‹ Le divin Sauveur (volume 2)Chapitre 33 sur 65 · JÉSUS-CHRIST A MÉUITÉ POUR NOUS LE CIEL · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST A MÉUITÉ POUR NOUS LE CIEL

Saint Bernard, au cours d'une maladie, se vit transporté au tribunal de Dieu. Le démon accusateur, énumérant tout ce qu'il appelait les péchés de l'accusé, concluait qu'il était loin de mériter le ciel. c< C'est vrai, dit le saint, je ne mérite pas le ciel; mais Jésus-Christ le possède à un double titre : et par sa naissance comme vrai Fils do Dieu, et par justice l'ayant acheté de son sang. Le premier lui suffit, et il veut bien me céder le second : j'ai donc raison de demander et d'espérer le ciel. » Tous nous pouvons tenir le même langage puisque, comme l'enseigne saint Paul, Jésus-Christ a voulu mourir accablé de douleur pour obtenir le ciel à tous les pécheurs repentants et résolus de se corriger : El consummatus factus est omnibus ohtonperantibus sibi causa salutis œternœ (1). « Par ^on sacrifice, il est devenu cause efficace de snlut ])()ur tous ceux qui lui sont fidèles. »

Courons donc, ajoute TApùtre, courons au combat i/ui nous est proposé] dans la lullCy ne perdons ■jamais de vue l'auteur et le consommateur de notre foi, qui, dédaignant les joies qu'on offrait à so)i choix, embrassa la croix, méprisant aussi bien V opprobre de son supplice (2). Suivons ce conseil, luttons avec courage contre nos ennemis, mais ttmons sans cesse les yeux fixés sur Jésus-Christ,

(Ij Hef)., 5, 9.

(2) (airramiis ad propositum nobis ccrtamen, aspicientos in auctorom Moi et consuminaton'in Josum, «[ui propositosihi Kiiudio sustinuit crucem, conlusione contemptn. [Ileb ,12, l.)

puisque, en vertu des mériles de sa Passion, il nous promet la victoire et la couronne de gloire éternelle. Après sa glorieuse résurrection le Sauveur est monté au ciel, afin de nous y préparer une place; et là, il ne cesse de dire à son Père qu'il nous veut avec lui, qu'il n'a souffert et n'est mort que pour nous mériter le ciel.

Quand donc le pécheur s'est par sa faute condamné à l'enfer, dit saint Anselme, quand il a perdu tout espoir de se soustraire par lui-môme à l'éternel supplice. Dieu le Père pourrait-il lui montrer plus de miséricorde qu'en lui disant : Prends mon Fils et offre-le moi pour ta rançon? Et le Fils de Dieu, pourrait-il témoigner plus d'amour à ce pécheur qu'en lui disant : Prends moi, offre-moi à mon Père, et délivre-toi de l'enfer (1)?

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon tendre Père, je vous remercie de m'avoir donné votre Fils unique pour mon Sauveur. Que vous rendrai-je, ô mon Dieu, pauvre comme je le suis, en reconnaissance du don si précieux de votre divin Fils? Je dirai avec David : Dominus retribiiet pro me (2). Seigneur, je n'ai de moi-même rien qui soit digne de vous; votre divin Fils peut seul vous remercier dignement; qu'il vous remercie donc pour moi. Je vous offre sa mort, et par ses mérites je vous demande miséricorde.

Pour vous, ô mon Rédempteur, je veux vous

(1) Quid misericordiiis intelligi valet, quam ciim peccatori unde se redimat non habenti, Deus Pater dicit : accipe Unigenitiim meam et da pro te; et ipse Filins : Toile me et redime te? {Car. l). II. 1. 2, c. 20.)

(2) Ps., 137, 8.

rendre de continuelles actions de grâces, car c'est afin de me délivrer de la mort éternelle que vous avez donné votre sang et votre vie. Venez donc au secours de vos serviteurs rebelles, puisque vous les avez rachetés à un si haut prix. 0 Jésus, mon unique espérance, vous m'aimez et vous êtes toutpuissant; faites de moi un saint. Je suis faible : fortifiez-moi. Mes péchés m'ont rendu bien malade : laissez couler sur mon âme une goutte de votre sang divin et guérissez-moi. Donnez-moi votre amour et la persévérance finale; faites que je meure dans votre grâce. Accordez-moi le paradis : c'est par vos mérites que je le demande et que j'espère l'obtenir. Je vous aime, ô Dieu souverainement aimable, je vous aime de toute mon âme, et j'espère vous aimer éternellement. Aidez un pauvre pécheur qui désire vous aimer, vous aimer sans cesse en cette vie, pour vous aimer sans cesse en Paradis.

0 Marie, vous êtes toute-puissante sur le cœur (le Dieu; offrez-lui le sang de votre divin Fils, obtenez-moi miséricorde et conduisez-moi au ciel.

par sa mort jesus-christ nous a dkliyrks 1)1-: l'enfer.

Que nous serions malheureux, si Jésus-Christ n'était pas mort pour nous; tous nous serions condamnés à l'enfer, car nul d'entre nous n'oserait dire : je n'ai pas mérité l'enfer? Comme elle devrait donc nous faire aimer Jésus-Christ, cette

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pensée : Par sa mort, par l'efFusion de son sang, il m'a délivré de Tenfer.

Jetons un rapide coup d'œil sur les peines que souffrent tléjà tant de malheureux réprouvés. Les voilà plongés dans un océan de feu, où ils endurent une perpétuelle agonie, car ce feu vengeur leur fait éprouver des tourments de tout genre. Là, ils gémissent sous les pieds des démons, qui, pleins d'une fureur insatiable, ne cherchent qu'à les tourmenter. Là, plus encore que par le feu et tous les autres supplices, ils sont torturés par les remords de leur conscience et par le souvenir des péchés qui ont été la cause de leur damnation. Là, à jamais privés de tout moyen de sortir de leur horrible cachot, ils se voient bannis de la société des saints et de la céleste patrie, pour laquelle ils étaient créés. Mais ce qui les afflige le plus, ce qui fait surtout leur enfer, c'est de se voir abandonnés de Dieu, dans l'impossibilité de l'aimer, et forcés de n'avoir, pour la Bonté môme, d'autre sentiment que celui de la haine renforcée par le désespoir.

Tel est l'enfer, dont Jésus-Christ nous a préservés en nous rachetant, non pas au prix de l'or ou d'autres richesses terrestres, comme dit saint Laurent Justinien, mais au prix de son sang et de sa vie sacrifiée sur la croix (1). Les rois de la terre envoient leurs sujets mourir à la guerre pour la conservation de leur vie ou de leur trône. Notre Seigneur, au contraire, a voulu mourir lui-même pour le salut de ses créatures. Quelle consolation pour le pécheur repentant, de pouvoir offrir au Père

(1) Non pro te dodit aunim, non prjrdi.i, sod proprium cruorcm, in crucis moriendo patibulo. [De Cont. m. c. ",.)

éternel son divin Fils Jésus-Christ, et par cette ofl'rande d'un prix infini se délivrer de Tenferl

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Mon Jésus, vous vous êtes donc chargé de tous mes péchés ; vous avez offert votre personne sacrée votre divin Père pour les expier dans la souffrance, et vous m'avez, par votre mort, délivré de la mort éternelle. Vous avez retiré mon âme de V abîme de l'enfer où elle allait périr; vous avez jeté bien loin de vous tous mes péchés (1). Au lieu de me punir des injures que j'avais multipliées contre vous, ù mon Amour, vous avez multiplié vos grâces et vos miséricordes envers moi, pour gagner mon cœur. Mon Jésus, je cesse de vous résister ; en ce moment môme je vous consacre tout mon cœur et je vous aime de toute mon âme. Eh! si je ne vous aime pas, qui donc vous aimera? Le premier péché que je vous demande de me pardonner, ô mon Sauveur, c'est d'avoir passé tant d'années sur la terre sans vous aimer. A l'avenir, je ne veux rien négliger de ce qui pourra vous être agréable.

Par votre grâce, j'éprouve un grand désir de me détacher de toutes choses créées et de vivre pour vous seul; je ressens en outre un vif regret des déplaisirs que je vous ai causés : ce désir et ce regret, je le reconnais, mon Jésus, sont des dons fie votre bonté. Continuez, ô mon Amour, de me maintenir dans la lidélité à vous aimer, car vous savez combien je suis faible. Faites que je sois tout à vous comme vous avez daigné être tout à moi. Je

(l) Projecistl post tergiim tuum omnia peccata mea. (/s.,

vous aime, mon unique bien; je vous aime, mon unique amour; je vous aime, mon trésor et mon tout. Mon Jésus, je vous aime, je vous aime, je vous aime.

0 Mère de Dieu, assistez-moi, priez pour moi.

PAR LES MÉRITES DE JESUS-CHRIST, NOUS POU- VONS OBTENIR LE PARDON DE NOS PECHES.

C'est pour obtenir le pardon aux pécheurs, que le Fils de Dieu est descendu sur la terre. Luimême nous le dit : Venit Filius hominis salvaie quod perierat [i). « Le Fils de l'homme est venu sauver ce qui avait péri. » Lorsque saint Jean- Baptiste annonça officiellement aux Juifs la présence du Messie qu'ils attendaient, il s'exprima ainsi en le désignant : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi (2). « Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde. » Il dit : V Agneau de Dieu, avec l'article défini ; ce qui veut dire : Voici ce divin Agneau tant de fois annoncé et préfiguré, celui dont Isaïe a écrit : « Il sera muet comme un agneau entre les mains de celui qui le tond. » Quasi agnus coram tondenle se obmutescet (3). Voici celui qui a dit par la bouche de Jérémie : « Je suis comme un tendre agneau qu'on porte à la boucherie. » Ego quasi agnus mansuelus, qui porlalur ad victimam (4). Voici celui que flgu-

1) Malih., 18, II.

2 Jo., 1, 29.

4) Jet'., 11, 19.

raient et Tagneau pascal, et Tagneau que Ton immolait chaque matin en holocauste, et Tagneau que Ton olîrait chaque soir à Dieu pour les péchés du peuple. — Mais toutes ces victimes n'étaient pas capables d'efïacer un seul péché ; elles servaient seulement à figurer le sacrifice de l'Agneau divin, qui devait laver nos âmes dans son sang et les délivrer par ce moyen tant de la tache du péché que delà peine éternelle encourue par le péché. Tel est le sens de la parole de saint Jean-Baptiste : Eccn qui tollit peccatum mundi. « Voici celui qui ôte le péché du monde. » Le Verbe divin en se faisant homme avait voulu payer de son sang la dette que nous avions contractée envers la souveraine justice. « Dieu, dit Isaïe, a mis sur lui l'iniquité de nous tous. » Posuit iJeus in eo iniquitatem omnium nostrum (5).

Combien donc nous sommes étroitement obligés envers ce généreux Rédempteur! Si un condamné à mort était conduit au supplice la corde au cou et qu'un ami s'approchant le délivrât du lacet fatal, se le passât au cou et mourût à la place du criminel, combien ce dernier ne lui devrait-il pas de reconnaissance et d'affection ! Eh bien ! voilà ce que Jésus-Christ a fait pour nous : il est mort sur la croix pour nous délivrer do la mort éternelle.

AFFECTIONS ET l'RIÈRES.

<) précieux sang de mon Sauveur, vous êtes mon cspératiceî « 0 sang de l'Innocent, lavez les souillures d'un pécheur qui se repent. » 0 Sanguis

Innocentis, lava sordes pœnilenlis. Après m'avoir entraîné à vous offenser, ô mon Jésus, mes ennemis me disent maintenant que je n'ai rien à espérer de vous, qu'il n'y a plus de salut pour moi. Multi dicunl animie meœ : 7Vo« est salus ipsi in Deo ejus (1). Mais, plein de confiance dans le sang que vous avez répandu pour moi, je vous dirai avec David : Domine, susceptor meus es (2). « Seigneur, vous êtes mon refuge. » Mes ennemis m'épouvantent en me disant qu'après tant de péchés j'aurais en vain recours à vous, que je serais repoussé. Pour moi, je lis dans saint Jean votre promesse de ne point rejeter celui qui revient à vous : Eum qui venit ad me non ejiciam foras (3). Je recours donc à vous plein de confiance et je redis avec la sainte Église : Je ergo, quœsumus, famulis tuis subvenir quos pretioso sanguine redemisti. <.< Nous vous en supplions : venez en aide à vos serviteurs, que vous avez rachetés par votre précieux sang. » Vous, mon Sauveur, qui, pour ne pas me voir perdu à jamais, avez répandu tout votre sang au sein des douleurs et avec tant d'amour, ayez pitié de moi, pardonnezmoi, sauvez-moi.

0 Marie, le sang de Jésus est votre sang : demandez à votre divin Fils que par ce sang très pur il daigne puriiier mon âme.

(n Ps.. X 3.

{'à] IhitL, 4.

(3) Jo., 6. 37.

JÉSUS-CHRIST APPELLE A LUI TOUS LES PE- CHEURS POUR LEUR FAIRE MISERICORDE.

Vanité ad me omnes qui laboralis et onerafi estis, et ego reficiam vos (1). Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes accablés, et je vous soulagerai. » Écoutons Jésus qui, du haut de la croix où il est attaché et de Tautel où il demeure sous les voiles du sacrement, nous appelle à lui, nous, pauvres pécheurs mais pécheurs repentants, pour nous consoler et nous enrichir de ses grâces. Oh I quels grands mystères d'espérance et d'amour, que Jésus crucifié et Jésus dans l'Eucharistie 1 mystères que nous n'aurions jamais soupçonnés, si la foi ne nous en donnait la certitude. Un Dieu, vouloir répandre tout son sang jusqu'à la dernière goutte pour expier nos péchés! De fait, c'est bien ce que signifient les paroles mêmes de Jésus- Christ instituant la sainte Eucharistie : Hic est sniifjuis meus, qui pro mullis c/fundelur (2). * Ceci (3st mon sang, qui sera répandu pour un grand nombre. » Un Dieu, vouloir en outre nous donner comme aliment de nos âmes son propre corps, ce même corps qu'il a un jour immolé sur la croix pour notre salut I Ces deux grands mystères ne devraient-ils pas attendrir les cœurs les plus durs, cl consoler les pécheurs les plus désespérés?

L'Apôtre nous assure (ju'en Jésus-Christ nous possédons tous les biens : In omnibus divines f'ncii

(1) MuLlh., Il, 28.

(2) MilUh., 26, 28.

estis in illo... Ha ul nihil vobis desil in ulla gratia (i). « En lui, vous avez été enrichis de tous les biens, de sorte qu'aucune grâce ne puisse vous faire défaut. » Pour obtenir quelque grâce que ce soit, il suffît donc que nous la demandions à ce Dieu infiniment bon et miséricordieux. Il a luimême promis de combler de ses dons quiconque le prie. C'est l'assurance que nous donne l'Apôtre, quand il appelle Dieu l'être infiniment riche et prodigue de ses dons envers tous ceux qui le prient : Bives in omnes qui invocant illum (2). Allons donc avec confiance au trône de la grâce, sûrs que nous sommes d'y trouver la miséricorde et le pardon de tous nos péchés.

0 mon Sauveur, si je ne considère que mes péchés et toutes les infidélités dont je me suis rendu coupable envers vous, j'ai tout lieu de désespérer de mon pardon; mais si je considère les témoignages de votre miséricorde et de votre amour envers les pauvres pécheurs, alors j'ai beaucoup plus de raisons de me confier en votre bonté. Mon Père, je vous ai quitté comme un fils ingrat, mais maintenant, pénétré de regret et attendri à la vue de votre grande miséricorde envers moi, je reviens à vos pieds. Je m'humilie devant vous et je vous dis : Mon Père y je ne stiis pas digne d'être appelé votre fi/s (3). Mais vous nous

(1) /. Cor., {, ri.

2) Rom., 10, 12.

3) Luc., 15, 21;

avez appris que la conversion d'un seul pécheur est un grand sujet de joie pour le ciel : Gaudium erit in cœlo super uno peccatore pœnitentiam agenle (1). Eh bien! je renonce à tout et je reviens à vous, ô Jésus crucifié, ô mon Père. Je me repens de tout mon cœur de vous avoir outragé, en me séparant de vous par le péché. Rendez-moi vos bonnes grâces, et enflammez-moi de votre saint amour alin que je ne vous quitte plus.

« Je suis venu, avez-vous dit, pour que les hommes aient la vie, et qu'ils l'aient surabondamment. » Veni ut vitam habeanty et abundantius haheant (2). Appuyé sur cette promesse, j'attends de vous non seulement la grâce dont je jouissaisavant de vous ofTenser, mais une grâce plus abondante, qui m'embrase de votre saint amour. Que ne puis-je, 6 mon Dieu, vous aimer autant que vous le méritez! Je vous aime par-dessus tous les biens, je vous aime plus que moi-môme, je vous aime de tout mon cœur, et je désire aller îiu ciel pour nous aimer éternellement. Qu'y a-t-il pour moi au ciel, et en dehors de vous que puis-je désirer sur la terre?... vous êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour V éternité (3). Oui, ô Jésus, vous les le Dieu de mon cœur; prenez-en pleine possession; gardez-le bien, bannissez-en toute aft'ection qui ne vous aurait pas pour fin. Vous <Hes mon unique trésor, mon unique amour. Je ne veux que vous et rien de plus.

(1) Luc, lo, 7.

(2 Jo., 10, 10.

(3) Quideniiii niihi ost in cœlo? et u to quid volui super U'irain?... Deus cordis mei, et pars mea, Deus iii .Pternum.

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