JÉSUS EST ALLAITÉ
Dès que l'Enfant Jésus eut été enveloppé de langes, pressé par la faim il réclama le sein de sa Mère. L'Epouse des Cantiques désirait voir son frère allaité par sa mère : Quis mihi det te fratrem meum sugentem ubera matris meœ? (1). Si ce désir ne fut point satisfait, nous du moins, nous sommes assez heureux pour voir le Fils de Dieu fait homme et devenu notre frère suspendu au sein de Marie. Oh! quel sujet d'étonnement et d'admiration pour le ciel : le Verbe fait enfant et nourri par une jeune vierge que lui-même a créée!
Ainsi ce Dieu infiniment riche qui donne leur
(1) Cant., 8, 1.
nourriture aux hommes, aux oiseaux, à toute créature, le voilà devenu faible et pauvre, ayant besoin d'un peu de lait pour soutenir sa vie ! Une religieuse Camaldule, la sœur Paule, ne pouvait regarder une image de Jésus allaité par Marie sans qu'aussitôt elle se sentît embrasée d'un tendre amour pour Dieu. Jésus prenait bien peu de lait; encore le prenait-il plus rarement que les autres enfants. La divine Mère daigna elle-même révéler ce détail à une fervente religieuse.
Qu'il fut précieux pour nous, ce lait divin, car il forma ce sang qui devait couler des veines de Jésus pour notre rédemption ; il devint ainsi un bain de salut pour nos âmes souillées par le péché. Le saint Enfant voulut aussi, en le prenant, nourrir ce corps qu'il se proposait de nous donner en nourriture dans la sainte communion.
Ainsi donc, ô mon tendre Sauveur, en incorporant ce chétif aliment que vous donne votre sainte Mère, vous pensez à moi, vous voulez changer ce lait en sang, pour le répandre plus tard au milieu des tourments de votre Passion et de votre mort; vous voulez en faire le prix de ma rédemption et puis la nourriture de mon âme dans le Saint-Sacrement; vous voulez, par cette divine nourriture conserver nos âmes dans la vie de la grâce, être pour elles le gage de la vie éternelle. — Je vous rends grâces, ô saint Enfant, d'avoir bien voulu entretenir ainsi votre existence, si précieuse pour moi; car vous m'avez par là manifesté une fois de plus l-.i grandeur de votre amour el l'immense
désir que VOUS aviez, de me sauver.
0 très doux Jésus, aimable Enfant, vous êtes le pain vivant descendu du ciel, le céleste aliment dont vivent les anges; c'est de vous que toute créature attend sa subsistance : et vous en êtes réduit à attendre d'une Vierge votre créature le lait qui doit entretenir votre vie ! — 0 Amour divin, tu as pu rendre un Dieu pauvre jusqu'à dépendre d'une nourriture terrestre î Je vous comprends, ô mon Jésus, dans cette étable, vous recevez le lait de votre Mère pour en former le sang précieux que vous voulez offrir à votre Père sur la croix en expiation de mes péchés. — Donnez, ô Marie, donnez à votre divin Fils tout ce lait virginal que le ciel vous a fourni, car chaque goutte doit contribuer à laver mon âme de ses souillures et à la nourrir ensuite dans la sainte communion.
Mon Rédempteur, comment un chrétien peut-il croire tous ces mystères, et ne vous aimer pas? Hélas! malgré les vives lumières dont vous avez 'éclairé mon esprit, je me suis conduit comme si je n'avais pas la foi! Mais votre bonté me donne l'espérance de recouvrer votre grâce. O Bien suprême, je me repens de vous avoir offensé, je vous aime par-dessus toutes choses, ou plutôt je n'aime que vous, mon unique bien, mon unique amour. Mon cher Rédempteur, accordez-moi la plus tendre dévotion envers votre sainte Enfance. Vous avez octroyé à tant d'âmes ce don précieux qui les a déprises de toutes choses pour ne penser plus qu'à vous aimer : c'est ce que j'attends aussi de
vous. Il est vrai, ces âmes étaient innocentes, et je suis un pécheur ; mais vous vous êtes fait enfant pour gagner l'amour même des pécheurs. Je vous ai offensé, mais à présent je déteste toutes ces offenses et je veux vous aimer de tout mon cœur, je ne désire plus que votre amour.
0 Marie, faites-moi part de cette tendresse avec laquelle vous allaitiez votre divin Enfant.
29 Décembre JÉSUS COUCHÉ SUR LA PAILLE.
Dans Tétable de Bethléem où Jésus vient de naître, il n'y a ni laine, ni plume, rien qui puisse composer un berceau convenable. Que fait alors la divine Mère? Elle étend un peu de paille au fond de la crèche, et c'est sur cette paille, dans ce pauvre berceau qu'elle étend son tendre Enfant. Et reclinavit eum in prœsepio {{). 0 Ciel! que celle couche csl dure! Si les membres d'un enfant sont délicats, ceux de Jésus avaient été formés expies pour souffrir davantage, dit saint Paul, corpus dutem aptasti mihi (2). Aussi que ce lit de paille csl dur pour le divin Enfant!
Ce fui tout à la fois un lit de douleur ri d'opprobre. Quel nouveau-né, même chez les plus pauvres «les ouvriers, couche-t-on sur [a paille? la paille est la litière des animaux. Voilà pourtant 1<' lit sur lequel «lui reposer le Fils <!•> Dieu venant sur la terre! Un jour, étant à table, saint François
! Luc, -\ 1.
d'Assise entendit lire ces paroles de l'Evangile : Reclinavit eum in prœsepio. «Elle le coucha dans la crèche. » — « Quoi ! s'écria-t-il aussitôt, mon Seigneur est sur la paille, et moi je demeurerais assis!... A l'instant, il quitte son siège, s'assied à terre, et achève ainsi son chétif repas, qu'il arrose des larmes de sa compassion.
Pourquoi donc la divine Mère, qui avait tant désiré voir naître ce Fils adorable, et qui l'aimait si tendrement, ne le tient-elle pas entre ses bras, au lieu de le coucher sur ce lit de douleur?... C'est là un mystère diversement interprété; mais entre plusieurs explications, je goûte celle de saint Pierre Damien : « Jésus, à peine né, voulut être couché sur la paille, pour nous enseigner la mortification des sens (1). » Le monde s'était perdu par les plaisirs des sens : ainsi se perdit Adam, notre premier père, et après lui nombre de ses descendants. Aussi convenait-il que le Verbe éternel venant d'en-haut nous enseigner l'amour des souffrances, choisît pour lui-même, dès sa naissance, ce qu'un petit enfant peut endurer de plus pénible. Lui-même inspira donc à sa sainte Mère la pensée et la résolution de ne point le tenir dans ses bras, où il eût goûté un si doux repos, mais de le placer sur ce lit de douleur où il endura la rigueur du froid et les piqûres de la paille.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Jésus, ô mon Rédempteur, vous aimez tant les âmes, que vous êtes impatient de souffrir pouf elles. La douloureuse Passion qui vous attend et
(1) Legem raartyrii prœflgebat.
la cruelle mort qu'on vous prépare ne suffisent pas à votre amour; à peine né vous voulez souffrir dans votre corps sacré. Ah ! je le comprends, c'est que dès votre naissance vous voulez commencer à être mon Rédempteur; dès lors vous daignez satisfaire pour moi à la divine justice. Si vous choisissez la paille pour lit, c'est afin de me délivrer de l'enfer que j'ai mérité. Si vous pleurez et gémissez sur cette paille, c'est pour m'obtenir de votre Père le pardon de mes péchés. Oh! que ces larmes m'affligent et me consolent! Elles m'affligent, car j'ai compassion de vous voir, vous l'innocence môme, tant souffrir pour des crimes que vous n'avez point commis ; elles me consolent, parce que dans vos souffrances je vois le gage de mon salut et de l'amour immense que vous avez pour moi.
Mais, ô Jésus, je ne veux pas vous laisser pleurer et souffrir seul, moi qui ai mérité de pleurer éternellement dans l'enfer; j'accepte donc volontiers toutes les peines par lesquelles il vous plaira de me châtier en cette vie. Oui, ô mon Dieu, délivrez-moi des peines éternelles et faites-moi souffrir en cette vie autant qu'il vous plaira. On ne mérite aucune compassion quand on a eu l'audace de vous outrager, ô Bonté infinie. Je souffrirai donc volontiers toutes les peines que vous voudrez bien m'infliger; mais, mon Jésus, je veux vous aimer : ue me prives pas <lc votre amour.
O Marie, VOUS qui avez si largement participiaux souffrances de Jésus, obtenez-moi la fore»' de souffrir aussi avec patience. Malheur à moi si je
n'avais rien à souffrir en Cette vie; heureux serai-je
au contraire, si j'ai le bonheur de vous aceompa-
gner dans la voie de la souffrance, vous, ô ma Mère affligée, et mon Jésus toujours souffrant pour mon amour.
30 Décembre