LE SAINT-SACREMENT EST LE MEMORIAL DE LA PASSION
Après avoir accompli par sa mort le grand œuvre de la Rédemption, notre très aimant Sauveur devait quitter ce monde pour retourner à son Père. Mais il ne voulait pas nous laisser seuls dans cette vallée de larmes. Que fait-il, quand il voit arriver sa dernière heure? Il institue le sacrement de l'Eucharistie, dans lequel il se laisse lui-même à nous tout entier. « Aucune langue, dit saint Pierre d'Alcantara, ne saurait exprimer la grandeur de l'amour que Jésus-Christ porte à chacune des âmes qui sont en état de grâce; c'est pourquoi, ce tendre époux de nos âmes, devant quitter la terre pour retourner au ciel, ne veut pas que son absence nous expose à l'oublier : il nous laisse ce divin sacrement de l'autel, qui n'est autre que lui-même. Ainsi, à nos âmes ses épouses chéries, le Sauveur
laisse un gage qui nous rendra sa mémoire toujours vivante; et ce gage n'est autre que luimême (i). »
C'est donc pour demeurer *avec nous, même aj^rès sa mort, même après sa glorieuse Ascension et jusqu'à la fm du monde, que Jésus-Christ institua la sainte Eucharistie, « Me voici avec vous, nous dit-il, chaque jour, et jusqu'à la fm des siècles. » Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem sœculi (2) Par cet adorable sacrement, nous dit la foi, notre divin Rédempteur réside sur les autels, dans les tabernacles, comme dans autant de prisons d'amour, où il se rend accessible à quiconque le cherche. — Mais, Seigneur, dit saint Bernard, cela ne convient pas à votre Majesté. — Jésus répond : Il suffit que cela convienne à mon amour.
Les pèlerins qui se rendent à Jérusalem éprouvent de vifs sentiments de dévotion, en visitant l'étable où naquit le Verbe incarné, le prétoire où il fut flagellé, le Calvaire où il mourut, et le sépulcre où il fut enseveli ; mais combien plus grande ne doit pas être notre dévotion à la vue d'un autel, d'un tabernacle, d'un ciboire où se trouve Jésus en personne. Le vénérable Jean d'Avila avait donc mille fois raison de dire qu'il n'y a point de sanctuaire plus capable d'attirer les âmes ferventes, qu'une église où habite Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie.
;i) De l'Or, et de la Med., p. 1, ch. 4. 2 Mailh., 28, 20
AFFECTIONS ET PRIERES
0 mon bien-aimé Jésus, ô Dieu plein d'amour pour les hommes, que pouvez-vous encore inventer pour vous faire airner de ces ingrats? Ah! certes, si les hommes vous aimaient, toutes les églises seraient continuellement remplies de généreux chrétiens qui, prosternés la face contre terre et tout brûlants d'amour, vous adoreraient et vous rendraient de continuelles actions de grâces, en considérant des yeux de la foi votre anéantissement dans le tabernacle. Mais non! ils vous oublient, vous et votre amour, pour aller peut-être faire leur cour à un homme dont ils espèrent quelque misérable faveur. Vous seul possédez les vrais biens, vous voulez nous en enrichir; mais tel est l'aveuglement des hommes, de la plupart des chrétiens, qu'ils semblent n'en faire nul cas; car ils s'éloignent de vous, ils vous délaissent.
Oh! que ne puis-je par de ferventes adorations réparer cette noire ingratitude! Je me repens d'avoir été moi-même par le passé si indiflérent et si peu reconnaissant à votre égard, ô Jésus de l'Eucharistie; et je vous promets qu'il n'en sera plus ainsi à l'avenir. Oui, mon bon Maître, je suis résolu de vous tenir compagnie autant que je le pourrai. Embrasez-moi de votre saint amour, afin que je ne vive plus désormais que pour vous aimer et pour vous plaire. Vous méritez l'amour de tous les cœurs. Si je vous ai méprisé autrefois, maintenant je ne désire plus que de vous aimer. Mon Jésus, vous êtes mon amour et tout mon bien. Deus meus et omnia.
0 Vierge sainte, o Marie, procurez-moi un grand amour envers le Saint-Sacrement.
Il" Méditation