‹ Le divin Sauveur (volume 2)Chapitre 30 sur 65 · HEGARDONS LA CROIX, ET PUIS MARCHONS GÉNÉREUSEMENT AU COMBAT · texte numérisé non relu

HEGARDONS LA CROIX, ET PUIS MARCHONS GÉNÉREUSEMENT AU COMBAT

L'apôtre saint Paul nous exhorte à nous avancer courageusement et armés de patience au combat que nous avons à soutenir en cette vie contre les ennemis de notre salut. Il nous encourage à résister aux tentations avec constance et jusqu'à la fm, i\ l'exemple de Jésus-Christ, qui ne voulut descendre de la croix qu'après y avoir laissé sa vie (1). w Du haut de sa croix, d'où il n'a point voulu descendre, nous dit saint Augustin, que vous a-t-il enseigné, sinon la constance et le courage que vous devez déployer contre les ennemis de votre salut, en vous appuyant sur Dieu? » lia voulu consommer son sacrifice jusqu'à la mort, pour nous faire comprendre que Dieu n'accorde la récom-

(l) Pcr pnticntiiiiH currnmus jid proposituni noliis cortamr-n, aspiciciitos in Auclorciii Moi et Consununatorem Jpsum; (|iii. proposito sihi ^aiulio sustiniiit crucem. {lleO., 12, 1.)

pense et la gloire qu'à ceux-là seulement qui persévèrent jusqu'à la fin dans la fidélité à son service, comme Jésus-Christ l'a lui-même déclaré dans le saint Évangile : Qui perseveraverit usque in fineniy hic salvus erit (1). <i Sera sauvé celui qui aura persévéré jusqu'à la fin. »

Lors donc que mos passions, les tentations du démon ou les persécutions des hommes lassent notre patience et nous portent à l'offense de Dieu, jetons un regard sur Jésus crucifié, qui a répandu tout son sang pour notre salut, tandis que nous n'en avons jamais versé une seule goutte pour son amour. C'est l'Apôtre qui nous invite à faire cette sérieuse réflexion : Nondum usque ad sanguinem resiitistis, adversus peccatum répugnantes (^). «Dans vos luttes contre le péché, vous n'êtes pas encore allé jusqu'à l'effusion du sang. »

Résistons courageusement à nos ennemis; mais n'espérons la victoire que par les mérites de Jésus- Christ. C'est uniquement par ces mérites que les saints, et surtout les saints martyrs, ont triomphé de toutes les souffrances et de la mort. Soutenons la lutte, nous dit saint Paul, pour l'amour de celui qui nous a tant aimés. Si donc le démon nous oppose, dans le chemin du salut, des obstacles qui nous paraissent insurmontables, tournons les yeux vers Jésus crucifié ; pleins de confiance en son secours et dans ses mérites, redisons avec l'Apôtre : Omnia possum in eo qui me confortât (3). « Je puis tout en Celui qui me fortifie. »

1) Malth., 10, 22.

2) Ileb., 12, 3.

3) PhiL. 4, 13.

AFFECTIONS ET PRIERES

Jésus crucifié nous enoourage à supporter les peines et toutes les tribulations de la vie présente. — Regardez-moi, nous dit ce bon Sauveur du haut de sa croix; voyez combien de douleurs et d'opprobres j'endure pour vous sur ce gibet : mon corps y est attaché par trois clous, il pèse de tout son poids sur mes plaies; les malheureux qui m'entourent ne font que me blasphémer et me tourmenter; mon âme est encore plus affligée que mon corps; et toutes ces souffrances, je les endure volontairement pour votre amour. Considérez donc l'affection que je vous porte, et aimez-moi ; ne craignez pas de souffrir pour moi, après que pour vous j'ai mené une vie si pénible et souffert la plus douloureuse de toutes les morts.

Je vous entends, ô mon Jésus, vous n'avez que trop raison de me reprocher mon manque de générosité à votre service. Vous m'avez mis en ce monde pour vous aimer et vous servir; vous m'avez donné tant de lumières et de grâces pour m'aider à vous être fidèle; et moi, que de fois n'ai-je pas eu l'ingratitude de renoncer à votre grâce et de vous abandonner, plutôt que de me priver d'une misérable satisfaction. Ah! je vous en conjure, par cette mort désolée que vous avez bieti N oulu subir pour moi, accordez-moi la force de vous servir fidèlement le reste de mes jours. Je suis résolu de bannir désormais de mon cœui* toute affection qui n'est pas pour vous, mon Dieu, mon amour, mon tout!

Mario, ù ma Mère, aidez-moi à correspondre aux désirs de votre divih Fils qui m'a laht aimé;

BANNISSONS LA DEFIANCE : CELUI QUI DOIT NOUS JUGER EST MORT POUR NOTRE SALUT.

La mort de Jésus-Christ est le plus puissant motif que nous ayons d'espérer notre salut. Quel est en effet celui qui doit nous juger? se demande l'apôtre saint Paul : c'est ce même Rédempteur qui, pour ne pas nous condamner à la mort éternelle, s'est condamné lui-même à la cruelle mort la croix. Quis est qui condemnet ? Christus Jésus, qui mortuus est... (1)? En conséquence, nous dit saint Thomas de Villeneuve, « qu'as-tu à craindre, pauvre pécheur, si tu veux quitter le péché? Comment te condamnera-t-il, ce bon Maître, qui est mort pour ne pas te condamner? comment te repoussera-t-il, quand tu reviens te jeter à ses pieds contrit et repentant, lui qui est venu du ciel pour te chercher quand tu le fuyais? (2). » Mais notre Sauveur lui-môme nous donne encore plus de confiance quand il nous dit, par la bouche du Prophète : Ecce in manibus meis descripsi te; mûri tui coram oculis meis semper (3). « Je te porte écrit dans mes mains et je veille constamment sur toi. » Brebis chérie, ne crains donc pas. Vois tout ce que j'ai souffert pour te prouver mon amour et t'inspirer une pleine confiance en ma miséricorde. Ton nom est écrit dans mes mains, dans ces plaies

(1) Rom., 8, 34.

(il) Qiiid times, pecoator? Quomodo te damn;ibit pœnitentem, qui moritur ne damneris? Quomodo de abjiciet redeunteni, qui de cœlo venit quœrere te? (Tr. de Adv. J).]

que j'ai reçues pour toi; elles me crient sans cesse de te pardonner, de t'aider, de te défendre contre tes ennemis. Selon saint Jean Chrysostome, les plaies de Jésus-Christ sont autant de bouches sans cesse ouvertes pour demander à Dieu le pardon de nos péchés. Dans ses révélations à sainte Madeleine de Pazzi, Dieu lui dit un jour : <c Ma justice s'est changée en clémence, par la vengeance que j'ai exercée sur la chair innocente de mon Fils. Son sang ne crie pas vengeance comme celui d'Abel ; il ne demande que miséricorde pour les pécheurs; et sa voix arrête le bras de ma justice. » Si donc Jésus-Christ apaise ainsi Dieu, son Père, qu'avons-nous à craindre de ce même Jésus-Christ, qui nous affirme que Dieu lui a confié toute justice : Omne judicium dédit Filio (1). Aime-moi donc, dit à chacun de nous ce bon Sauveur, aimemoi et prends confiance.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon bien-aimé Rédempteur, ô vous qui devez être mon juge, quant à ma mort je paraîtrai devant vous, ne me rejetez pas loin de vous : Cum rcneris judicarc, noli vie condcmnarc. Ne m'envoyez pas en enfer, car dans l'enfer je ne pourrais plus vous aimer. Ne permettez pas que ces plaies, dont je vous vois tout couvert et qui sont une preuve de votre amour pour moi, fassent mon tourment durant l'éternité. Pardonnez-moi avant qu'arrive l'heure où vous devez me juger. Faites «lu'en vous voyant une premitMc fois, je ne vous

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trouve point irrité. Mettez-moi alors au nombre de vos chères brebis et non au nombre des chevreaux que vous aurez réprouvés ; que votre Passion, que votre sang ne soient pas perdus pour moi : Tanius labor non s'it cassus, — Je suis un pécheur, c'est vrai ; mais vous avez déclaré que vous ne voulez pas la mort du pécheur : Nolo mortem peccatorisj sed ut cancer talur... et vivat (1) J'abandonne tout; je renonce à tous les biens de la terre : plaisirs, richesses, dignités, honneurs; tout cela, je le comprends, n'est que mensonge, fange et poison pour mon âme. Je me tourne vers vous, mon Dieu; je ne veux que vous, ô mon Jésus crucifié, vous seul et rien de plus.

Ah! nron cher Rédempteur, pour me donner le ciel, vous avez sacrifié votre vie; et moi, pour satisfaire mes mauvais penchants, j'ai perdu le ciel et vous, qui êtes un bien infini! Je suis donc indigne d'entrer dans le séjour des saints, mais pourtant, votre sang et votre mort me font tout espérer. Oui, j'espère et je veux obtenir le ciel. Je le veux, mon Jésus, non pour en goûter les jouissances mais pour vous aimer davantage et être assuré de vous aimer éternellement.

0 Reine du Ciel, o Mère de Dieu, vous êtes mon refuge, mon espérance; priez Jésus pour moi.

(1) Ezech., 33, 11.

grace a la mort de jesus-christ, la mort n'est plus pour nous un sujet de frayeur.

Notre-Seigneur Jésus-Christ, par sa mort, a pour ainsi dire dépouillé la mort de tout ce qu'elle avait d'effrayant pour nous. Qu'était-elle en effet, sinon un supplice infligé à des rebelles? Mais par la grâce et les mérites de notre Sauveur, elle est devenue un sacrifice si agréable à Dieu, qu'en unissant notre mort à la mort de Jésus-Christ, nous nous rendons dignesde jouir de lagloire dont Dieu jouit lui-même; nous méritons de l'entendre un jour nous dire : Intra in gaudium Domini lui (1). « Entrez dans la joie de votre Seigneur. »

Ainsi, grâce à la mort de Jésus-Christ, notre mort a cessé d'être un sujet de frayeur et d'appréhension. Notre divin Sauveur l'a pour ainsi dire transformée. Du danger de nous perdre éternellement, elle nous fait passer à l'assurance d'une félicité éternelle ; des misères de cette vie, elle nous fait passer aux délices ineffables du paradis. De là vient que les justes regardent la mort non avec crainte, mais avec joie, que même ils la désirent. Ceux qui aiment Jésus crucifié, dit saint Augustin, supportent la vie avec patience et accueillent la mort avec joie « patienter viviint, delectabiliter monuntur{^l). » C'est un fait d'expérience : les personnes vertueuses, dont la vie est le plus traversée par des persécutions, des tentations, des peines d'esprit ou d'autres accidents fâcheux, sont celles que Jésus crucifié console le plus dans leurs der-

(i) .Va«A., 25, 21.

(2) In. /, 70., tr. 9.

niers moments. Aussi les voit-on d'ordinaire affronter avec beaucoup de calme toutes les terreurs et les angoisses de la mort. Sans doute on lit dans riiistoire de plusieurs saints, qu'ils ont éprouvé beaucoup d'appréhension au moment de la mort; mais ce sont des exceptions, et le seigneur l'a ainsi permis pour augmenter leurs mérites; car plus leur sacrifice fut pénible, plu^aussi fut-il précieux aux yeux de Dieu et fécond en mérites pour l'éternité. — Oh! combien la mort devait être plus amère, même pour les justes, avant la mort de Jésus-Christ.

Ames chrétiennes! tant que nous sommes sur cette terre, vivons de telle sorte que [nous puissions regarder la mort non comme un malheur, mais comme la fin de notre pèlerinage si plein d'angoisses et de périls, et comme la porte de l'éternelle béatitude où nous espérons entrer un jour par les mérites de Jésus-Christ.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Jésus mon Sauveur! ô vous, qui pour me mériter une bonne mort avez choisi une mort si douloureuse et si désolée, daignez m'accueillir favorablement : je me jette avec confiance dans les bras de votre miséricorde. Depuis bien des années déjà je devrais, en punition de mes péchés, me trouver en enfer, à jamais séparé de vous; mais vous, au lieu de me traiter comme je le méritais, vous m'avez appelé à la pénitence, et déjà, j'en ai la confiance, vous m'avez pardonné; si cependant par ma faute je n'ai pas encore obtenu mon pardon, accordez-le moi, ô mon Dieu, maintenant que, prosterné à vos pieds, le cœur contrit, j'implore

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volro miséricordo. Mon Jùsiis, je voudrais mourir de douleur au souvenir des injures dont je me suis rendu coupable envers vous. Mon espérance est dans votre sang. 0 sang de Jésus innocent, purifiez de ses fautes un pécheur qui se repent. « 0 sanguis Innocenlis ! lava cu/jjas pœnileulis. »

Pardonnez-moi, Seigneur, et aidez-moi à vous aimer de toutes mes forces jusqu'à ma mort; et quand viendra mon heure dernière, faites que je meure brûlant du feu sacré de votre amour, pour continuer de vous aimer éternellement. Dès à présent j'unis ma mort à votre sainte mort, par laquelle j'espère me sauver. « En vous je me confie. Seigneur, je ne serai pas confondu à jamais. » In ic Domine speravi, non confundar in œlernum.

0 puissante Mère de Dieu, après Jésus vous êtes mon espérance, priez pour moi, et je ne ^erai pas confondu.

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