‹ Le divin Sauveur (volume 2)Chapitre 20 sur 65 · RE · texte numérisé non relu

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AFFECTIONS ET PRIERES

Mon Dieu, c'est jusqu'à l'excès que vous m'avez aimé; et moi, j'ai répondu à votre amour par un excès d'ingratitude, en vous offensant tant de fois au mépris de votre infinie bonté. De grâce, ô Père éternel, regardez sur la croix votre Fils unique couvert de plaies et mort pour moi: et pour l'amour de ce cher Fils pardonnez-moi et attirez tout mon cœur à votre amour. « Vous ne mépriserez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié. » Cor contritum et humiliatum, DeuSy 7ion despicies (1). Non, en considération de Jésus-Christ mort pour notre salut, vous ne sauriez mépriser un pécheur qui s'humilie et se repent. Sans doute je me reconnais digne de mille enfers; mais je regrette sincèrement de vous avoir offensé, ô mon souverain Bien. Ne me repoussez pas; ayez pitié de moi.

Je ne me contente pas du simple pardon, ô mon Dieu; j'attends que vous me donniez un grand amour pour vous, un amour qui répare toutes mes offenses passées. Je vous aime. Bonté infinie; je vous aime, ô Dieu d'amour. Ce n'est pas assez que je meure et que je m'anéantisse pour vous adorer; je voudrais pouvoir vous aimer autant que vous le méritez. Mais, vous le savez, je ne puis rien; faites vous-même que je sois reconnaissant de l'immense bonté que vous m'avez témoignée : je vous en prie au nom de Jésus-Christ, votre divin Fils. Faites que je surmonte tout pour vous

(1) Ps., 50. 19.

plaire le reste de ma vie, el que je meure parfaitement uni à votre volonté sainte, pour aller vous contempler face à face dans le ciel et vous aimer d'un amour parfait, d'un amour éternel.

0 Marie, mon avocate toute-puissante, obtenezmoi une grande douleur de mes péchés et le don du parfait amour.

JESUS NOUS A AIMES PLUS QUE LUI-MEME ; IL NE POUVAIT NOUS AIMER DAVANTAGE.

Moïse et Élie, parlant sur le Thabor de la Passion de Jésus-Christ, l'appelaient un excès : Dicehanl excessum ejus (1). Oui, dit saint Bonaventure, c'est avec raison que la Passion de notre Sauveur fut appelée un excès : car elle fut véritablement un excès de douleur et un excès d'amour : Excessus doloris, excessus amoris. » — « Quelles souffrances imaginer, qu'il n'ait pas endurées, ajoute un pieux auteur; n'a-t-il pas poussé l'amour à ses dernières limites (2)? ». La loi de Dieu ne commande aux hommes que d'aimer leur prochain comme euxm<'^mes, mais Jésus a aimé les hommes plus que lui-même, puisqu'il a sacrifié sa vie pour leur salut.

Saint Augustin, contemplant cet amour incompréhensible du Rédempteur pour chacun de nous, lui disait : « 0 mon Dieu, vous m'avez donc aimé plus que vous-même, puisque pour me sauver,

(n Lur, 9, 3f.

[2] Qiiid ultra pati potiiit, (t non uortulit? a»! sonnimui pervenit sunimus ainoiis excessus. {(lonUms. 1. 10. d. 4. r. V. sp. 1.)

moi pécheur condamné à l'enfer, vous avez sacrifié votre vie divine, infiniment plus précieuse que la vie de tous les hommes et de tous les anges ensemble (1). » — « 0 Dieu, ô Majesté infinie, s'écrie l'abbé Guerric, pour l'amour de l'homme vous êtes devenu, s'il est permis de le dire, prodigue de vous-même, au-delà de ce que l'homme aurait jamais pu désirer. Ehî pourquoi ne le dirais-je pas, puisque vous avez voulu donner non seulement vos biens, mais encore vous-même pour racheter l'homme perdu (2). » 0 prodige, ô excès d'amour, dont une bonté infinie était seule capable!

Qui aurait jamais pu s'imaginer, dit saint Thomas de Villeneuve, qui jamais aurait même pu soupçonner, ô mon tout aimable Seigneur, que vous pousseriez l'amour pour nous jusqu'à vous offrir vous-même à être crucifié et à mourir sur la croix, pour de misérables vermisseaux tels que nous? Il faut l'avouer, cet amour dépasse la portée de toute intelligence créée. Vous seul, ô mon Dieu, avez pu concevoir et réaliser un tel prodige (3).

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 divin Pasteur, qui n'admirerait la grandeur de votre amour pour vos pauvres brebis? Pour elles vous avez donné plus que tous les trésors du ciel et de la terre, vous avez donné votre sang et tout vous-même. 0 bonté, ô amour, ô tendresse d'un

(1) Dilexisti me plug quani te, quia mori voluisti pro me. {Sol. an. ad. I). c 13.)

(2) In. Pml.. s. i.

(3) fn \at. I). conr. 3.

Dieu pour les hommes'. Que ne puis-je en retour donner, moi aussi, mon sang et ma vie sur une croix ou sous la hache du bourreau pour l'amour de vous, mon Jésus, qui avez sacrifié votre vie sur la croix pour l'amour de moi ! Louée soit à jamais par tous les anges et toutes les créatures votre charité infinie envers les hommes. Que ne puis-je, même par ma mort, vous gagner l'amour de tous les cœurs! Agréez mon désir, Seigneur, et accordez-moi la grâce de souffrir quelque chose pour vous avant de mourir.

Vos martyrs, ô Sauveur du monde, ont mérité l'admiration du ciel et de la terre; et cependant, qu'ont-ils fait pour l'amour de vous? Ils ont enduré mille tortures, les chevalets, les ongles de fer, les casques brûlants, c'est vrai; ils ont subi les plus cruels supplices; mais ne faut-il pas dire que tout cela est encore peu de chose, puisque vous, leur Dieu, avez daigné mourir pour eux! Vous êtes mort aussi pour l'amour de moi, ô mon tendre Sauveur; et moi, qu'ai-je fait, qu'ai-je souffert dans tout le cours de ma vie, pour l'amour de vous? Mon Jésus, ne me laissez pas mourir ainsi. Je vous aime, mon bon Maître, je m'offre à souffrir pour vous tout ce qu'il vous plaît. Acceptez ma résolution, et donnez-moi la force de l'exécuter.

0 ma Heine, Marie, obtenez-moi la grâce de supporter courageusement toutes les peines de cette vie, en union avec Jésus crucifié et pour son amour.

— sé-

l'amour a triomphé de dieu.

Dieu est tout-puissant, et la toute-puissance est une de ses perfections infinies ; il semble donc que rien ne puisse le vaincre ni triompher de lui. Cependant, dit saint Bernard, quelque chose a triomphé de ce grand Dieu : il s'est réellement laissé vaincre par l'amour qu'il porte aux hommes : c( De Deo iriumphat amor (1). » Oui, vaincu par son amour, il s'est laissé condamner à mourir, et à mourir sur l'infamant gibet de la croix, pour le salut des hommes.

Si un homme, passant sur le Calvaire le jour où Jésus-Christ y mourut cloué sur la croix, eût demandé quel était ce criminel ainsi supplicié, les chairs toutes déchirées et ensanglantées, et qu'on lui eût répondu : « c'est le Fils de Dieu fait homme, vrai Dieu comme son Père, il meurt pour ses créatures » ; qu'aurait dit cet étranger, supposé qu'il n'eût pas la foi à l'Incarnation ni au Messie promis par les prophètes et devant racheter le monde coupable? — Il aurait sans doute répondu par cette parole que les Gentils opposèrent plus tard à la prédication de saint Paul : « Folie ! jamais nous ne pourrons croire chose semblable. » De fait, s'il est vrai qu'à nos yeux ce serait, de la part d'un roi, une folie que de se faire vermisseau par amour pour un vermisseau, ce doit être une bien plus grande folie, de la part d'un Dieu, d'avoir voulu se faire homme par amour pour

(1) In Ccmt., S. 64.

l'homme et ensuite de mourir pour l'homme. Aussi, sainte Marie Madeleine de Pazzi s'écriaitelle dans une extase, en considérant l'amour immense de Jésus-Christ immolé pour nous : a Oui, mon Jésus, je le dis, vous ôtes fou d'amour! » — Or, c'est ce Dieu infiniment aimant, que j'ai eu le malheur de ne pas aimer; c'est ce Dieu que j'ai tant offensé!

0 mon âme, lève les yeux vers la croix, et regarde cet homme en proie à la plus grande affliction, accablé de souffrances et d'angoisses, agonisant, tout près d'expirer, mourant enfin de pure douleur. Sais-tu qui il est? — C'est ton Dieu!... Sais-tu qui l'a réduit à cet état si lamentable? Saint Bernard te répond : C'est l'amour, oublieux de sa dignité. « Amor dignitatis nescius. » Oui, ce prodige est l'effet de l'amour, lequel ne se refuse à aucune peine, à aucun sacrifice, quand il s'agit de se manifester et de faire du bien à l'objet aimé.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon Jésus, c'est donc parce que vous m'avez beaucoup aimé que vous endurez de si cruels tourments sur le bois de la croix. Si vous m'aviez moins aimé, vous eussiez moins souffert. Oh ! je vous aime, mon Rédempteur; je vous aime de tout mon cœur. Et comment pourrais-je refuser de donner tout mon amour à un Dieu qui n'a pas refusé de me donner son sang et sa vie?

0 mon Jésus, que cet amour qui vous a fait mourir pour moi sur le Calvaire, me fasse mourir à toutes les affections terrestres ; qu'il me consume du fou sacré que vous tMes venu allumer

dans les cœurs de vos fidèles serviteurs. Je maudis mille fois mes indignes satisfactions, pour l'expiation desquelles vous avez tant souffert. Mon bien-aimé Rédempteur, je regrette de toute mon âme les nombreuses offenses que je vous ai faites. Désormais je préfère mourir plutôt que de vous déplaire; je veux vous contenter par tous les moyens en mon pouvoir. Votre amour pour moi n'a rien épargné ; je veux vous prouver mon amour en ne vous refusant rien. Vous m'avez aimé sans réserve; c'est aussi sans réserve que je veux vous aimer. L'amour a triomphé de vous, ô Jésus; je veux qu'il triomphe aussi de moi. Je vous aime, mon unique bien; je vous aime, mon amour et mon tout.

0 Marie, dites à Jésus que je lui consacre toutes les affections de mon cœur.

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