‹ Le divin SauveurChapitre 21 sur 103 · LA PLUS GRANDE PEINE DE JESUS · texte numérisé non relu

LA PLUS GRANDE PEINE DE JESUS

Quœ ulililas in sanguine meo, dum descendu in corruptionem (1).

« De quelle utilité sera mon sang, maintenant que je descends dans la corruption? »

Notre-Seigneur daigna révéler à la Vénérable Agathe de la Croix, que, dans le sein de Marie, sa peine la plus cruelle fut de voir le peu de cas que la plupart des hommes feraient après la Rédemption, des grâces qu'il était venu répandre sur la terre. Cette peine du saint Enfant fut connue d'avance par le Roi-Prophète; car c'est cette vue, disent les interprètes, qui lui a inspiré de dire, parlant au nom du Verbe incarné : Voici que je descends dans la corruption ; mais de quelle utilité sera mon sang ? Le Verbe divin semble dire, en quittant le sein de Dieu : Mon Père, je vais revêtir la chair humaine et répandre ensuite tout mon sang pour les hommes; mais de quoi servira ce sacrifice? la plupart des hommes ne feront aucun cas de mon sang, ils continueront à vous offenser, comme si je n'avais rien fait pour leur amour.

Cette même peine fut le calice amer dont la seule vue inspira une si grande frayeur à Jésus dans le jardin de l'agonie, qu'il supplia son Père de l'écarter : Transeat a me calix iste (2). « Que ce calice s'éloigne de moi ! » Oui, ce calice si amer,

(2) Matth., 26, 39

c'était la peine do voir son amour méconnu et ses grâces méprisées. C'est encore cette vue anticipée de l'ingratitude des hommes, qui, sur la croix, lui arracha ce cri de la plus amère désolation : Deus iitcits,Dcus meus, ut quid dereliquisti me (1). « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? »

Cette peine cruelle, causée par la vue de l'abus ef du mépris que les hommes feraient de son sang divin, Jésus l'endura depuis le moment où il se fit enfant dans le sein de Marie. Il voyait dès lors l'inutilité, pour tant d'hommes, de ses humiliations, de ses souffrances, de sa mort si douloureuse et ignominieuse ; il voyait les hommes fouler aux pieds son sang divin et mépriser la grâce que ce sang leur avait méritée.

Si nous avons été du nombre de ces ingrats, ne nous laissons point cependant aller au désespoir; car, en naissant, Jésus a fait annoncer par ses anges qu'il apportait le pardon et la paix à tous les lu mîmes de bonne volonté. Changeons donc de volonté, repentons-nous, offrons-nous à ce bon Sauveur, et nous trouverons la paix, c'est-à-dire l'amitié de Dieu.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon très aimable Jésus, combien, pour ma part, je vous ai t'ait souffrir, pendant votre vie mortelle ! Vous avez répandu votre sang pour moi avec tant de douleur et d'amour; et moi, quel fruit vous ai-je rapporté jusqu'à ce jour? Qu'avez-vous reçu de moi autre chose que des injures el des mépris î

i Mut th., 27,46.

Mais, mon Rédempteur, je ne veux plus vous afïliger ; j'espère qu'à l'avenir votre Passion produira en moi des fruits de salut; je l'espère par votre grâce dont je sens déjà les effets. Vous avez tant souffert et vous êtes mort pour moi, afin que je vous aime. Eh bien! je veux vous aimer pardessus toutes choses, et pour vous plaire, je suis prêt à donner mille fois ma vie.

Père éternel, je n'oserais paraître devant vous pour implorer mon pardon et solliciter vos grâces, si votre divin Fils ne m'assurait qu'en vous priant en son nom, je serai toujours exaucé : Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera (1). Je vous offre donc les mérites de Jésus-Christ; en son nom, je vous demande d'abord le pardon de tous mes péchés; je vous demande ensuite la sainte persévérance dans votre grâce; je vous demande par-dessus tout le don de votre amour, un amour qui me fasse vivre toujours conformément à votre sainte volonté. Je renonce à ma propre volonté; du moins je suis décidé à souffrir mille fois la mort plutôt que de vous offenser encore : Je veux vous aimer de tout mon cœur et vous plaire en tout, mais je vous demande et j'espère de vous la grâce d'exécuter cette résolution.

0 ma Mère, Marie, si vous priez pour moi, je suis en sûreté. Priez, priez pour moi, et ne cessez jamais de prier, que vous ne me voyiez changé, et en tout conforme à la volonté de mon Dieu.

(1) Si quid petie-i itis Patreni in nomine moo, dabit vobis, {Jo., 16, 23.)

3a Dimanche

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