos parents et vos frères ! et combien vous le remercieriez, s'il le faisait pour vous être agréable ! — Dites donc à Jésus : 0 mon aimable Rédempteur, c'est bien là ce que vous avez fait pour moi, sans même que je vous en eusse prié : non seulement vous m'avez racheté de la mort éternelle au prix de votre sang, mais vous avez
(2j Adc.i) singiiliiiu (|(ii'iii((iic lioininiiiii pari clmrilatis nioilo (iiligit, qno liiligit miivcrsuiii urbem. (//t (ial., -J, 20.)
encore délivré avec moi mes parents et mes amis, en sorte que je puis espérer d'aller avec eux jouir de votre bonheur pour toujours dans le ciel. Seigneur, je vous en remercie, et puissé-je vous en remercier éternellement.
AFFECTIONS ET PRIERES
0 mon bien-aimé Rédempteur, que ne puis-je réunir dans mon cœur les cœurs de tous les hommes, et avec tous ces cœurs, vous aimer autant que vous le méritez! Pourquoi, ô Dieu d'amour, sur cette terre où vous avez répandu tout votre sang et donné votre vie pour Tamour des hommes, pourquoi en est-il si peu qui brûlent d'amour pour vous? Vous êtes venu dans ce monde pour embraser tous les cœurs du feu sacré de la charité, et vous désirez ardemment de les en voir consumés. Vous-même l'avez dit : Ignem veni rnittere in ierraniy et quid volo, nisi ut accendatur (1). « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et qu'est-ce que je veux, sinon qu'il s'allume? » Je vous prie donc pour moi et pour tous les hommes qui vivent en ce monde; et avec la sainte Église je vous dis : Reple tuorum corda fidelium^ et iui amoris in eis ignem accende. « Remplissez les cœurs de vos fidèles, embrasez-les tous du feu sacré de votre amour. »
0 Dieu infiniment aimable, o amour inlini, faites-vous connaître, faites-vous aimer de tous les hommes. Si j'ose vous prier ainsi, moi qui par le passé ai plus que les autres méconnu votre charité,
(1) Luc, 12,49.-
— Cù] —
c'esl qu'aujourd'hui, éclain'' do votro lumière et heureusement blessé de tant de traits d'amour lancés par votre cœur plein de tendresse pour mon ûme, je suis résolu à ne plus vous payer d'ingratitude comme je l'ai fait autrefois. Je veux vous aimer de toutes mes forces; je veux brûler de votre amour, et vous m'accorderez cette grâce. En vous aimant, je ne prétends pas aux consolations ni aux douceurs : je ne les mérite ni ne les demande; il me suffit de vous aimer. Je vous aime, mon souverain Bien; je vous aime, mon Dieu et mon tout : JJeus meus et omnial
Marie, ù ma Mère, obtenez que mon cœur brûle sans cesse du feu de la divine charité.
AIMER SES ENNEMIS JUSQU'a MOURIR TOUR EUX, TEL FUT l'aMOUR EXCESSIF DE JESUS POUR NOUî<.
« La plus grande marque d'amour qu'un ami puisse donner, dit notre Sauveur lui-même, c'est de sacrifier sa vie pour ses amis. » Majorem hac dileclionem nemo habet, ut animam suam ponat f/itispro amicis suis (1). « Mais vous, o mon tendre Jésus, s'écrie saint Bernard, vous avez fait plus encore, vous avez donné votre vie pour nous, qui, bien loin (WHre vos amis, n'étions que vos ennemis, et des rebelles [H). » C'est précisément la remarque de l'Apotre, quand il dil : Pieu )ious a
{■2) Tu innjorom l>;il)uisti, Dominft, cliarilntcni. ponoiis :miiii;im rti.ini pin inimiris. [S. df. Pass., /).)
montré jusqu'où va sa charité, en ce que le Christ est mort pour nous^ qwand nous étions encore pécheurs (1). Et dans la mfmie épître aux Romains, il leur dit : Quum inimici essemus, reconciliati sumus Deo per mortem Filii ejus (2). « C'est lorsque nous étions les ennemis de Dieu, que nous avons été réconciliés avec lui, par la mort de son Fils. «
Moïse et Élie, sur le Thabor, appelèrent la Passion de notre divin Rédempteur un excès : Bicehant excessum ejus (3); excès de miséricorde et d'amour. Saint Anselme parlant de la Passion de Notre-Seigneur, affirme que la miséricorde du Sauveur a surpassé la dette de nos péchés (4). En effet, la mort de Jésus-Christ étant d'une valeur infinie, a surpassé infiniment la satisfaction due à la divine justice pour nos péchés. L'Apôtre avait donc bien raison de dire, et chacun de nous devrait le répéter : Mihi absit gloriari nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi{o). « A Dieu ne plaise que je me glorifie dans autre chose que dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ! » A quelle plus grande gloire puis-je prétendre en ce monde, qu'à celle d'être le serviteur d'un Dieu mort pour l'amour de moi?
(1) Commendat autem charitatem siiam Dous in nobis, quoniam qiiuiii adhuc peccatores essemus, socundum tempiis christus pro nobis mortuus est. {Rom., 5, 8.)
(2) Hom., 5, 10.
h] Luc., 9, 31.
(4) Miseric ordiam magnam invenimus, pretium niajiis onmi dobilo. [Car., ]). II. I. 2. c. 21.) (f)) Gai., (5, \\.
AFFECTIONS ET PRIERES
0 Dieu éternel I je vous ai déshonoré; mais Jésus a expié mes péchés, et sa mort a surabondamment réparé votre honneur. Ayez donc pitié de moi en considération de Jésus mort pour moi. — Et vous, ô mon Rédempteur, qui avez daigné mourir pour moi, afin de me contraindre à vous aimer, laites que je vous aime. Pour avoir méprisé votre grâce et votre amour, je mériterais d'être condamné à ne pouvoir plus vous aimer. Mon Jésus, intligez-moi tout autre châtiment, mais non pas celui-là. Je vous en supplie, mon bon Sauveur, ne m'envoyez pas en enfer, puisqu'en enfer je ne pourrais plus vous aimer. Pourvu que je vous aime, punissez-moi comme il vous plaît; privezmoi de tout, mais non pas de vous-même. Maladies, humiliations, j'accepte tout et je suis prêt à souffrir tous les maux qu'il vous plaira de m'envoyer : votre amour me suffit.
Maintenant, grâce aux lumières dont vous me favorisez, je reconnais combien vous êtes aimable et combien vous m'avez aimé ; je ne saurais donc plus vivre sans vous aimer. Par le passé, j'ai aimé les créatures et je me suis éloigné de vous, qui êtes le bien infini ; mais à présent, je proteste que je ne veux aimer que vous, vous seul exclusivement. Ah! mon bion-aimé Sauveur, si vous prévoyez qu'à l'avenir je doive encore cesser de vous aimer, je vous prie de m'ôter la vie; car j'aime mieux être anéanti que de me voir encore une fois séparé de vous.
0 Vierge sainte, ô Mère de Dieu, Marie, aidez-moi (\o vos prières ; obtenez-moi la grâce de ne jamais