SOUFFRIR ET DE MOURIR POUR NOUS
Quelle tendresse, quel amour, quelle bonté, dans cette révélation que nous a faite le divin Rédempteur, du motif de sa venue sur la terre ! i< Je suis venu, dit-il, apporter dans les âmes le feu de l'amour divin, et, ce que je désire ardemment, c'est de voir cette flamme embraser tous les cœurs. » Ignem veni mittere in terrarriy et quid volo nisi ut accendatur (1). Ce bon Sauveur ajoute immédiatement qu'il désire être baptisé du baptême de son propre sang, non pour expier ses pro'pres péchés, puisqu'il est l'innocence même, mais pour enlever de notre âme les souillures de nos péchés ; il a voulu les expier par ses souffrances. « La Passion de Jésus-Christ est appelée un baptême, dit saint Bonaventure, parce que nous sommes réellement purifiés des souillures de nos péchés dans son sang divin (2). »
Pour nous faire mieux comprendre avec quelle ardeur il désirait mourir pour nous, notre aimable Sauveur ajoute ces paroles qui sont l'expression de l'amour le plus généreux. Baptismo habeo bapiizari; et quomodo coarctor, iisquedum perficia-
M) Luc, 12, 49.
(2) Passio Christi clicitnr Baptismus, (|iiia in pjus sanguine puiirKamur,
tur (1). « Il est un baptême dont je dois être baptisé ; et combien je me sens pressé en attendant qu'il s'accomplisse! » Si vif est le .désir qu'avait Jésus de mourir pour nous, qu'il éprouve de vives angoisses parce que le temps de sa Passion tarde d'arriver. Enfin, c'est cet ardent désir de mourir pour nous, qui, la nuit d'avant sa mort, au moment où il institua l'adorable Eucharistie, lui fit encore proférer ces autres paroles : Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum, antec/vam patiar (2). « J'ai désiré ardemment de manger cette pâque avec vous avant d'aller mourir pour vous. »
0 Dieu brûlant d'amour pour les hommes, que pouviez-vous dire et faire de plus pour me mettre dans la nécessité de vous aimer? — Quel bien devait donc vous procurer mon amour?
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Telle fut, ô mon Jésus, votre soif d'être aimé de nous! Durant votre vie tout entière, il semble que vous n'ayez eu qu'un seul désir, celui de souffrir cl de mourir pour nous, afin de nous mettre dans la nécessité de vous aimer, au moins, par reconnaissance pour tant d'amour! Vous avez soif de notre amour, ô mon Dieu! comment donc désirons-nous si peu lo votre. Malheureux! quelle a élé ma folie! Non seulement je n'ai pas désiré votre amour, mais je me suis attiré votre liaine en vous outrageant. Mon cher Rédempteur, je connais le mal que j'ai fait; je le déleste plus (|ue
(1) Luc, 12, 50.
(2) Luc, 22, lu.
tons les maux, et je m'en repens de tout mon cœur. Maintenant, je désire votre amour plus qu'aucun bien de ce monde.
Mon suprême et unique trésor, je vous aime par dessus toutes choses, je vous aime plus que moimême, je vous aime de toute mon âme; mon seul désir est de vous aimer toujours et d'être toujours aimé de vous. Oubliez, mon Jésus, tous mes torts envers vous et aimez-moi aussi ; aimez-moi beaucoup, et faites que je vous aime beaucoup. Vous êtes mon amour, vous êtes mon espérance. Vous savez combien je suis faible; aidez-moi, ô Jésus, mon amour et mon espérance, aidez-moi à vous aimer.
Vous aussi, ô Marie, glorieuse Mère de Dieu, prêtez-moi le secours de vos prières; aidez-moi à aimer beaucoup votre divin Fils, Jésus.
JÉSUS-CHRIST A DESIRE MOURIR POUR NOUS, AFIN DE NOUS CONTRAINDRE A l' AIMER.
Voici notre doux Jésus à la veille d'être immolé pour notre salut sur l'autel de la croix; le voici arrivé à cette bienheureuse nuit qui précéda sa Passion. Écoutons de nouveau cette parole de feu qu'il adresse à ses disciples dans la dernière cène, le dernier repas qu'il fait avec eux. Desiderio desiravi hoc pascha manducare vobisciim (1). « J'ai désiré ardemment de manger cette pâque avec vous. » Saint Laurent Justinien se plaît à méditer
(1) Lttc, 22, lo.
retto parole : iJesiderio desideravi^ j'ai dt-sirô diin grand désir, et il n'y voit que l'expression du plus ardent amour (1). C'est comme si notre très aimant R(klempteur eût dit : Sachez, ô hommes, que cette nuit, dans laquelle commence ma Passion, est le temps de ma vie après lequel j'ai soupiré ; c'est maintenant que mes souffrances et ma cruelle mort vous feront mieux comprendre combien je vous aime, et vous obligeront à m'aimer. — Dans la Passion de Jésus-Christ, remarque un pieux auteur, la Toute-Puissance divine s'unit à l'Amour : l'Amour voukit aimer l'honmie dans toute l'étendue de la Toute-Puissance, et la Toute-Puissance voulut seconder l'Amour dans toute l'étendue de son désir.
L'Épouse des Cantiques disait que, quand son céleste Époux l'introduisait dans le sacré cellier de sa Passion, elle se voyait de toutes parts envahie par l'amour divin, et qu'alors, languissante d'amour, elle était contrainte de chercher quelque soulagement à la blessure de son cœur : // nia iniroduilc dans son divin cellier ^ et il m'a rnivrée d'amour. Soutenez-moi avec des fleurs, fortipez-moi avec des fruits, car je languis d'amour (2). Comment en effet une ûme peut-elle s'appliquer à considérer la Passion de Jésus- Christ sans que les vives douleurs du corps et les cruelles angoisses de l'àme de son très aimant Seigneur la blessent au cœur comme autant de
(I) Dosiderio desidemvi; chnritntis est vox hœc. [De Tr. Chr. A g. c. 2.)
•2) Introdiixit nio in collnin vinariîtm, ordinavit in mp (•li;iiilatt'm. Kiilritc iiir llorilms, stipaJo nif inalis; quia amori' lanmico. [(Uwl.., 1. *.)
flèches d'âfiionr Pt la contraignent, par une douce violence, à aimer Celui qui Ta tant aimée?
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Dieu infiniment grand, vous vous êtes donné à moi sans réserve : comment pourrais-je après cela ne pas vous aimer comme vous me le demandez, de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces? Je crois, oui, je crois que vous êtes mort pour moi; mais alors, comment vous aimé-je assez peu pour vous oublier si souvent, vous et tout ce que vous avez souffert pour moi? Ah! Seigneur, pourquoi, même en pensant à votre Passion, ne suis-je pas tout enflammé d'amour pour vous? pourquoi ne suis-je pas tout à vous, comme tant de saintes âmes qui, en considérant vos souffrances, sont demeurées l'heureuse conquête de votre amour et se sont données entièrement à vous?
0 Agneau sans tâche, déchiré, ensanglantée défiguré comme je vous vois sur cette croix, que vous me paraissez beau et aimable ! Toutes ces plaies dont je vous vois couvert sont pour moi autant de marques et de preuves de l'ineffable amour que vous me portez. Ah! si tous les hommes vous contemplaient souvent en cet état, dans lequel vous fûtes un jour le spectacle de toute la ville de Jérusalem, en est-il un seul qui ne fût épris d'amour pour vous? Mon bien-aimé Seigneur, je vous donne mon cœur : agréez mon amour; je vous consacre en même temps tous mes sens et toute ma volonté. Comment pourrais-je encore vous rien refuser, quand je me
rappelle que vous m'avez donné votre sang-, votre vie et tout vous-même. Je vous aime, o mon Jésus, oui, je vous aime, je vous aime.
Marie, ma Mère, obtenez-moi un tendre -et continuel souvenir de la Passion de mon Jésus.