LES EFFETS DE LA PASSIOX
LA PASSION DE jÉSUS-CHRIST NOUS MANIFESTE LES ATTRIBUTS DE DIEU.
La Passion de Jésus-Christ nous révèle les attributs de Dieu : sa sagesse, sa justice, sa puissance et tous les autres ; mais surtout sa miséricorde et son amour infini. Arrêtons-nous aujourd'hui à considérer la sagesse et la justice de Dieu dans ce grand œuvre de la Rédemption; nous comprendrons alors le sens de oes paroles de saint Jean Chrysostome : u Les souffrances de Jésus-Christ n'ont i)as été des souff*rances ordinaires, ni sa mort une simple mort semblable à celle des autres hommes; » elles portent le cachet d'un haut enseignement.
La Passion du Sauveur nous fait connaître la divine Sagesse. Si Jésus-Christ avait été seulement Dieu, il n'aurait pu satisfaire pour l'homme; car Dieu, en tant que Dieu, ne pouvait se substituer à l'homme; il ne pouvait non plus satisfaire en
(l) Non passiu communis, non mors simplex, luoili similis. {De Pass., s. 6.)
souffrant, puisqu'il est impassible. D'autre part, il no le pouvait pas non plus s'il n'eût été qu'homme ; car l'homme était incapable de réparer l'immense outrage infligé par le péché à la Majesté divine. Dès lors, que fait Dieu? Il ordonne à son propre Fils, vrai Dieu comme lui, de se revêtir de la nature humaine; ainsi son humanité pourra satisfaire par la mort à la divine justice, et sa divinité rendra cette satisfaction suffisante et complète.
La Passion de Jésus-Christ nous manifeste aussi la divine Justice. Selon saint Jean Chryso^ome, c'est moins l'enfer par lequel Dieu punit les pécheurs que la vue de Jésus sur la croix, qui nous donne une idée de son infinie justice; car dans l'enfer les créatures expient leurs propres fautes, tandis que la croix nous montre un Dieu souffrant pour expier les péchés des hommes.
Quelle obligation Jésus-Christ avait-il de mourir pour nous? Aucune, répond Isaïe : « Il s'est offert parce qu'il l'a bien voulu. » Oblaius est quia ipse voiuil (1). Il pouvait en toute justice abandonner l'homme dans sa ruine volontaire; mais l'amour qu'il nous portait ne lui permit pas de consentir à notre perte éternelle; c'est pourquoi il a préféré s'abandonner lui-môme à une mort si cruelle et par ce moyen procurer notre salut. IHlexil nos et tradidlt semeiipsum pro nobis (2). « Il nous a aimés, et il s'est Lui-mome livré pour nous, » pour payer nos dettes envers la souveraine justice.
(1) Is., 53, 7.
AFFECTIONS ET PRIERES
0 Dieu éternel, nous sommes de misérables pécheurs; mais vous êtes tout-puissant : vous pouvez nous rendre saints. Faites que dorénavant nous n'omettions rien de ce que nous saurons intéresser votre gloire; heureux, si nous perdons tout pour vous gagner, vous qui êtes un bien infini. Faites que nous n'employions le reste de notre vie que selon votre bon plaisir. Châtiez-nous autant qu'il vous plaît, pour les fautes que nous avons commises ; mais préservez-nous du malheur de ne pouvoir plus vous aimer; privez-nous de tout, mais non de vous-même. Vous nous avez aimés sans réserve : c'est aussi sans réserve que nous voulons vous aimer, ô Bonté infinie, ô Amour infini.
0 Amour éternel, tous dirai-je avec saint François de Sales, mon âme vous cherche et vous choisit pour l'éternité. Ah! venez, Esprit-Saint, enflammez mon cœur de votre amour. Mourir et aimer! Mourir à tout autre amour, pour vivre éternellement à l'amour de Jésus. Mon bon Maître, vous m'avez créé, vous m'avez racheté au prix de votre sang préeieux; de grâce, ne permettez pas que je me sépare jamais de vous, que je vive privé de votre amour. J'ai un vif désir et je prends la ferme résolution de vous être toujours fidèle, de ne vivre que pour vous, tout le temps qu'il me reste encore à passer sur la terre. 0 Sauveur de nos âmes, faites que je chante éternellement : Vive Jésus! J'aime Jésus! Vive Jésus que j'aime!
J'aime Jésus, qui yit et règne dans les siècleà des siècles (1)!
Vierge sainte, ô Marie, faites que je sois tout à Dieu : vous le pouvez ; faites-le pour l'amour que vous portez à Jésus-Christ.
LA PASSION DE JKSUS-CHRIST NOUS ^[AMFESTE PARTICULIÈREMENT SA MISERICORDE.
Dieu avait aimé l'homme de toute éternité : il nous le dit par son prophète : In charitate perpétua dilexi te (2). Se voyant toutefois obligé par sa justice à le condamner et à le tenir pour toujours relégué dans l'enfer, il se sentit pressé par sa miséricorde à inventer un moyen de le sauver. Quel fut ce moyen? Ce fut de satisfaire lui-même par sa mort à la divine justice. Le Seigneur a donc voulu que le décret de condamnation à la mort éternelle, peine encourue par l'homme, fût attaché à la croix même sur laquelle il est mort, et effacé dans son sang. Voilà comment, par les mérites de son sang, Dieu nous a remis toutes nos dettes. Il a en même temps dépouillé les démons des droits qu'ils avaient acquis sur nous. Il put ainsi emmener avec lui dans son triomphe, comme trophée de sa victoire, et les hommes délivrés et ces ennemis mêmes qui les avaient retenus dans l'esclavage (3).
Aussi, Jésus-Christ, en mourant sur la croix
(1) A m. de J)., 1. XII, ch. xui.
(2) Jer., 31, 3.
(3) Co/., 2, iS-iD.
pour apaiser la divine justice, ne parle-t-il que de miséricorde. D'abord il supplie son Père d'user de miséricorde envers ces mêmes Juifs qui ont tramé sa perte, et envers les bourreaux acharnés à le faire mourir : Pater, dimitte illis : nesciunt quid faciunt (1). « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. « Sur la croix encore, au lieu de punir les deux larrons qui viennent de l'injurier, le Sauveur miséricordieux n'a pas plus tôt entendu l'un d'eux lui demander miséricorde, qu'il lui promet le paradis pour ce jour-là même : Hodie mecum eris in paradiso (2). « Aujourd'hui, lui dit-il, tu seras avec moi en paradis. » Un instant après, sur le point de mourir, considérant le genre humain tout entier dans la personne de saint Jean, il lui donne pour mère sa propre Mère : Ecce mater tua (3). « Voilà votre Mère. » Là, enfin, toujours sur la croix, Jésus se déclare heureux d'avoir fait tout ce qu'exigeait notre rédemption, il achève son sacrifice et il expire en disant : Consummatum est (4). « Tout est consommé. »
Voilà donc, en vertu de la mort de Jésus-Christ, l'homme délivré du péché et de la puissance de Lucifer; le voilà en outre rétabli dans l'état de grâce, enrichi d'une grâce supérieure à celle qu'Adam avait perdue par son péché.
{\) Luc, 23, 34.
(2) Luc, 23. 42-43.
(3) Jo., 19, 27.
(4) Postea sciens Jésus quia omniu coiisumiuata snnl... dixit : consunimatuni est. Et iuclinato capite, tradidit spiri tum. (/ôtrf., 28.)
AFFECTIONS ET PRIERES
0 mon âme, écoute T encourageante exhortation de l'Apôtre : Adeamus cum fiducia ad thronum gra- Iku, ut misericordiam conscquamur et gmtiam invcniamus in auxilio opportuno (1). « Allons avec confiance au trône de la grâce : nous y trouverons la miséricorde et tous les secours pour le temps opportun. » 0 mon Jésus, je vous aime par dessus toutes choses. Eh! qui donc aimerai-je, si je ne vous aime pas, vous la bonté infinie, vous qui êtes mort pour moi? Je voudrais mourir de douleur chaque fois qu'il me souvient de vous avoir banni de mon cœur par le péché, de m'être si indignement séparé de vous, mon unique bien, de vous, mon Dieu, qui m'avez tant aimé.
« Qui donc, dirai-je avec saint Paul, qui pourra désormais me séparer de Jésus-Christ? » Quis nos spparabit a charitate Chrisli? (2) Le péché seul pourrait me séparer de vous, ô mon Sauveur; mais, votre sang répandu pour moi m'en donne l'espérance, vous ne permettrez plus jamais que je me sépare de votre amour et que je perde votre grâce : cette grâce, c'est un bien que je préfère à tous les biens. Je me consacre à vous sans réserve, ô Jésus, acceptez-moi et attirez à vous toutes mes affections, afin que je n'aime plus que vous.
0 Marie, ma tendre Mère, je vous en conjure, faites que je sois tout à Jésus; vous le pouvez faire : j'attends de vous cette grâce.
(1 Nef)., 4, 16.
(2) iiom., 5, 38.
LA PASSION DE JESUS-CHRIST NOUS MANIFESTE l'amour de DIEU.
Faire du bien à celui que l'on aime et souffrir pour lui : tel est, dit Cicéron, le double cachet d'une véritable amitié ; mais le second est le plus certain et indubitable.
Dieu avait manifesté son amour pour l'homme par quantité de bienfaits dont il l'avait comblé; mais il estima, dit saint Pierre Ghrysologue, que se montrer seulement bienfaisant envers l'homme, c'était peu pour lui prouver tout son amour, s'il ne trouvait le moyen de lui en donner une preuve plîis grande, en souffrant et en mourant pour lui; c'est donc à cette fin qu'il s'est revêtu de la nature humaine (1). De fait, pour nous manifester l'immensité de son amour, quel moyen plus puissant Dieu pouvait-il choisir, que de se faire homme et de souffrir pour nous? u Assurément, dit saint Grégoire de Nazianze, il ne saurait se trouver de preuve plus convaincante que Dieu nous aime (2). »
Oui, dit aussi Corneille de Lapierre, le plus éclatant témoignage de sa bonté et de son amour. Dieu nous l'a bien donné en se montrant à nous tout couvert de plaies, crucifié et mourant pour notre salut (3). Déjà saint Bernard avait dit que Jésus nous a témoigné dans sa Passion l'amour le plus grand qui se puisse imaginer, un amour incompa-
(1) Sed parum esse credidit, si aflfectum suum erga nos non etiam adversa siistinendo nionstraret. [Serm. 69.)
(2) Non aliter Dei aiuor erga nos declarari potorat.
(3) Summum Deus in cruce nobis ostendit ainorem! Ifn /, Cor,, 1, 25.)
rablo (1). Aussi l'Apotre écrivant aux Éphésiens (2) leur dit-il que quand Jésus mourut pour notre salut, on vit jusqu'où allait l'amour de Dieu pour ses pauvres créatures. Et cependant, ce Dieu si aimant n'est pas aimé de ces créatures pour lesquelles il s'est sacrifié !
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Mon Jésus, vous avez dit : Je suis le bon Pasteur; le bon Pasteur donne sa vie j)our ses brebis (3). Mais, Seigneur, où trouve-t-on dans le monde des pasteurs semblables à vous? Les autres pasteurs donnent la mort à leurs brebis pour se conserver la vie. Vous, Pasteur trop aimant, vous avez donné votre vie divine pour procurer la vie à vos chères brebis. 0 bonheur ineffable! moi, cependant si indigne, je suis une de ces brebis. Quelle obligation n'ai-je donc pas, ô mon très aimable Pasteur, de vous aimer et d'employer toute ma vie à faire votre bon plaisir, puisque vous êtes mort pour l'amour de moi en particulier!
Quelle confiance aussi ne dois-je pas avoir dans votre sang précieux, sachant qu'il a été répandu pour expier mes péchés! — Voas direz alors : Seit/neur, je vous rends grâces... Je sais que mon Dieu est mon Sauveur ; j' aurai toute confiance en lui et je lie craindrai rien (4) C'est ainsi que votre Prophète
^1 j in pnssionis niboro ninxima et incoinparabilis ostcnditnr charitas. [De Pass., c. 41.)
(2) Eph., 2, i seq.
(3) Ego smii Pastor bonus; bonus pastor aniuiani suam tlat pro ovibus suis. (Jo., 10, 11.)
(4j Et dices in dio illa : confltebor tibi, Domine!... Ecce Deus Snlvator meus; flducialitor aean» et non timrbo. ils..
— so —
annonçait ma joio. Hlil comment pourrais-je désormais, o mon Uédompteur, manquer de confiance en vous quand je regarde vos plaies sacrées! — Allons, pauvres pécheurs, recourons à Jésus, qui est là sur cette croix comme sur un trône de miséricorde. Il a apaisé la justice divine irritée contre nous. Si nous avons offensé Dieu, il a fait pénitence pour nous; il ne nous reste plus qu'à nous repentir. 0 sang de Jésus, vous êtes toute mon espérance.
0 Marie, Mère de miséricorde, obtenez-moi une grande confiance dans les mérites infinis de Jésus mon Sauveur.
NOU* ÉTIONS SES ENNEMIS, ET NOTRE DIEU NOUS A AIMÉS jusqu'à MOURIR POUR NOUS.
Que nous serions malheureux, si nous n'avions pas Jésus-Christ? Pourrons-nous jamais assez louer et reconnaître dignement l'amour et la bonté de ce généreux Rédempteur, qui a daigné mourir pour nous, pauvres pécheurs, et nous a ainsi délivrés de la mort éternelle? Jamais iroiwerait-on quel(f»'un qui consentit à mourir pour Vinnocent (1), demande l'Apôtre ; mais Jésus-Christ n'a pas hésité à doniiier sa vie pour nous, coupables et tout à fait indignes du pardon. — Saint Paul nous assure ensuite que si nous voulons à tout prix aimer Jésus-Christ, il n'est sorte de secours ni de faveurs que nous ne puissions attendre de lui. Voici comment il explique sa pensée : « Si, au temps où
(1) Vix eniin pro justo quis moritiir; nam pro bono forsitan quis andeat mwi. [Horn., 5, 7.)
nous étions rnnomis do Dion, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à combien plus forte raison, maintenant que nous sommes réconciliés, devons-nous espérer avec une ferme confiance que nous serons sauvés par la vie de ce même Fils ». Si enim^ cum inimici essemus^ reconciliaii suinus Deo per morlem Filii ejus : multo magis reconciliati, salvi erimus in vita ipsius (1). Vous donc qui aimez Jésus-Christ, comprenez-le bien, vous faites injure à l'amour que vous porte ce bon Sauveur, si vous craignez qu'il vous refuse les grâces nécessaires à votre salut et à votre sanctification. Afin que nous ne perdions pas confiance à cause de nos péchés, l'Apôtre ajoute : // n'en est pas du don de Dieu comme du péché d'Adam. Si le péché d'un seul homme a pu donner la mort à plusieurs, la grâce, que Dieu nous accorde en considération d'un seul homme, Jésus-Christ, s'est répandue avec bien plus d'efficacité sur plusieurs (2). Saint Paul veut dire : la grâce qui nous est acquise par la Passion de notre Rédempteur nous est plus salutaire que le péché d'Adam ne nous fut nuisible; car les mérites de Jésus-Christ ont plus de pouvoir pour nous mériter l'amour de Dieu, que n'en eut le péché d'Adam pour nous attirer sa colère. « En un mot dit saint Léon, nous avons plus gagné par la grâce ineffable de notre Sauveur, que nous n'avions perdu par la malice du démon (3). »
fl) Hom., 5, 10.
(2) Sed non sicut delictum, ita et donum : Si enim unins do.licto multi inortui sunt, niulto mapis gratia Dei et «lonuiii in gratia unius lioininis Jesu Christi in pliires abundavit. [Ilnd.. 45.)
(:{) AMi[>li()ra adopti sunius pcT inoffal.ihMU Christi grntiam, quam por dial)oli amisoranius invidijiiu. (/>t' /Isc. />(>;/*. 7. I.)