L\ MORT DE JÉSUS EST UNE SOURCE AROXDANTE DE GRACES
Haurictis ar/uas in gaudio de fontibus salvatoris; ni dicnlis in illa die : confUemini Domino, et invoc.ale nomen ejus (2). a Vous puiserez avec joie, dit Isaïe, aux fontaines du Sauveur, et vous direz alors : chantez les louanges du Seigneur et invoquez son nom. )• Les plaies de Jésus-Christ sont les heureuses sources d'où découlent pour nous toutes les grâces; et nous sommes assurés de les obtenir si nous les demandons avec foi. Oui, ajoute le prophète JoiU, « il sortira de la maison
(l) Ps., 30. 2.
du Seigneur, c'est-à-dire du corps sacré de Jésus- Christ, une source qui remplira le torrent des épines. » Et fons de domo JJomini egredietur, et irrigabit torrentem spinarum (1). La mort de Jésus est bien cette source promise, qui a inondé nos âmes des eaux de la grâce et qui, par sa vertu puissante, a changé les épines du péché en fleurs et en fruits de vie éternelle.
En effet, dit saint Paul, notre divin Sauveur, dans son amour pour nous, s'est fait pauvre en ce monde afin de -pouvoir, par les mérites de sa pauvreté volontaire, nous procurer abondamment les richesses surnaturelles de la grâce (2). Le péché nous avait rendus ignorants, injustes, pervers, esclaves de l'enfer; mais Jésus-Christ, en mourant et en satisfaisant pour nous, s'est fait notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption. Factus est nobis sapientia a DeOy et justitia, et sanctificatio, et redemptio (3). Écoutons le commentaire de saint Bernard : « Il s'est fait notre sagesse en nous instruisant, notre justice en nous pardonnant, notre sainteté en nous édifiant par les exemples de sa sainte vie, et notre rédemption en .nous délivrant par sa Passion de l'esclavage de Satan (4) ». Bref, conclut l'apôtre, les mérites de Jésus-Christ nous ont enrichis de tout bien, tellement qu'il ne nous manque plus aucun moyen d'obtenir toutes les
(\) Joël., 3, 18.
(2) Propter vos egenus factus est, cum esset dives, ut illius inopia vos divites essetis. (//. Cor., 8, 9.)
(3) /. Cor., 1, 30.
(4) Sapientia in prredicatione, justitia in absolutione, sanctificatio in conversatione, redemptio in passions. {In Cant. 5, 22.)
grâces. In omnibus dloiles fucll cslU in illo... ita ut lùhil vobis desil in ulla gralia (i).
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon Jésus, mon Jésus, combien votre sainte Passion relève mes espérances! Mon bien-aimé Seigneur, que ne vous dois-je pas pour un si éclatant témoignage de votre amour infini! Oh! que ne vous ai-je jamais offensé î De grâce, pardonnez-moi toutes les injures que je vous ai faites ; embrasez-moi entièrement de votre amour, et sauvez-moi pour Téternité. Mais, comment pourrais-je craindre de ne pas obtenir mon pardon, mon salut et toutes les grâces, d'un Dieu toutpuissant qui m'a aimé jusqu'à me donner tout son sang et tous ses mérites?
0 Jésus mon espérance, pour ne pas me perdre vous avez bien voulu perdre la vie : à Dieu ne plaise que par ma faute je vienne encore à vous perdre, vous qui otcs un bien inlini! Si je vous ai perdu autrefois, je le regrette et je m'en repens, car c'est en vous offensant que je vous ai perdu. Pour l'avenir, je ne veux plus vous perdre, mais il faut que vous m'aidiez à conserver votre grâce dans mon cœur. Viendra le temps où l'enfer me livrera ses plus violents assauts : c'est lorsque je serai sur le point de quitter ce monde pour entrer dans l'éternité; alors surtout j'aurai besoin de votre secours. 0 bon Sauveur, dès maintenant je vous le demande et je l'espère. Oui, la mort cruelle ( t désolée que vous avez endurée pour moi, me fait
(1) /. Cor., 1, 5,
espérer de mourir en état de grâce et embrasé d'un grand amour pour vous. Seigneur, je vous aime et je veux toujours vous aimer.
0 Marie, après Jésus vous êtes mon espérance ; dites seulement à votre divin Fils que vous me protégez, et je serai sauvé.
JÉSUS EST d'autant PLUS DISPOSE A NOUS SE- COURIR, qu'il a voulu ressentir LUI-MÊME TOUTES NOS SOUFFRANCES.
En prenant sur lui les misères de notre humanité, Jésus-Christ nous a mérité une force qui supplée abondamment à notre faiblesse. Nous n'avons pasy dit saint Paul, un Pontife qui ne puisse compatir à toutes nos misères, puisqu'il les connaît, les ayant lui-même éprouvées toutes, hormis le péché (1). Oui, Jésus nous ayant été semblable dans Tépreuvo, est plus porté à compatir aux misères de la pauvre humanité. Aussi TApôtre nous exhorte-t-il à recourir avec conflance au trône de la grâce, qui est la Croix, pour obtenir notre pardon ainsi que toutes les gïâces dont nous pouvons avoir besoin. Adeamus aum fiducia ad thronum gratiœ, ut misericordiam consequamur, et grâtiam inveniamus in auxilio opportuno.
Dans le jardin de Gethsémani, la nuit qui précéda sa mort, Jésus-Christ voulut être en proie à
(1} Non habemiis Pontiflcem qui non possit compati inûrmitatibus nostris, tantatum autem per omnia pro siaiilitudine, absque peccato. {Heh.^ 4, 15.)
(2) mu., 16.
la crainte, à l'ennui, à la tristesse. Pourquoi? pour nous mériter le courage de résister à la perversité du monde, le courage de surmonter l'ennui et le découragement dans l'oraison, dans les mortifications et autres exercices de piété, la force de souffrir en paix la tristesse qui nous envahit dans les adversités.
Durant sa cruelle agonie dans ce môme jardin, Jésus voit un à un tous les supplices qui l'attendent et la mort désolée qu'il lui faut endurer sur la croix. Il en est tellement effrayé dans son âme et abattu dans son corps, qu'il supplie son divin Père d'éloigner de ses lèvres ce calice d'amertume; mais soudain il ajoute : « Cependant, mon Père, que votre volonté se fasse et non la mienne. » Jusqu'à trois fois durant sa longue oraison, il répète les mômes paroles : <c Mon Père, que votre volonté se fasse et non la mienne. » Non mea volunias sed tua fiât (1). Par ce fiât si plein de résignation, Jésus nous a mérité et obtenu la résignation dans tout ce qui nous arrive de fâcheux. Ce fiât valut aux martyrs et aux confesseurs de la foi la force de résister à toutes les persécutions des hommes et des démons comme à la cruauté des tyrans. Par l'horreur qu'il ressentit de nos péchés, Jésus nous en mérita la contrition, et par son abandon sur la croix, la grûce de ne pas nous décourager dans les désolations et les aridités spirituelles. En inclinant la tôte au moment d'expirer, pour obéir à la volonté de son Père, ce bon Sauveur nous a mérité toutes les victoires que nous remportons sur nos passions et les tentations du démon, ainsi que la patience
(1) Luc, 22, 42.
dans les adversités de cette vie, principalement dans les angoisses qui accompagnent notre mort. En résumé, Jésus a pris sur lui toutes nos misères, pour nous obtenir la grâce de tout supporter avec un grand courage et une ferme constance.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon cher Sauveur, j'ai la conliance que vous m'avez pardonné tous mes péchés. Le souvenir de mes infidélités passées me fait encore craindre pour l'avenir; mais cette crainte elle-même augmente ma confiance ; car, connaissant ma faiblesse, je vois que je ne puis compter sur moi-même ni sur mes résolutions; et ainsi de vous seul j'attends avec confiance la force de vous être fidèle.
Ce qui m'effraie pour l'avenir, c'est que j'ignore encore si je serai sauvé ou damné; mfiis quand je vous considère mort sur la croix pour mon salut, ô mon bien-aimé Jésus, un doux espoir me console et me dit que je ne cesserai jamais de vous aimer, ni en cette vie ni en l'autre ; elle m'assure que je me trouverai un jour dans le royaume de l'amour, où je vous aimerai sans mesure et sans aucune crainte'de vous perdre, durant toute l'éternité.
Quant au présent, je ne sais non plus si je suis digne d'amour ou de haine, mais j'éprouve en ce moment une vive horreur du péché. Je me sens disposé à souffrir la mort la plus cruelle plutôt que de perdre votre grâce; j'éprouve en outre un vif désir de vous aimer et d'être tout à vous : ce sont là autant de dons de votre infinie bonté, autant de marques de votre amour. Si donc j'ai sujet de craindre à cause de mes péchés, j'ai bien plus sujet
de me confier en votre bonté, vu les effets de votre miséricorde dans mon âme. Je m'abandonne entre vos mains, entre ces mains percées de clous sur la croix pour me racheter de l'enfer. In manus tuas commendo spiritum meum (1). « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. »
0 vierge sainte, ô Mère de Dieu, obtenez-moi une confiance sans borne dans les mérites de Jésus-Christ.
EN NOUS APPUYANT SUR JESUS CRUCIFIÉ, NOUS TRIOMPHERONS DE TOUTES LES TENTATIONS.
Le Seigneur, dit saint Bernard, rend toutpuissants ceux qui mettent en lui toute leur confiance. Une âme qui ne présume point de ses propres forces, mais qui est fortiflée par Jésus- Christ, pourra devenir tellement maîtresse d'ellemême, qu'elle ne se laissera dominer par aucune passion. Quiconque s'appuie sur Jésus sera ferme dans la lutte, et il n'est pas de violence, de fraude, de séduction qui puisse l'abattre (2).
Saint Paul pria Dieu par trois fois de le délivrer d'une tentation qui le molestait; il en reçut cette réponse : suffîcit tibi graiia mca; nam virtus in infîrmitate perficitur (3). « Ma grâce te suffît, la vertu se perfectionne dans la faiblesse. » Mais
(1) Ps., 30, 6.
(2) Omnipotentes facit omnes mii in se sperant. — Ita animiis, si non pi\'esinnat de se, sea confortetur a Verbo, poterit dorninari sui, ut non doniinetur ei omnis iniquitas. Ita Verho innixum nulla vis, nulla fraus, nulla illecehra, poterit stantem dejirere. [/n ctnit., 3, 85.)
(3) //. Cor., 12, 9.
comment la vertu peut-elle se perfectionner dans la faiblesse? Par ces paroles le Seigneur voulait faire entendre à l'Apôtre et à nous tous, que plus nous reconnaissons notre faiblesse et notre inclination au mal, plus nous sentons le besoin de mettre en Dieu toute notre confiance, et alors, dans la même mesure Dieu nous communique sa force divine. C'est pourquoi l'Apôtre ajoute immédiatement : Je me glorifierai donc volontiers dans ma faiblesse, puisque ainsi la vertu de Jésus-Christ doit s'affermir en moi. Je me plais conséquemment dans mon infirmité, dans les mépris, les persécutions, la pauvreté et toutes les épreuves que f endurerai pour Jésus-Christ; car plus je me sens faible p)ar moi-même, plus je suis fort par la grâce de Jésus- Christ (1).
Saint Paul dit encore : La croix est une folie aux yeux de ceux qui suivent la voie de la perdition; mais pour nous qui marchons dans la voie du salut, elle est la vertu de Dieu, (2) notre plus ferme appui. Ces paroles nous engagent à ne pas imiter les mondains : ceux-ci se confient dans leurs richesses, leurs parents, leurs amis, et ils regardent comme des insensés les saints, qui font peu de cas de ces appuis terrestres. L'Apôtre veut qu'à l'exemple de ces derniers nous placions toutes nos espérances dans l'amour de la croix, c'est-à-dire
(1) Libenter igitur gloriabor in infirmitatibus meis, ut inhabitet in me \irtiis Christi... Propter qiiod placeo mihi in infirmitatibus meis, in contumeliis, in necessitatibus, in persecutionibus, in angustiis, pro Cliiisto : cum enim infirmer, tune potens sum. (// Cor., 12, 10.)
(2) Verbum enim crucis pereuntlbus quidem stiiltitia est; ils aiitem qui salvi ftunt, idestnobis, Dei virtus est. (/. Cor., 1,18.)
(le Jésus crucifié, qui procure tous les vrais biens à quiconque se confie en lui.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
« Le Seigneur est ma lumière et mon salut, disait David, qui pourrais-je craindre? » Dominus illmninatio mea et salus mea : quem limeho (1)? 0 mon Sauveur crucifié, je ne crains pas de perdre mes biens, mes parents, ni même la vie ; je crains seulement de ne plus vous aimer et de n'être plus aimé de vous; je crains de vous déplaire et de perdre votre grâce. Mais vous êtes mon espérance; je vous prie de conserver dans mon cœur votre saint amour; aidez-moi à tout sacrifier pour vous plaire en toutes circonstances. Je vous aime, mon Jésus, je vous aime et je prends la ferme résolution de perdre tout plutôt que votre grâce. Je suis faible, mais vous êtes fort; votre force me rendra fort contre tous mes ennemis. Je l'espère par les mérites de votre Passion.
0 mon bon Maître, augmentez en moi la crainte de vous déplaire. Je tremble à la vue de mes infidélités passées; mais vos mérites et les grâces nombreuses que vous m'avez déjà octroyées me rendent la confiance. Vous qui avez été si miséricordieux envers moi quand je ne pensais pas à vous aimer, vous ne m'abandonnerez pas maintenant que je vous aime. Je ne compte pas sur mes propres forces, car je sais par expérience ce qu'elles valent; je m'appuie uniquement sur votre bonté, et j'ai la ferme espérance de ne plus jamais ino voir séparé de vous.
(1) Ps„ :i(i, 1.
' Quel bonheur pour moi, mon Jésus, si j'étais assuré de ne jamais plus vous perdre à l'avenir et de vous aimer toujours! Mais je me résigne à votre divine volonté, qui exige, pour mon bien, que je vive dans cette incertitude jusqu'à la mort, afin que je m'efforce continuellement de resserrer les liens qui m'attachent à vous et que jamais je ne cesse de vous adresser cette prière : Ne pennillas me sepaimri a te. « Seigneur, ne permettez pas que je me sépare de vous. » Je vous le dis en ce moment, mon Jésus, et j'espère le répéter sans cesse : ne permettez pas que je me sépare de vous! ne permettez pas que je me sépare de vous!
0 Vierge sainte, Marie, ne permettez pas que je me sépare jamais de Dieu par le péché.