‹ Le divin Sauveur (volume 2)Chapitre 51 sur 65 · COMBIEN JÉSUS DESIRE ENTRER DANS NOS AMES PAR LA SAINTE COMMUNION · texte numérisé non relu

COMBIEN JÉSUS DESIRE ENTRER DANS NOS AMES PAR LA SAINTE COMMUNION

Le prophète Isaïe désirait que l'on publiât dans le monde tout entier les amoureuses inventions de Die-u pour gagner les cœurs des hommes : Notas facile inpopulis adinvenliones ejus (1). Qui eût jamais imaginé un si grand prodige, si Jésus ne l'eût réalisé : un Dieu qui se rend présent sous les accidents du pain pour devenir notre nourriture ! a Ne semble-t-il pas, dit saint Augustin, que ce soit folie de dire : Mangez ma chair, buvez mon sang? (2). » La première fois que Jésus-Christ parla de ce sacrement qu'il avait l'intention de nous donner, les Juifs se dirent entre eux : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger? » Quomodo potest hic nobis carnem suam dare ad manducandum ? Quelques-uns même de ses disciples le quittaient, disant : Durus est hic sermo, et quis potest eum audire (3)? « Ces paroles sont dures, et qui peut les entendre? » Or ce que les hommes ne pouvaient imaginer ni croire, l'amour de Jésus-Christ l'a conçu et accompli.

Mais, qui pourrait dire avec quelle ardeur Jésus désire entrer dans nos âmes par la sainte communion? Lui-môme l'a fait connaître à ses apôtres la

(1) Is., 12, 4.

(2) Nonne videtiir insania : Manducate carnem meam, bibite meuni sanguinem? [In Ps. 33, en 1.)

(3) Jo., 6, 53, 61.

nuit où il institua ce sacrement (ramour : Desider'w desidei'avl hoc pasrha manducare vohisciu)i (1). « J'ai désiré ardemment, leur dit-il, de manger cette pâque avec vous. » Ces paroles, remarque saint Laurent Justinien, expriment bien l'immensité de son amour pour nous (2). — Et pour que de notre coté nous nous empressions de le recevoir à la sainte Table, il ne se contente pas de nous y inviter, de nous répéter : Veiiez^ mangez mon pain, buvez le vin que je vous ai préparé (3) ; il nous intime à ce sujet un ordre formel : Prenez et man~ gez; ceci est mon corps. Au précepte il ajoute la promesse si engageante du paradis : Celui qui )nange ma chair a la vie éternelle. — Celui qui mange ce pain vivra éternellement (4). Enfin il menace de nous exclure du ciel et de nous jeter en enfer, si nous refusons de le recevoir dans la sainte communion : Nisi manducaveritis carnem Filii hoiiihnis..,, non hahcbitis vilam in vobis (5). Toutes ces invitations, promesses et menaces, nous n'en pouvons douter, sont dictées à notre très aimant Sauveur par son vif désir de se donner à nous dans son divin Sacrement.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon àme, pourquoi est- lu si timide et si pusillanime, ([iiand ton divin Miiître te témoigne tant

(1) Luc, 25, 15.

(2) Fli»j;rîintissm.T cliarilatis est vox luec. {De Tr. Chr. Ày.^ c. 2.)

(:}) Vonite, comoditn panein nieum et bibitc vinum quod miscni vobis. {i*ro!2., 9, fi.)

(\) Qui inandncat ineani rarnem..., hnbnt vitam jpternani. — Qui luanducut huiic pancm, vivct in »'lernnni. {Jo., 0, 55. o9.)

d'amour et de bonlé? Pourquoi manques-tu de confiance? Maintenant qu'avec sa grâce tu t'es rendue digne de recevoir en toi Jésus-Christ, fais en sorte que tes sentiments répondent à ce bonheur. Confie-toi en cette immense bonté de Dieu qui se donne tout à toi. A la vérité ses jugements sont terribles lour les orgueilleux et les obstinés ; mais pour les pécheurs qui s'humilient et se repentent, avec le désir de l'aimer et de lui plaire, les jugements du Seigneur ne sont que miséricorde et bonté; ils sont dictés par un cœur tout plein de compassion et d'amour.

Écoute donc, ô mon âme, la tendre invitation de ton céleste Époux. Ouvre-moi ton cœur, ô ma colombe, ma bien-aimée, hâte-toi de m'ouvrir; ma tête est pleine de rosée, l'humidité de la nuit fait dégoutter mes cheveux (1). C'est comme s'il disait : 0 ma bien-aimée, songe que durant toute la nuit de ta mauvaise vie, j'ai attendu que tu m'ouvres la porte de ton cœur. Maintenant me voici tout à toi; au lieu de venir avec des fouets pour te châtier, je viens dans ce sacrement les cheveux chargés d'une rosée céleste, pour éteindre les funestes ardeurs qui te portent vers les créatures et pour allumer en toi l'heureuse et pure flamme de mon amour.

Mon Dieu, mon amour, mon espérance et mon tout, vous désirez que je vous reçoive : moi aussi je vous désire, et je ne vous désire que pour vous aimer, pour vous plaire, pour faire toujours votre sainte volonté. Ahl venez, mon doux Jésus, opé-

(1) Capiit meum plénum est rore, et cincinui mei guttis noctium [Cant. 5, 2.)

rez en moi tout le bien que vous me souhaitez. Je renonce à tout pour ôtre tout à vous; rendez-moi tel que vous me désirez; je me conforme entièrement à votre sainte volonté.

0 Marie, faites que j'aime Jésus-Christ et que je sois tout à lui.

COMBIEN EST INTIME l'uNION DE JESUS ET DE l'aME dans la SAINTE COMMUNION.

Notre-Seigneur Jésus-Christ désire que nous le recevions dans la sainte communion. Pourquoi? C'est, dit saint Denis, que l'amour aspire toujours et tend à l'union. « Les vrais amis, remarque saint Thomas, voudraient être unis jusqu'à ne faire plus ensemble qu'une seule personne (1). » C'est là précisément ce qu'a réalisé l'immense amour de Dieu envers nous : non content de s'unir parfaitement aux saints dans son royaume éternel, il veut dès ici-bas se donner, s'unir à nous tous de la manière la plus intime. Pour cela il se donne à nous tout entier, sous les apparences du pain dans le sacrement de l'Eucharistie. Il se tient là comme derrière un voile transparent; de sorte que, tout en restant caché à nos yeux, il nous voit; il est réellement présent, pour être toujours à môme de nous faire du bien, mais il se cache, pour se faire désirer. Jusqu'à ce que nous arrivions dans la céleste patrie, Jésus veut de cette manière se donner tout à nous et nous rester étroitement uni.

C'était trop peu pour son amour de s'être donné

(1) Amantes desiderant ex ambobus ûori unum. (1. 2. a.

Il 15

au monde par son Incarnation, sa Passion et sa mort endurée pour le salut de tous les hommes; il a voulu trouver le moyen de se donner tout entier à chacun de nous ; et pour cela, il a institué le Sacrement de l'autel, par le moyen duquel il s'unit intimement et entièrement à chaque fidèle en particulier. « Celui qui mange ma chair, dit-il, demeure en moi, et je demeure en lui. » Qui manducat meam carnem...y in me manet, et ego in illo (1). Dans la sainte communion, Jésus s'unit à l'âme et l'âme s'unit à Jésus ; et cette union n'est pas seulement de pure affection, elle est véritable et réelle. C'est ce qui fait dire à saint François de Sales : « Non, le Sauveur ne peut être considéré en une action ni plus amoureuse ni plus tendre que celle-ci, en laquelle il s'anéantit, par manière de dire, et se réduit en viande, afin de pénétrer nos âmes et de s'unir intimement au cœur et au corps de ses fidèles (2). » Dans l'ardeur de son amour pour nous, Jésus a voulu s'unir si intimement à nous, que nous devinssions une seule et même chose avec lui.

Ah! mon Dieu, mon Dieu, véritable et unique ami de mon âme ! que pouviez-vous faire de plus pour être aimé de moi? Ce n'était pas assez pour votre amour, ô mon souverain Seigneur, de mourir pour moi; vous avez encore voulu instituer cet auguste Sacrement^ pour vous donner tout à moi

(1) Jo., G, 27.

(2) Introd., p. 2, ch. 21.

et par là vous unir intimement, cœur à cœur, à une créature aussi méprisable et aussi ingrate que moi. Bien plus, vous m'invitez vous-même à vous recevoir, et vous désirez ardemment que je vous reçoive. 0 amour immense, amour incompréhensible, amour inûni ! un Dieu veut se donner à moi ! — Mon âme, tu le crois, ce prodige d'amour, et que fais-tu? que dis-tu?

Mon Jésus, est-il possible que vous, la pureté même, vous désiriez entrer dans mon âme dont j'ai fait la demeure de votre ennemi en la souillant par le péché! Je reconnais, ô mon Dieu, votre infinie Majesté et ma profonde misère. Par respect, je voudrais m'éloigner de vous ; mais où irai-je si je m'éloigne de vous qui êtes ma vie? Que deviendrai-je? Oh! non, je ne veux pas m'éloigner de vous; je veux au contraire m'en rapprocher toujours davantage. Vous consentez à devenir la nourriture de mon âme; vous m'invitez à vous recevoir; vous allez môme jusqu'à me le commander. Me voici, mon bon Maître; je viens à vous, humilié et confus au souvenir de mes péchés, mais plein de confiance en votre miséricorde et en votre amour.

0 Père éternel. Dieu infiniment aimable, à vous aussi je veux m'unir par l'amour. J'unis l'amour de mon pauvre cœur à l'amour des séraphins, à celui du cœur de Marie, à l'amour du cœur de Jésus, votre Fils bi«»n-ainié, qui vous aime d'un amour infini. Oui, ô Bonté infinie, je veux vous aimer de l'amour dont vous aiment les saints, comme vous aiment Marie et Jésus; je vous aime uniquement parce que vous méritez d'être aimé ci pour vous plaire. Sortez de mon cœur, affections

terrestres, vous qui n'êtes pas pour Dieu; car c'est Dieu seul que je veux aimer à jamais.

0 Mère du bel amour, très sainte Vierge Marie, aidez-moi à aimer ce Dieu que vous désirez si ardemment de voir aimé.

VIIÏ

RIEN DE PLUS AGREABLE A JESUS-CHRIST, RIEN DE PLUS UTILE POUR NOUS QUE LA SAINTE COMMUNION.

Soyons bien persuadés que nous ne pouvons faire ni imaginer chose plus agréable à Jésus- Christ que de communier avec les dispositions convenables. Par ce moyen, en effet, nous répondons au désir de ce bon Maître, nous nous unissons à lui le plus intimement qu'il soit possible. Je dis : avec les dispositions convenables, et non pas, avec des dispositions dignes de cet hôte divin de nos âmes ; car si ces dernières dispositions étaient requises pour communier, qui oserait jamais s'approcher de la Table sainte? Seul un Dieu peut être digne de recevoir un Dieu. Par dispositions convenables, j'entends celles qui conviennent à une misérable créature revêtue de la malheureuse chair d'Adam. Il suflit, ordinairement parlant, que l'on communie en état de grâce, avec un vif désir de croître dans l'amour de Jésus-Christ. « Vous devez recevoir pour l'amour, disait saint François de Sales, ce que le seul amour vous fait donner (1). Oui, pour être agréables à Jésus, il suffit que nous

(1) Inlrod., p. 2, ch. 21.

lui présentions un cœur animé d'un grand désir de l'aimer et de lui plaire.

Considérons ensuite que rien au monde ne peut être aussi avantageux pour nous que la sainte communion. « Le Père éternel, dit saint Paul, a mis Jésus-Christ en possession de toutes ses richesses. » Omnia dédit ei Pater in manus (1). Ainsi, en venant dans une âme par la sainte communion, Jésus lui apporte d'immenses trésors de grâces. Nous pouvons donc bien dire après la communion : Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa (2). « Tous les biens me sont venus avec elle. » Saint Denis enseigne que l'union à Jésus dans l'Eucharistie est le moyen le plus puissant pour sanctifier les âmes. Selon saint Vincent Ferrier, on profite plus par une seule communion bien faite, que par une semaine de jeûne au pain et à l'eau. — Demandons-nous donc quelle est notre estime pour la sainte communion; et voyons si nous avons soin d'apporter à la réception de ce divin Sacrement les dispositions convenables, propres à réjouir le cœur de notre tout aimable Seigneur, et à tirer pour nous-mêmes de la sainte communion les fruits abondants qu'en retirent les âmes ferventes.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon cher Jésus, dites-moi, que pouvez-vous inventer encore pour vous faire aimer de moi? Et moi qui connais maintenant ce gage incomparable de votre amour, vais-je encore m'obstiner dans

mon ingratitude à votre égard? Seigneur, ne le permettez pas. Vous avez dit que celui qui se nourrit de votre chair divine dans la communion vivra par vous : Qui manducat me^ et ipse vivet propter me (1). Vous permettez que moi aussi je vous reçoive à la sainte Table : faites donc que mon âme vive toujours de la véritable vie de votre grâce. 0 mon souverain Bien, je me repens d'avoir par le passé si peu estimé ce précieux trésor, et je vous remercie de me donner encore le temps de pleurer mes péchés, le temps de vous aimer en cette vie.

Puisque vous daignez me nourrir de votre corps sacré et de votre sang précieux, il est juste que je renonce à toutes !es douceurs, à toutes les satisfactions que le monde peut m'offrir. J'y renonce donc entièrement, et je proteste que je préfère souffrir tous les maux en vivant uni à vous, plutôt que de jouir de tous les biens en restant éloigné de vous. Je n'ai d'autre désir que de vous plaire et de vous contenter en tout, parce que vous le méritez. Je vous en prie, avec saint Ignace de Loyola, accordez-moi votre amour et votre grâce, et cela me suffit; je ne veux plus avoir d'autre désir que de vous aimer et de vous plaire.

0 Vierge sainte, ô Marie, aidez-moi à me détacher de toutes les créatures pour m'attacher par des liens indissolubles à Jésus, mon unique amour.

(1) Jo., 6, 58.

LE PRINCIPAL EFFET DE LA SAINTE COMMU- NION EST d'embraser LES CŒURS d'aMOUR POUR DIEU.

Voyons plus en détail les avantages que nous procure la sainte communion. — Elle est, suivant le concile de Trente, l'antidote qui nous purifie des fautes légères et nous préserve des péchés mortels (1). Gela s'explique, selon saint Thomas, en ce que la divine Eucharistie nous porte à faire des actes d'amour qui effacent nos péchés véniels ; elle nous préserve en même temps des fautes graves, attendu que l'augmentation de la grâce, produite dans nos âmes par la sainte communion, nous rend forts pour résister aux ennemis de notre salut (2).

Mais ce Sacrement a surtout pour effet d'enflammer les cœurs de l'amour divin. Deus charitas l'st (3). « Dieu est charité » dit saint Jean; c'est un feu qui consume dans nos cœurs toutes les affections terrestres : Ignis consumens est (4). Et ce feu, c'est le feu de l'amour, que le Fils de Dieu est venu apporter sur la terre. Ignemveni mittere in (erram. — Et quid volo^ nisi ut accendatur (5)? « Je suis venu, dit ce bon Sauveur, répandre le feu sur la terre; et que puis-je vouloir, sinon qu'il

(1) Antidotum quo liberemur a culpis quotidianis, et a peccatis niortalibus pr.eservciiiur. {Sess. 13, cap. 2.)

3 /. Jo., 4, 8.

4 IJeul., si. 24.

r5)Z,wc., 12, 49.

s'allume et qu'il embrase les cœurs? » Aussi de quelles flammes d'amour Jésus n'embrase-t-il pas tous ceux qui communient avec ferveur! Sainte Catherine de Sienne vit un jour entre les mains du prêtre à l'autel Jésus sous la forme d'un globe de feu^ et elle s'étonnait qu'un brasier si ardent ne consumât pas tous les cœurs. — Quand Sainte Rose de Lima venait de communier, elle avait le visage si enflammé, qu'on en était ébloui; et il sortait en même temps de sa bouche une chaleur si intense, qu'on pouvait à peine en approcher la main.

Saint Jean Chrysostome compare la sainte Eucharistie à un foyer où nous puisons les saintes ardeurs : « Quand nous quittons la Table sainte, dit-il, nous devons être courageux comme des lions respirant la flamme et redoutables au démon (1). w Nous lisons au Cantique des Cantiques : Introduxit me Rex in cellam vinariam, ordinavit m me charitatem (2). « Le Roi m'a introduite dans son cellier ; il m'a enivrée du saint amour. » Selon saint Grégoire de Nysse, la communion est ce cellier mystérieux où l'âme est enivrée de l'amour divin, jusqu'à s'oublier elle-même et perdre de vue toutes les créatures, pour être tout entière à son bien-aimé Jésus.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 amour de mon cœur, adorable Sacrement, puissé-je penser continuellement à vous, oublier tout le reste et vous aimer, vous seul et à jamais !

(l)Tanquam leones ignem spirantes ab illa mensa rece damus, facti diabolo terribiles. {Ad pop. Ant. hom. 61.) (2) Canl., 2, 4.

Mon Jésus, vous avez tant de fois frappé à la porte de mon cœur, qu'enfin vous y êtes entré, j'en ai la confiance. Mais puisque vous y êtes entré, chassez-en, je vous prie, toutes les affections qui ne sont pas pour vous; rendez-vous tellement maître démon conir, qu'avec le Prophète je puisse désormais dire en toute vérité : Quid mihi est in cœlo? et a te quid volui super terrain?... Deus cordis mei, et pars mea, Deus, in œternum (1). « Qu'y a-t-il pour moi au ciel? et en dehors de vous que puis-je désirer sur la terre? — Vous êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour l'éternité. » Oui, mon Dieu, sur cette terre et dans le ciel même, que puis-je désirer sinon vous seul? Vous êtes et vous serez toujours l'unique maître de mon cœur et de ma volonté ; vous serez seul tout mon héritage, toute ma richesse, en cette vie et dans l'éternité.

0 Agneau sans tache et tout brûlant d'amour pour moi, je vous en prie, rendez-moi semblable à vous, pur comme vous l'êtes, ô lis de toute pureté, et embrasé d'amour pour vous comme vous l'êtes pour moi! je renonce à tout autre amour pour m'attacher uniquement à vous, mon Dieu et mon tout. Loin de moi, créatures qui voudriez posséder mon cœur! Allez vous faire aimer de ceux qui vous cherchent. Pour moi, je ne veux que mon Dieu. Il s'est donné tout h moi : à lui je consacre tout mon cœur et toutes mes affections.

0 Vierge sainte, ô Marie, prenez mon cœur et offrez-le à Jésus.

(1) Ps., 12, 25.

Il 15.

QUEL BONHEUR POUR LES RELIGIEUX QUE D HA- BITER AUPRÈS DU SAINT-SACREMENT.

La vénérable mère Marie de Jésus, fondatrice d'un institut religieux à Toulouse, disait que deux choses surtout lui faisaient estimer son saint état : la première, c'est que les religieux se donnent entièrement à Dieu par le vœu d'obéissance; la seconde, qu'ils ont le bonheur d'habiter continuellement avec Jésus dans son sacrement. De fait, si les gens du monde attachent tant de prix à la faveur d'être appelés par un roi à demeurer dans son palais, combien plus les religieux ne doivent-ils pas se féliciter d'être admis à passer toute leur vie avec le Roi du ciel, dans sa sainte maison!

Jésus-Christ se tient à l'église tout exprès pour eux, afin qu'ils puissent le trouver à toute heure. Les séculiers peuvent à peine aller le visiter une fois dans la journée, et dans beaucoup d'endroits le matin seulement, tandis que les religieux le trouvent au saint tabernacle toutes les fois qu'ils le désirent : le matin, durant le jour, pendant la nuit. Là, ils peuvent s'entretenir continuellement avec leur tout aimable Seigneur. De son côté, Jésus-Christ aime à traiter familièrement avec ses serviteurs qu'il a tirés de l'Egypte, c'est-à-dire de la servitude du monde, pour les faire jouir de sa présence en cette vie sous les voiles du Saint- Sacrement, en attendant qu'ils aillent le voir face à face dans le ciel durant toute l'éternité.

0 solitudo^ in qua Deus cum suis familiariter loquitur et conversatur! 0 heureuse solitude, dans laquelle Dieu parle et s'entretient familièrement avec ses amis! Chaque maison religieuse est une douce retraite où Dieu se communique à ses amis avec une tendre familiarité. Les âmes qui aiment ardemment Jésus-Christ ne sauraient désirer un meilleur paradis sur terre, que de se trouver en présence de leur Bien-aimé au Sacrement de l'autel, où il demeure constamment pour l'amour de qui le cherche avec amour. Non habet amaritudinem conversatio illius, nec tœdium convicius illius, sed lœlitiam et gaudium (1). « Sa société n'a rien de pénible ; sa conversation ne cause aucun ennui ; il ne procure que joie et bonheur. » On éprouve de l'ennui auprès de Jésus quand on l'aime peu ; mais quand une âme a mis toutes ses affections en Jésus seul, elle trouve dans le Saint-Sacrement tout son trésor, son repos et son paradis. Aussi s'applique-t-elle alors à faire sa cour au Roi de son cœur présent sur l'autel; elle lui fait de longues et fréquentes visites ; elle expose à son bien-aimé ses joies et ses peines, son désir de l'aimer et de lui plaire en cette vie, son désir de le voir et de l'aimer face à face dans le ciel.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Me voici en votre présence, ô mon Sauveur, caché sous les voiles du Très-Saint-Sacrcmcnt! Je vous reconnais pour ce môme Jésus qui m'a aimé au point de s'immoler pour moi sur la croix, et

(1) Sap., 8, 16.

de se renfermer ensuite dans cette prison d'amour. Entre tant d'autres qui vous ont offensé beaucoup moins que moi et qui vous ont aimé plus que moi, vous avez eu la bonté de me choisir pour votre favori : vous m'avez fait l'honneur d'habiter près de vous, dans cette sainte maison. Vous m'avez arraché du milieu du monde ; vous m'avez appelé à vivre constamment uni à vous. D'où me vient, ô Jésus, cette préférence dont j'étais si indigne? Ah! je le comprends : vous voulez que je vous aime plus que les autres, et qu'ainsi je sois plus assuré d'aller un jour vous louer et vous aimer dans votre royaume éternel. Seigneur, je vous remercie de toutes ces grâces de choix.

Elegi abjectus esse in domo Dei mei, magis quam habitare in tabernaculis peccatorum (1). « J'ai préféré l'abjection dans la maison de mon Dieu à la gloire que l'on peut trouver dans la société des pécheurs. » Oui, mon Jésus, je m'estime trop heureux d'avoir quitté le monde; je préfère exercer le dernier des emplois dans votre maison, plutôt que d'habiter les superbes palais des hommes. Recevez-moi donc, ô mon bon Maître ; permettez que je reste avec vous toute ma vie. Ne me congédiez pas comme je le mériterais; permettez qu'au milieu de tant de vertueux frères qui vous servent fidèlement, je puisse vous servir aussi, tout pauvre pécheur que je suis. Je désire rester toujours près de vous, afin de m'unir toujours plus étroitement à vous.

Je vous aime, ô mon Dieu caché dans ce sacrement d'amour! C'est par amour pour moi que

vous demeurez continuellement sur cet autel; je veux par amour pour vous me tenir le plus que je pourrai en votre sainte présence. En restant ici enfermé, vous m'aimez sans cesse; enfermé ici avec vous, je veux sans cessée vous aimer. Ainsi, mon Jésus, mon amour et mon tout, nous serons toujours ensemble : dans le temps, en cette maison, et durant toute l'éternité, au ciel. Ainsi j'espère, ainsi soit-il.

Très sainte Vierge Marie, obtenez-moi un grand amour envers le Saint-Sacrement.

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