AMOUR QUE LE FILS DE DIEU NOUS A TEMOIGNE DANS LA RÉDEMPTION
Dilexit nos et tradidit semetipsum pro nobis (1).
« 11 nous aimés et il s'est livré pour nous. »
Considérons que le Verbe éternel est Dieu, l'Etre infiniment heureux en lui-même; sa félicité ne saurait donc être plus grande, et le salut de tous les hommes ne pouvait ni l'augmenter ni la diminuer. Cependant il a tant fait et tant souffert pour nous sauver, nous misérables vers de terre, qu'il n'aurait pu ni faire ni souftrir davantage, dit saint Thomas, alors même que du bonheur de l'homme eût dépendu son propre bonheur. De fait, supposé que notre bonheur eût été la condition du sien, aurait-il pu s'humilier et souffrir plus qu'il ne s'est humilié, plus qu'il n'a souffert? Il est allé jusqu'à prendre sur lui nos infirmités, les abaissements de l'enfance, les misères de la vie humaine,
(!) Eph., 9, 2.
une mort des plus cruelles et ignominieuses, pour opérer l'œuvre de la Rédemption.
Nul autre qu'un Dieu n'était capable de nous aimer avec un tel excès, nous misérables pécheurs, absolument indignes d'être aimés. Si Jésus-Christ, dit un pieux auteur, nous avait permis de lui demander les plus éclatantes marques de son amour, qui jamais eût osé réclamer qu'il se fît enfant, qu'il prît sur lui l'universalité de nos misères, qu'il devînt même de tous les hommes le plus pauvre, le plus méprisé, le plus maltraité, qu'il sacrifiât sa vie par la main des bourreaux au sein des plus cruels tourments, sur un infâme gibet, maudit et abandonné de tout le monde même de son Père éternel? C'est pourtant bien ainsi que Dieu abandonna son propre Fils pour m' pas nous abandonner, nous qui méritions l'éternel abandon.
Or, ce que nous n'aurions jamais osé ni réclamer ni même désirer, le Fils de Dieu l'a imaginé el réalisé. Dès son enfance, il s'est voué pour nous aux souffrances, aux opprobres et à la mort. Il nous a aimés, et comme gage de son amour, il s'est donné lui-même à nous, afin que, l'offrant en victime à son Père, pour expier nos fautes, nous pussions par ses mérites, obtenir de la bonté divine toutes les g races désirables; car cette victime est plus agréable à Dieu le Père, que ne le serait la vie de tous les hommes et de tous les anges immolés à sa gloire. Offrons donc sans cesse à Dieu les mérites de Jésus-Christ : par eux, demandons et
espérons tOUS les biens.
AFFECTIONS ET PRIERES
Mon Jésus, je serais injuste envers votre miséricorde et votre bonté si, après tant de preuves de votre amour et de la volonté que vous avez de me sauver, j'allais me défier encore de votre bienveillance et de votre miséricorde. Il est vrai, ô mon bien-aimé Rédempteur, je suis un pauvre pécheur; mais vous avez dit : Je suis venu appeler non les justes mais les pécheurs (1). Je suis un pauvre malade; mais vous avez dit encore : Ce ne sont pas les bien portants mais les malades qui ont besoin de médecin (2). Je me suis perdu par mes péchés; mais vous avez dit aussi : Je suis venu sauver ceux qui avaient péri (3). Qu'ai-je donc à craindre si je veux me convertir et me donner entièrement à vous ? C'est de moi seul que je dois me défier; oui de moi, de ma propre faiblesse, Mais ma faiblesse et ma misère elles-mêmes augmentent ma confiance en vous, puisque vous vous appelez le refuge du pauvre (4). puisque vous avez promis d'exaucer jusqu'à ses bons désirs (5). La grâce donc que je vous demande, ô mon Jésus, c'est de me donner pleine confiance en vos mérites, afin que je ne cesse jamais de me recommander à Dieu en votre nom.
O Père éternel, pour l'amour de Jésus-Christ, sauvez-moi de l'enfer, mais avant tout préservez-
1) Non enim veni vocare justos, sed peccatores. {Mai th.. 9, 13.)
(2) Non egent, qui sani sunt, medico, sed qui maie habent. (Luc, 5, 31.)
(3) Venit enim Filius hominis salvare quod perierat. (Mat th., 18, 11.)
(4) Factus est Dominus refugium pauperi. [Ps., 9, 10.)
(5) Desiderium pauperum exaudrvit Dominus. (Ibid., 17.)
moi du péché. Par les mérites de votre Fils bicnaimé, éclairez-moi, afin que je connaisse et que j'accomplisse fidèlement votre volonté sainte; fortifiez-moi contre les tentations, donnez-moi votre amour. Surtout, ô mon Dieu, je vous demande la grâce de réclamer toujours votre assistance, pour l'amour de Jésus-Christ, qui a promis que vous exaucerez toutes les prières faites en son nom. Si je reste fidèle à vous prier, certainement je serai sauvé, mais si je cessais de prier, non moins certainement je courrais à ma perte éternelle.
Très sainte Vierge Marie, obtenez-moi cette grande grâce de la prière, afin que jamais je ne cesse de me recommander à Dieu ni à vous qui obtenez de Dieu tout ce que vous voulez.
28 Mardi