JESUS EST VRAIMENT LE BON PASTEUR QUI DONNE SA VIE POUR SES BREBIS
C'est Jésus lui-même qui l'a dit : Ego sum Pastor bonus (1). « Je suis le bon Pasteur. » Un pasteur est bon quand il mène ses brebis dans les meilleurs pâturages et qu'il les garde de la dent des loups. Mais, ô mon doux Rédempteur, quoi pasteur a jamais été bon comme vous, qui avez donné votre sang et votre vie pour sauver vos brebis, c'est-à-dire, pour nous délivrer des châtiments que nous avons mérités. Avec son corps sacré, dit sSimi Pierre^ Jésus-Christ attacha nos péchés au bois de la croix, afin que, mourant nu
{{) Jo., 10, 11.
péché, nous vivions dans la justice de celui qui nous a guéris par ses blessures {i). Ainsi, pour nous délivrer de nos maux et nous tirer de la misère, ce bon Pasteur s'est chargé de toutes nos dettes; il les a payées aux dépens de son corps sacré, en mourant de douleur sur la croix.
A la vue d'un tel excès d'amour envers nous, pauvres brebis, saint Ignace martyr, enflammé du désir de donner sa vie pour Jésus-Christ, disait dans sa lettre aux Romains : Amor meus craci fixas est. u Mon amour a été crucifié. » C'était dire : Quoil mon Dieu a bien voulu être crucifié pour moi : puis-je donc vivre sans désirer de mourir pour lui! De fait, les martyrs ont-ils fait un si grand sacrifice en donnant leur vie pour Jésus- Christ, après que Jésus-Christ est mort dans un al>îme de douleurs pour leur amour? Ah! que la mort de cet aimable Sauveur endurée pour eux leur rendait doux et agréables tous les tourments : I<'s fouets, les chevalets, les ongles de fer, les «uirasses brûlantes et les supplices les plus cruels 1 Mais Jésus ne s'est pas contenté de sacrifier sa vie pour ses brebis : voulant leur donner une preuve encore plus grande de son amour, il a bien voulu leur laisser après sa mort son propre corps, pour être la nourriture et le soutien de leurs âmes.
Kt, quand ce bon Pasteur voit qu'une de ses l)n*bis s'est égarée, que ne fait-il pas pour la retrouver! Il ne cesse de la chercher, jusqu'à ce qu'il la retrouve. Si perdident unam ex illis..., va-
(1) l*('crnta nostra ipsc pertulit in corpore suo super linmim, ut peccatis niortul juslitia^ vivanuis; cujus livore smati ostls. 7, /V//\, 2, 2'»,)
dit ad illam quœperierat, donec invenial eam (1). — Et, Lorsqu'il l'a retrouvée, plein de joie il la charge sur ses épauler. Rentré dans sa maison avec son précieux fardeau, il convoque ses amis et ses proches, et il leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la brebis que j'avais perdue (2).
AFFECTIONS ET PRIERES
Mon aimable Sauveur! voici à vos pieds une brebis perdue. Je vous ai quitté, mais vous ne m'avez pas abandonné; vous n'avez négligé aucun moyen de me ramener à vous. Que serais-je devenu, si vous n'aviez pas eu la charité de me chercher? Malheureux que je suis, combien de temps n'ai-je pas vécu loin de vous! Maintenant, par votre miséricorde, j'ai la confiance d'être en état de grâce; et au lieu de vous fuir encore, je ne désire plus que vous. Vivre en vous aimant, et mourir en embrassant vos pieds, voilà toute mon ambition. Mais, tant que je vis ici-bas, je suis en danger de vous perdre. Je vous en prie, attachezmoi à vous par les liens de l'amour. Si j'avais encore le malheur de m'égarer, ne vous lassez pas de me chercher; faites qu'alors je vous répète ce cri de David ; Erravi sicut ovis quœ periit, quœre servum tuum (3). » J'ai erré comme une brebis perdue; cherchez Totre serviteur. » Oui, mon bon
(1) Lîtc, 15, 4.
(2) Et cum invenerit eam, imponit in liumeros suos gaiidsns; et veniens doniiim convocat amicos et proxiinos, dicens iilis : Congratiilaniini inilii. quia invoni ovem meara qu.T perierat. {Luc, 15, 5-6.)
(3) Ps., 118, 176.
Pasteur, cherchez-moi, puis gardez-moi bien près de vous, jusqu'à mon dernier soupir.
Mon divin Rédempteur, vous avez racheté mon âme au prix de votre sang, et moi, je l'ai tant de fois perdue par le péché ! Je vous remercie de ce que vous me donnez encore le temps de la recouvrer en recouvrant votre grâce. 0 mon Dieu, que ne suis-je mort avant de vous ofï'enserl Je me console, en pensant que vous avez promis de ne jamais rejeter un cœur qui revient à vous contrit et humilié. Mon Dieu, je reviens à vous, je vous ;iime, je me donne tout à vous.
0 Marie, refuge des pécheurs, secourez un pécheur (jui se recommande à vous et se confie en vous.
;e que c'est que vivre pour jésus-ciirist.
Jésus-Christ est mort pour chacun de nous; dans quel but? Il voulait voir chacun de nous vivre uniquement pour un Rédempteur, qui a sacrifié sa vie par amour pour nous. Une âme qui vit pour elle-môme, rapporte â elle-même tous ses désirs, ses craintes, ses douleurs, et met en elle-même sa félicité; mais, celle qui vit pour Jésus-Christ n'a (f autre désir que d'aimer son Sauveur et d'accomplir sa sainte volonté. Toute sa joie est de lui plaire et son unique crainte, celle de lui déplaire; elle ne «'atllige que de voir son Jésus méprisé, et ne se réjouit que de le voir aimé. Voilà ce qui s'appelle vivre pour Jésus-Christ, et c'est ce qu'il '•xige justement de chacun de nous. S'il a voulu
souffrir tant de peines pour nous, c'est uniquement afin de gagner tout notre amour.
Est-ce là une prétention excessive? Non, certes, répond saint Grégoire; c'est à bon droit que le Seigneur veut être ainsi aimé de nous, après nous avoir donné tant de témoignages d'un amour qui semble poussé jusqu'à la folie (1). Il s'est donné à nous tout entier, sans réserve ; il a donc droit de prétendre que nous nous donnions entièrement à lui et que nous lui consacrions tout notre amour; et si nous en réservons une partie, pour aimer quelque objet hors de lui, ou sans le rapporter à lui, il a juste sujet de se plaindre; car alors, nous ne l'aimons pas comme il le faudrait, a Seigneur, disait saint Augustin, celui-là vous aime trop peu, qui aime quelque autre chose que vous, s'il ne l'aime pas pour vous (2). »
Que pouvons-nous aimer en dehors de Jésus- Christ, sinon des créatures? et, comparées à Jésus- Christ, ces créatures sont-elles autre chose que fange, fumée et vanité? Le tyran qui martyrisa saint Clément, évêque d'Ancyre, lui offrit un monceau d'argent, d'or et de pierres précieuses, pour l'engager à renier Jésus-Christ. « Mon Jésus, s'écria le saint, en poussant un profond soupir, vous êtes le bien infini, et les hommes font moins de cas de vous que de la boue ! comment pouvezvous le souffrir? »
(1) Stultum visiim est ut ]tro hominibiis Auctor vitœ moreretur. {In Evang. hom. 6.)
(2) Minus te iimat, qui teeum aliquid aruat, ^lod non propter te amat. {Conf. 1. 10. c. 29.)
AFFECTIONS ET PRIERES
0 airour de Dieu, comment est-il possible que vous soyez si méprisé des hommes, de ces mêmes hommes pour lesquels vous vous êtes sacrifié, pour lesquels vous avez répandu tout votre sang divin! 0 hommes, voyez sur la croix le Fils de Dieu s'immolant comme un innocent agneau, pour expier vos péchés et gagner ainsi votre amour! Hegardez-le, contemplez-le, et aimez-le.
Mon Jésus infiniment aimable, ne permettez plus que je réponde par l'ingratitude à tant de bonté! Par le passé, j'ai vécu dans l'oubli de votre amour et de tout ce que vous avez souffert pour moi; mais à l'avenir, je ne veux plus penser qu'à vous aimer. 0 plaies de Jésus, blessez-moi d'amour! 0 sang de Jésus, enivrez-moi d'amour! 0 mort de Jésus, faites-moi mourir à tout autre amour qu'à l'amour de Jésus î Mon Jésus, je vous aime par-dessus toutes choses, je vous aime de toute mon âme, je vous aime plus que moi-même. Je vous aime, et parce que je vous aime, je voudrais mourir de douleur au souvenir de mes infidélités et du mépris dont tant de fois j'ai payé votre amitié. Ah! par vos mérites, mon Sauveur crucifié, je vous en supplie, donnez-moi votre amour et faites que je sois tout à vous.
0 Marie, mon espérance, faites que j'aime Jésus-Christ : je ne vous demande rien de plus.
JESUS-CHRIST NOUS AYANT RACHETES AU PRIX DE SON SANG, NOUS NE SOMMES PLUS A NOUS, MAIS A LUI.
Si Notre Rédempteur est allé jusqu'à donner sa vie pour nous, c'est afin de conquérir nos cœurs par cet éclatant témoignage de son amour. « Jésus-Christ est mort et il est ressuscité, dit saint Paul, afin de régner sur les morts et sur les vivants. » In hoc Christus mortuus est et resurrexit, ut et mortuorum et vivorum dominetur (1). Ainsi, conclut l'apôtre, rachetés par le sang de Jésus- Christ, nous ne nous appartenons plus : « soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. » Sive ergo vivimus, sivc morimur, Domini sumus (2). Si donc nous ne l'aimons pas, si nous n'observons pas ses préceptes, dont le premier est d'aimer Dieu, a dit Jésus luimême, nous sommes ingrats, nous manquons à la justice, et nous méritons double châtiment. Le devoir d'un esclave, racheté des griffes du démon par Jésus-Christ, est de se consacrer tout entier à l'amour et au service de son divin Maître, à la vie et à la mort.
Sur les mêmes paroles de saint Paul, saint Jean Chrysostome fait une profonde réflexion : « Dieu, dit-il, s'occupe de nous plus que nous-mêmes; notre vie est pour lui un gain et notre mort une perte ; si donc nous en veiions à mourir spirituellement, c'est une perte, non seulement pour nous,
(1) Rom., 14, 9.
(2) Ibid.i 8.
mais encore pour Dieu. » Du fond de cette vallée de larmes où nous vivons au milieu de tant d'ennemis, de tant de périls qui nous menacent, quelle gloire et quelle consolation pour nous de pouvoir dire : Domini sumus; nous appartenons à Jésus-Christ, nous sommes son bien; il aura soin de nous conserver dans sa grâce en cette vie, et de nous tenir éternellement unis à lui dans la vie future, dans ce beau ciel qu'il nous a mérité par ses souffrances et par sa mort.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Mon Jésus, je l'avoue, je ne puis plus sans injustice disposer de moi ; je suis devenu votre propriété, quand vous m'avez racheté par votre mort. Je n'ai plup rien qui m'appartienne : mon corps, mon âme, ma vie, tout est à vous, entièrement à vous : aussi est-ce à vous seul que je me donne, en vous seul que je mets toutes mes espérances; c'est vous seul que je veux aimer, ô mon Dieu crucifié et mort pour moi ! Je n'ai à vous offrir que cette âme rachetée au prix de votre sang, <'t je vous l'offre. Permettez-moi de vous aimer, car vous êtes l'unique objet de mes désirs, ô mon Sauveur, mon Dieu, mon amour, mon touti Jusqu'ici je me suis montré reconnaissant envers les hommes et ingrat envers vous seul ; maintenant je vous aime, et rien ne m'alïlige autant que le souvenir des péchés par lesquels je vous ai tant offensé.
0 mon Jésus, donnez-moi une grande confiance dans votre Passion, et otez de mon cœur toute alfection qui n'est pas pour vous. Je veux vous
aimer uniquement, vous qui méritez tout mon amour, vous qui m'avez tan4, obligé à vous aimer. Ah! qui pourrait ne pas vous aimer, en considérant que vous^ le Fils bien-aimé du Père éternel, vous avez voulu passer toute votre vie dans la souffrance, et la terminer par une mort si amère et si cruelle. 0 amour des âmes, ô mon Jésus, je vous aime, je vous aime, je vous aime. Mais je vous aime encore trop peu; donnez-moi vous-même un amour plus grand, des flammes plus vives, qui fassent de ma vie une perpétuelle succession d'actes d'amour envers vous.
0 Marie, Mère du bel amour, faites que j'aime enfin votre divin Fils mon Rédempteur.
JÉSUS ACCEPTA LA MORT LA PLUS INFAMANTE AFIN DE GAGNER PLUS SUREMENT NOTRE AMOUR.
Les Juifs choisirent pour Jésus-Christ le supplice de la croix comme le plus ignominieux de tous, afin que son nom fût à jamais couvert d'opprobre, voire même entièrement oublié. Ainsi l'avait prédit un prophète : Eradamus eum de terra viventium^ et nomen ejus non memorelur amplius (1). « Faisons-le disparaître de la terre des vivants, et que son nom même n'y soit plus jamais prononcé. » Jésus accepta cette mort avilissante, parce qu'il mourait pour expier nos péchés, les ayant tous pris sur lui et s'étant chargé de les expier en sa chair
(1) Jcr., 11, 19.
sacrée. Ainsi voulut-il Atre circoncis comme pécheur, être présente au temple et racheté comme tous les premiers-nés des Juifs, recevoir le baptême de pénitence de la main de saint Jean-Baptiste. Il voulut, dans sa Passion, être cloué à la croix, pour expier Tabus que nous avons fait de notre liberté; il voulut expier notre avarice en consentant à être dépouillé de tous ses vêtements, notre orgueil en acceptant toutes sortes d'humiliations. En se laissant couronner d'épines il voulut expier nos péchés de pensée ; par le fiel, nos péchés d'intempérance ; et par toutes les souffrances de son corps, nos plaisirs sensuels.
Quelles actions de grâces ne devrions-nous pas sans cesse rendre à Dieu pour un si grand bienfait. Le Père éternel livre à la mort son Fils innocent, et cet adorable Fils s'offre lui-même à son Père pour expier par d'extrêmes humiliations et d'indicibles souffrances les péchés par lesquels nous avons outragé la Majesté infinie! Disons donc avec la sainte Église : « 0 prodige de miséricorde! ô charité infinie de notre Dieu, qui, pour racheter un indigne serviteur, livre son propre Fils (1). >> 0 sainte foi ! éclairez-nous afin que nous brûlions d'amour pour un Dieu qui nous a tant aimés.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Vois, mon âme, combien tu es obligée envers Ion Rédempteur! Écoute l'avertissement de l'Esprit- Saint : Gvntiam fidcjussovia ne ohliviscaris^ dcdil
(l) () mira circa nos tua^ pictatis dignatio! ô ina^stimahilis dilcctio charitatls, ut scrviuu rcdimorcs, Filiuin tradidisti.
enim pro te animam suaiu (Ij. a N'oublie jamais de quelles grâces tu es redevable à celui qui s'est fait ta caution. » Ce généreux bienfaiteur, c'est Jésus, qui s'est chargé de payer toutes tes dettes ; et ta caution, c'est ce même Jésus attaché à la croix. Quand donc tes péchés te reviennent en mémoire, regarde la croix et prends confiance ; regarde ce bois sacré teint du sang de l'Agneau divin immolé pour ton amour, et espère. — Oui, mon Jésus, j'espère tout de vous qui êtes la bonté infinie ; car le propre de la bonté, c'est de rendre le bien pour le mal. Vous voulez seulement que je revienne de mes égarements, que je me repente et que je vous aime. 0 mon bien-aimé Rédempteur, j'ai un extrême regret d'avoir méprisé votre bonté. Profondément touché de tant d'amour à mon égard, je vous aime et je veux me conformer en tout à votre bon plaisir.
Infortuné! quand j'étais en état de péché, j'étais l'esclave du démon et il était mon maître. Mais maintenant que j'ai la confiance d'être en état do grâce, ô Jésus, je veux que désormais vous soyez mon unique Maître, mon unique amour. Garde/ donc votre bien, gardez-le toujours, gardez-le tout entier; car je veux vous appartenir, être à vous seul, et tout à vous. Afin d'augmenter de plus en plus dans mon cœur la flamme de votre amour, je désire conserver toujours présent le souvenir des souffrances que vous avez endurées pour moi. Je vous aime, mon très aimable Rédempteur, je vous aime, ô Verbe incarné, mon trésor, mon tout ; je vous aime, je vous aime.
(1) Eccli., 29, ao.
0 Marie, ma Mèro, obtenez-moi un continuel et tendre souvenir de la Passion de votre divin Fils.
UN DIEU EST MORT POUR NOUS SUR LA CROIX ; COMMENT n'avoir POUR LUI QUE DE l'iNDIF- FÉRENCE?
Si le dernier des hommes avait souffert pour moi ce qu'a souffert Jésus-Christ; si je le voyais déchiré par les fouets, cloué sur une croix et devenu le jouet d'une vile populace pour me sauver la vie, pourrais-je penser à cet homme sans attendrissement, sans me sentir contraint de Taimer? Si Ton m'offrait un tableau qui le représentât expirant dans ce supplice, pourrais-je le regarder d'un œil indifférent et dire froidement : C'est ce malheureux qui est mort dans ces tourments pour l'amour de moi; s'il ne m'avait pas aimé, il ne serait pas mort? — Hélas! que de chrétiens ont chez eux un beau crucifix, mais seulement comme une œuvre d'art : ils en louent le travail, l'expression de douleur; mais leur cœur n'en est point touché ou ne l'est que faiblement, comme si c'était l'image, non du Verbe incarné, Uédempteur des hommes, mais d'un étranger et d'un inconnu.
0! si scires myslerium crucis. « Oh! si tu connaissais le mystère de la croix, disait saint André au tyran qui, pour l'engager à renier Jésus- Christ, lui faisait remarquer qu'il a été crucifié comme un malfaiteur; si tu comprenais l'amour qu'il t'a porté en mourant sur la croix, pour expier
tes péchés et Tobtenir la félicité éternelle, loin de chercher à me le faire renier, tu l'adorerais avec moi et tu ne songerais plus qu'à l'aimer en reconnaissance de sa charité à ton égard. » Si vous connaissiez le mystère de la croix! N'est-ce pas ce que l'on peut dire aussi à ces chrétiens insensibles en face du crucifix? Si vous vouliez méditer le mystère de la croix, vous sentiriez votre cœur tout épris de compassion, d'amour et de reconnaissance envers ce Dieu, qui n'a souffert et n'est mort que pour vous arracher à l'enfer et vous mériter le ciel. Si vous considériez le crucifix avec les yeux de la foi, les plaies du Sauveur seraient autant de traits enflammés qui viendraient embraser vos cœurs, y consumeraient toutes les affections terrestres, afin qu'ils soient à Jésus seul et à son saint amour.
Mon Jésus, ne souffrez pas que je sois du nombre de ces indifférents, de ces ingrats, qui restent froids et insensibles en face du crucifix. Rappelez-vous que vous avez promis d'attirer à vous tous les cœurs, quand vous seriez élevé en croix. Voici mon cœur : attendri à la vue de votre mort, il ne veut plus vous résister: de grâce attirez-le tout entier à votre amour. Vous êtes mort pour moi : je ne veux vivre que pour vous. 0 douleurs de Jésus! ô ignominies de Jésus! ô mort de Jésus, ô amour de Jésus! fixez-vous dans mon cœur; que votre doux souvenir y soit toujours présent pour me blesser et m'enflammer sans cesse d'amour pour Jésus.
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0 mon aimable Sauvour, pour mo pardonner vous ne vous êtes point pardonné à vous-même! Ah! je vous en prie, regardez-moi de ce regard plein d'affection avec lequel vous m'avez regardé, lorsque vous étiez agonisant pour moi sur la croix; regardez-moi et éclairez-moi; pardonnezmoi tous mes péchés, mais spécialement l'ingratitude dont je me suis rendu coupable, en pensant si peu à votre Passion et à l'amour que vous m'y avez témoigné. Je vous remercie de la lumière dont vous me favorisez en me faisant voir à
vers vos plaies et vos membres déchirés le
and amour que vous conservez pour moi dans votre cœur sacré. Malheur à moi, si, rebelle à cette lumière, je cessais de vous aimer, ou si j'aimais quelque objet hors de vous! Je vous dis avec votre ardent serviteur saint François d'Assise : « Que je meure pour l'amour de votre amour, ô Jésus, qui avez daigné mourir pour l'amour de mon amour. » 0 Cœur ouvert de mon Rédempteur, heureux séjour des âmes aimantes, ne dédaignez pas de recevoir aussi ma pauvre âme.
0 Marie, Mère des douleurs, recommandez-moi à votre divin Fils. L'aimer, c'est mon salut : procurez-moi donc l'amour envers Jésus-Christ, mais un amour ardent et éternel.
un dieu a souffert pour nous, et nol s l'aimons si peu!
« Lft Verbe divin s'est humilié en se faisant homme; il s'est fait obéissant jusqu'à .'a iiiorf tH h 11 7.
la mort de la oroix. » HumUiavxl semetipsum facius obediens usque ad mortem, mortem autem crucis (1). Oui, le Fils de Dieu, par amour pour les hommes, obéit à son Père éternel, qui voulait qu'il mourût pour notre salut; il s'humilia jusqu'à mourir, et mourir crucifié. Et il se trouvera des hommes qui croient cette vérité et qui n'aiment pas ce Dieu si plein d'amour pour eux !
Chose étrange ! il en est qui parlent de la Passion de Jésus-Christ, ou qui en entendent parler sans aucun sentiment d'amour et de reconnaissance, comme s'il s'agissait d'une fable ou de la mort d'une personne qui nous serait inconnue ou indifférente ! Si le dernier des hommes avait souffert pour nous les tourments que Jésus-Christ a endurés, pourrions-nous nous dispenser de l'aimer et de lui témoigner toute notre reconnaissance?
Quel spectacle pour les anges, de voir le Verbe divin attaché à la croix et mourant afin de nous sauver, nous, ses misérables créatures! Nous croyons, nous aussi, que Jésus crucifié est notre Dieu, qu'il meurt pour nous; et nous pouvons aimer autre chose que ce Dieu Sauveur? — Considérons donc souvent que cet Homme de douleurs, cloué sur ce bois d'ignominie, est vraiment notre Dieu ; considérons qu'il n'est là souffrant et mourant pour aucun autre motif que celui de nous prouver son amour, nous racheter de l'esclavage de Lucifer et nous sauver. Propter nos et propier nostram salutem. Cessons d'être indifférents à son égard, et, une bonne fois, décidons-nous à l'ai-
(I) PhiL, 2, 8.
mer, à lui témoigner la reconnaissance qui lui est due et qu'il attend de nous.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon Jésus, quelle plus grande preuve pouviezvous me donner de votre amour, que de sacrifier votre vie sur un bois ignominieux, sur la croix, pour expier mes nombreux péchés et me mériter le ciel? Mon bon Sauveur, combien il vous en a coûté pour me faire comprendre que vous m'aimez, que vous m'aimez d'un amour infini! Et moi, ingrat, j'ai répondu à tous ces bienfaits par des outrages! Ayez pitié de moi; permettez que je vous aime : c'est mon unique désir; trop longtemps j'ai méprisé votre amour. — 0 hommes, ô hommes! pourquoi donc n'aimez-vous pas Jésus-Christ? Dites-moi, que pouvait faire de plus notre divin Rédempteur pour gagner notre amour, que de mourir dans un océan d'humiliations et de douleurs?
Mais, mon Jésus, pourquoi parlé-je aux autres et non à moi-même? Quelle a été jusqu'ici ma reconnaissance envers vous? Malheureux! je n'ai répondu à votre amour que par mon indifl'érence et par les nombreux déplaisirs que je vous ai causés. Ah! pardonnez-moi : je veux désormais vous aimer, je veux vous aimer beaucoup. Je serais bien ingrat et bien coupable, si après tant de marques de votre bonté et de votre miséricorde, je ne vous aimais que faiblement.
0 saintes flammes d'amour, qui avez consumé la vie de mon Sauveur sur le Calvaire, venez consumer en moi toutes les affections terrestres ;
faites-moi brûler sans cesse d'amour pour ce Dieu qui, par amour pour moi, daigne mourir et se sacrifier sans réserve. Mon Jésus! mon Jésus! vous vous êtes donné tout à moi; tout entier et sans réserve, je me donne à vous seul et à jamais. 0 Marie, Mère de Dieu, présentez-moi à votre divin Fils, et dites-lui que je veux l'aimer toujours.
XÊX