LA PASSION DE JESUS-CHRIST FAIT NOTRE FORCE ANOS DERNIERS MOMENTS
Bien amères sont les angoisses que l'on souffre au moment de la mort. Jésus-Christ seul peut nous donner la constance nécessaire pour les supporter patiemment et avec fruit. Les attaques des
démons sont alors plus redoutables que jamais , l'enfer, considérant que c'est la lutte décisive dont l'enjeu est l'éternité, multiplie les efforts pour nous perdre à jamais. Saint Elzéar avait passé une longue vie dans la plus stricte fidélité au service de Dieu ; cependant il fut, aux approches de la mort, en butte aux plus violents assauts du démon. Au milieu de cette effroyable épreuve, on l'entendit proférer ces paroles pleines de confiance : « Les tentations infernales sont terribles en ce moment; mais Jésus-Christ, par les mérites de sa Passion, émousse les traits de l'enfer et fortifie mon âme. » Aussi voyons-nous saint François d'Assise, à l'heure de sa mort, se faire lire la Passion du Sauveur. Saint Charles Borromée, étant près de mourir, fit placer autour de lui des images représentant la Passion de Jésus-Christ, afin de rendre à Dieu son âme unie à celle de Jésus souffrant et mourant pour nous.
Le Fils de Dieu a voulu mourir, dit saint Paul, pour abattre par sa mort la puissance du démon qui exerçait l'empire de la mort, nous soustraire ainsi à sa domination, et nous délivrer de la crainte de la mort éternelle. C'est pourquoi, ajoute l'apôtre, il a dû être en tout semblable à ses frères afin d'être miséricordieux...; ayant passé lui-même par la souffrance et l'épreuve, il est puissant pour venir en aide à ceux qui sont éprouvés (i). Le Seigneur a donc daigné passer par toutes les conditions et
(1) Ut per niortoiii destrueret eum qui habebat mortis inipt'rium, id ost diaholmn, rt Iib«;rjiret eos qui, timoré mortis, per totam vitam obnoxii erant scrvituti. — Uiide dchiiit por omnia fratribus similari, ut miscricors Ûerct... ; in (H) eiiim in qiio passas est iiise et tentatus, potens est et eis, qui tentantur, auxiliari. (IleO., 2, 14, 15, 17, 18.)
infirmités de la nature humaine, hormis toutefois rignorance, la concupiscence et le péché, et cela à quelle fin? C'est afin qu'éprouvant en lui-même nos misères, il devînt plus compatissant envers nous. Le Sauveur est ainsi plus disposé à nous secourir lorsque nous sommes tentés pendant la vie, et surtout au moment de la mort. Saint Augustin fait allusion à cet enseignement de TApôtre, quand il dit que s'il nous arrive d'éprouver quelque trouble à l'heure suprême, nous ne devons pas pour cela perdre confiance ni nous croire réprouvés, mais nous souvenir que le Sauveur lui-même, afin de nous prémunir contre cette tentation, a voulu être troublé en face de la mort (1).
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Jésus, mon divin Rédempteur, votre sang répandu pour moi m'inspire la confiance que vous m'avez pardonné mes péchés. J'espère aller vous en rendre d'éternelles actions de grâces au ciel. « Oui, je l'espère, je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur. » Misericordias Doinini in œternum cantabo (2). Hélas ! par le passé je suis tombé tant de fois, parce que j'ai négligé de vous demander la sainte persévérance. Je vous la demande et je vous dis : Miséricordieux Jésus, ne permettez pas que je me sépare jamais de vous; Ne permiilas me separari a te. Je prends la résolution de vous demander la persévérance tous les
(1) Si imminente morte turbaris, non te existimes reprobum, nec desperationi te abjicias; ideo enim Christus turbatus est in conspectu suae mortis.
(2) Ps.y 88, 2.
jours de ma vie, mais surtout quand je me verrai en danger de vous offenser. Je vous la demande dès maintenant, surtout pour le moment redoutable oii je devrai soutenir la dernière lutte contre les puissances de Tenfer.
Oh ! alors surtout, mon Jésus, montrez que vous êtes le vrai et unique roi de mon cœur. Conservez avec un soin jaloux une conquête qui vous a coûté si cher. Au nom et par Ips mérites de votre Passion, je vous le demande, éloignez alors de ma pauvre âme l'infernal ravisseur, tellement qu'il n'ose plus tenter d'en prendre possession. Je ne puis rien sans vous, sans le secours de votre grâce. Protégez-moi, donnez-moi la victoire, donnez-moi la persévérance finale, afin que dans le ciel, prosterné au pied de votre trône de gloire, je puisse chanter éternellement avec les saints vos infinies miséricordes.
Ma Souveraine et ma Mère, Marie, je vous en prie, par l'amour que vous portez à Jésus-Christ, obtenez-moi la grâce de la persévérance.
LA VUE DE JESUS CRUCIFIE NOUS INSPIRE CONFIANCE A l' HEURE DE LA MORT.
Ils sont bien redoutables, les derniers moments que l'homme doit passer sur la terre avant d'entrer dans son éternité. L'enfer alors met tout en œuvre pour décourager le pauvre moribond et l'entraîner dans une perte irréparable. Il lui met sous les yeux tous les péchés de sa vie, afin de l'amener par cette vue à désespérer de la divine miséricorde.
Mais, rassurons-nous : la crainte de la mort et des jugements de Dieu fera place a la confiance, si nous nous souvenons alors que Jésus-Christ a souffert et est mort précisément pour expier nos péchés et nous mériter le salut. « Par sa mort, dit saint Thomas, Jésus-Christ nous a ôté la crainte de la mort; l'homme ne la craint plus, quand il pense que pour lui le Fils de Dieu a voulu mourir (1). » Pour les impies, rien n'est plus redoutable que la mort : c'est qu'ils la regardent comme la fin de tous les biens et de toutes les joies. Les chrétiens au contraire la désirent, parce qu'ils puisent dans la mort de Jésus-Christ la ferme espérance de mourir dans la grâce de Dieu, et de passer de la mort temporelle à la vie éternelle.
Si donc le démon cherche à nous troubler, soit dans le cours de la vie, soit à l'heure de la mort, en nous représentant nos fautes passées, répondons-lui avec saint Bernard : Par moi-même je ne mérite pas le ciel; mais ce qui me manque, je le prends dans les mérites de Jésus-Christ, qui a daigné souffrir et mourir précisément pour me procurer la gloire éternelle, dont j'étais indigne (2). Ajoutons ces paroles de saint Paul, si pleines de consolations pour nous pauvres pécheurs : C'est Dieu qui justifie; qui est-ce qui pourrait alors nous condamner? Serait-ce le Christ Jésus j qui pour nous est mort et est ressuscité; serait-ce ce Jésus ^ qui, assis maintenant à la droite du Père, intercède
(i ) Christus, per mortem siiam abstiilit timorem mortis ; qiiando enini considérât honio qaod Filius Dei mori voluit, non timet mori. [In Jleb., 2, lect. 4.)
(2) Quod ex me mihi deest, usiirpo mihi ex visceribus Domini. [In Caut., 3, 61.)
sans cesse pour nous (1)? Oui, c'est Dieu lui-même qui nous pardonne nos péchés et nous justifie par sa grâce. Or, si Dieu nous rend justes, qui pourra nous condamner comme coupables? Est-ce Jésus- Christ qui nous condamnera, lui qui, pour ne pas nous condamner, s'est livré à la mort et continue d'intercéder pour nous, lui qui a versé son sang pour effacer nos péchés, nous retirer de la fange de ce monde et nous conduire au ciel?
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Seigneur mon Dieu, j'en suis bien persuadé, ce n'est qu'en suivant la voie royale de la croix, que je puis mériter d'être couronné dans le ciel; je dois souffrir, et souffrir avec patience. Mais, vous dirai-je avec David, c'est de vous-même que j'attends cette patience dont j'ai besoin. Ab ipso palientia mea .Par le passé, obéissant à vos divines inspirations, j'ai pris plusieurs fois la résolution de recevoir en paix toutes les tribulations ; mais dès qu'elles m'arrivent je m'attriste et me décourage; ou bien si je les souffre, c'est sans amour et sans mérite, parce que je ne les souffre pas pour vous plaire. Je redoute mon inconstance, surtout dans les souffrances qui doivent précéder et accompagner ma dernière agonie.
Ah! mon Jésus, par les mérites de votre palicnce h souffrir tant de peines pour mon amour, accordez-moi la grâce de supporter toutes les croix l)Our votre amour. Je vous aime de tout mon
(1) Dcus est qui justificat, quis est qui condemnet? Christus Jésus, qui mortuus est, imo qui et resurrexit, qui est ■u\ dexterain Dei, quietiain interpellât pro nohis? [Rom., 8,34.)
cœur, ô mon cher Rédempteur; je vous aime, mon souverain Bien; je vous aime, mon Amour, digne d'un amour infini. J'ai un extrême regret de vous avoir déplu. Je vous promets de recevoir avec patience toutes les peines que vous m'enverrez; mais j'attends de vous le secours nécessaire pour exécuter cette résolution, surtout pour supporter avec calme et résignation les douleurs qui accompagneront mon agonie et ma mort.
Ma céleste Reine, Marie, procurez-moi la grâce d'être vraiment résigné dans tout ce qu'il me reste à souffrir, pendant ma vie et surtout à l'heure de ma mort.
l'ami de JÉSUS CRUCIFIÉ OBTIENT LA PERSÉ- VÉRANCE ET UNE BONNE MORT.
Revenons à la confiance que nous devons avoir en Jésus-Christ. Ce bon Maître, dit saint Augustin, qui nous a rachetés à un si haut prix, au prix de son sang, ne veut certes pas que nous nous perdions. Si nos fautes nous séparent de Dieu et nous exposent à en être à jamais rejetés, notre Sauveur ne saurait mépriser le sang qu'il a répandu pour nous (1). Suivons donc avec confiance le conseil de saint Paul : Courons par la patience dans la carrière qui nous est ouverte, tenant toujours les yeux fixés sur V Auteur et le Consommateur de notre foi, Jésus, qui, pouvant jouir de toutes sortes de délices, a pris pour son partage la croix, sans se
(1) Qui nos tanto pretio rederait, non vult perire quos émit...; si peccata nostra superant nos, pretium suum non conteninit Deus. [Serm. 22, È. B.)
laisser arrêter par les humiliations qu*elle devait lui attirer (1). L'Apôtre nous dit de courir ;9ar la patience; car il nous servirait peu d'avoir bien commencé, si nous ne persévérions jusqu'à la fin de notre vie. C'est par la patience et la persévérance dans la lutte, que nous obtiendrons la victoire et la palme promise au vainqueur.
Mais, d'où nous viendra cette patience si nécessaire? — L'Apôtre répond : de notre constance à fixer nos regards sur l'auteur et le consommateur de notre foi, Jésus crucifié : Aspicientes in Auctorem fidei et Consurnmatorem Jesurn. « Si Jésus, remarque saint Augustin, a méprisé tous les biens de la terre, c'est pour nous apprendre à les mépriser; s'il a voulu au contraire souffrir tous les maux d'ici-bas, c'est qu'il voulait nous voir embrasser aussi courageusement la souffrance (2). » Oui, c'est pour cela que ce divin Maître et modèle s'est soumis à toutes les misères de cette vie, à la pauvreté, la faim et la soif, aux opprobres, aux souffrances et à la mort de la croix. Ensuite, par sa résurrection glorieuse, il a voulu nous affermir contre la crainte de la mort; car si nous lui sommes fidèles jusqu'à notre dernier soupir, nous entrerons alors dans la vie éternelle, où il n'y aura, dit saint Augustin, rien que nous ayons à redouter, où se trouvera tout ce que nous pourrons désirer.
(1) //eô., 12, 1.
(2) Omnia bona tcrrena rontempsit Christiis, ut contoninonda <lonionstrarot; oiunia tcrrena sustiiuiit niala. (jih-p sustinonila priccipifibat : ut ne(iuo in illis qu.Trcretiir félicitas neque in istis infclicitns timeretur. {De calech. ruU. c. 22.)
Il 12.
AFFECTIONS ET PRIERES
Père éternel ! ne m'abandonnez pas au pouvoir de mes ennemis. Souvenez-vous que je suis l'ouvrage de vos mains; ne permettez pas que je devienne la proie des démons. Je suis un pécheur, mais j'ai été racheté par le sang de Jésus-Christ. Regardez la Passion de votre Fils bien-aimé, dont les mérites vous demandent miséricorde pour moi. Ces mérites, ô mon Dieu, j'ose vous les offrir; par ces mérites, je vous prie de me détacher des affections terrestres et de me remplir de votre amour. Accordez-moi la grâce de mourir avec résignation, avec foi, avec confiance et tout embrasé de pur amour.
0 mon Jésus, par cet amour éternel que vous m'avez porté, faites que je vous aime tout le temps qu'il me reste à passer sur la terre, afin que je puisse vous aimer ensuite éternellement dans le ciel. 0 Dieu d'amour, faites que je ne vive plus que pour vous. Quand serai-je tout à vous, comme vous êtes tout à moi? Vous m'avez supporté jusqu'à présent afin d'être aimé de moi. Eh bien! mon Jésus, je veux vous aimer. Ah! par le sang que vous avez répandu pour moi, je vous le demande, ne permettez pas que je vous trahisse de nouveau. Tant que je vis sur la terre, je suis en danger de vous perdre. Quand donc viendra le jour où je pourrai vous dire : Mon doux Jésus, je ne puis plus vous perdre! je suis à vous et vous êtes à moi pour l'éternité. 0 mon Sauveur, faites qu'en attendant cet heureux jour, je sois tout à vous, et que je supporte tout pour vous plaire.
0 ma Mère, Marie, obtenez-moi la grâce de vivre et de mourir tout embrasé d'amour pour Jésus.
LU
JÉSUS-CHRIST A TOUJOURS POUR NOUS l'aMOUR qu'il nous portait en mourant SUR LA CROIX.
La mort de Jésus n'a pas arrêté le cours des témoignages de sa bonté à notre égard; il nous aime encore; il nous aime de ce même amour infini qui le fit descendre du ciel pour nous chercher, nous, brebis perdues, et nous racheter en mourant pour nous. On sait quelle éclatante marque d'amour le Sauveur donna à saint François Xavier, dans un de ses .voyages. Pendant une tempête, le saint missionnaire laissa tomber son crucifix dans la mer, ce qui l'affligea grandement. Arrivé sur le rivage, il désirait vivement recouvrer l'image de son bien-aimé Seigneur, lorsque, à sa grande joie et à son grand étonnement, il voit venir à lui un cancre portant le crucifix élevé entre ses serres. Xavier s'approche en versant des larmes d'attendrissement et d'amour, reçoit la sainte image et la presse sur son cœur.
Oh ! avec quel amour Jésus vient à l'âme qui le désire et le cherche, si elle le cherche avec un véritable amour! Mais peuvent-ils se flatter d'avoir le véritable amour, ceux qui refusent les croix que le Seigneur leur envoie? Ce n'est point ainsi que notre Sauveur nous a aimés. Chrislus non sibi placuil (1). « Le Christ ne s'est point recherché, »
(1) nom., 15, 3.
dit l'Apôtre; c'est-à-dire, suivant les commentateurs, il n'a pas pris pour règle de conduite sa volonté propre ou ses intérêts personnels, mais il a tout sacrifié, même sa vie, pour notre salut. Jésus-Christ a donc renoncé aux plaisirs terrestres, par amour pour nous; il a fait plus, il est allé au devant des souffrances et de la mort. Mais nous, qui prétendons aimer Jésus-Christ, l'aimons-nous de ce môme amour désintéressé, de cet amour qui se sacrifie? Saint Pierre, le martyr, avait été jeté en prison par suite d'une accusation injuste ; il s'en plaignit à Jésus-Christ, en disant : « Mais, Seigneur, qu'ai-je fait pour souffrir cette persécution? » Alors une voix sortant du crucifix lui répondit : u Et moi, Pierre, quel mal ai-je fait pour mériter d'être attaché à la croix? »
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Mon cher Sauveur! je viens de vous entendre demander quel mal vous avez fait, pour que l'on vous condamne à mourir cloué sur une croix? Ah! je le sais et je n'en puis douter : votre crime, c'est de nous avoir trop aimés, puisque cet amour vous a fait embrasser une vie si pénible, terminée par une mort si amère. Et nous, qui par nos péchés avons mérité l'enfer, nous refuserions d'accepter les souffrances que vous nous envoyez pour notre bien ! — Mon Jésus, vous êtes tout amour pour celui qui vous cherche. Aussi je ne cherche pas les douceurs spirituelles ni les consolations, mais vous seul et votre bon plaisir. Donnez-moi votre amour, et puis traitez-moi comme il vous plaît. — J'embrasse dès maintenant
toutes les croix que vous m'enverrez : pauvreté, persécutions, maladies, douleurs. Délivrez-moi seulement du péché; faites ensuite peser sur moi tous les autres maux; j'y consens : ce sera toujours bien peu, comparé aux souffrances que vous avez endurées pour mon amour.
0 Jésus, vous êtes si aimable, vous avez tant souffert pour être aimé des hommes, et après cela combien en est-il qui vous aiment? Je vois presque tous les hommes appliqués à aimer leurs parents, leurs amis, les richesses, les honneurs, les plaisirs, et jusqu'aux animaux; mais combien en est-il qui vous aiment, ô aimable Infmi? Ah! qu'il y en a peu! Tout misérable pécheur que je suis, ô mon bon Maître, je veux être de ce petit nombre. Il fut un temps où je vous fis aussi l'injure de vous abandonner, pour m'attachera des riens; mais aujourd'hui je vous estime et je vous aime plus que tous les biens; et je ne veux plus aimer que vous seul.
0 Marie, Mère de Jésus et ma Mère, demandez à votre divin Fils qu'il embrase mon cœur du feu sacré de son saint amour.