JÉSUS DORT DANS LA CRECHE
Le sommeil de Jésus était court et pénible. N'ayant pour berceau qu'une crèche avec un peu de paille humide et froide, son sommeil était fréquemment interrompu par la douleur que lui causait cette couche trop dure, et par la rigueur du froid qui régnait dans la grotte. De temps en temps, néanmoins, cédant à l'accablement, le tendre Enfant s'endormait, malgré toutes ses souffrances.
Mais le sommeil de Jésus était bien différent de celui des autres enfants. En eux, le sommeil suspend les opérations de l'âme, en même temps qu'il assoupit les sens et concourt à la conservation de la vie. Jésus, au contraire, réalisait cette parole des Cantiques : Ego dormio, et cor meum vigilat (1). « Je dors, mais mon cœur veille. » La personne du Verbe étant unie en Jésus à la nature humaine, l'âme de notre Sauveur ne pouvait être appesantie par les sens. Ce saint Enfant dormait, mais en dormant, il pensait à toutes les peines qu'il devait souffrir pour l'amour de nous durant sa vie ei jusqu'à sa mort. Il pensait à ce qu'il devait endurer en Egypte et à Nazareth, où il vivrait dans l'obscurité et la plus grande pauvreté. Il pensait surtout aux fouets, aux épines* aux opprobres, aux an-
;i) Cant.} o, l\
.unisses, à tous les tourments de sa Passion, à cette mort désolée qui devait terminer sa vie sur l'arbre de la croix; alors, il acceptait toutes ces souffrances, il les offrait à son Père éternel, pour nous obtenir le pardon et le salut; il méritait pour nous, et nous obtenait toutes sortes de grâces.
Prions donc le divin Enfant d'offrir pour nous à Dieu le Père les mérites de ce bienheureux sommeil; prions-le de nous préserver du sommeil mortel des pécheurs, qui vivent dans l'oubli de Dieu et de son amour. Prions Jésus de nous accorder l'heureux sommeil, le doux repos de ces âmes privilégiées que lui-même appelle ses épouses bien-aimées, repos qui consiste à oublier entièrement les créatures, pour ne plus penser qu'à Dieu, à son bon plaisir et à sa gloire.
0 saint Enfant, votre sommeil me ravit, parce que j'y vois non l'image de la mort comme dans te sommeil des autres enfants, mais un gage de vie éternelle, puisqu'on dormant vous méritez pour moi le salut éternel. Vous dormez, mais votre cœur ne «1 « >rt point; vous pensez à souffrir ef à mourir pour moi; vous priez pour moi et vous m'obtenez le repos éternel du paradis. En attendant que je repose en vous dans le ciel, j>i veux que vous reposiez toujours dans mon aine. 0 mon Dieu, je vous ai autrefois chassé de mon cœurl Mais vous avez lani de fois frappé à la porte de ce pauvre cœur, lanlôt eu me pénétrant d'une crainte salutaire, tantôt par vos célestes lumières et les
appels de votre cœur plein de tendresse, qu'enfin, je l'espère, vous y êtes rentré.
Je crois vraiment qu'il en est ainsi, car j'éprouve une vive horreur et un sincère repentir de mes fautes, une grande confiance dans votre infinie miséricorde. Oui mon Dieu, la douleur que je ressens de mes péchés me console et m'encourage, parce qu'elle me donne l'assurance que déjà j'ai obtenu mon pardon de votre infinie bonté. Je vous remercie, ô mon Jésus, et je vous prie de ne plus vous éloigner de mon âme. Je sais que vous ne vous éloignez d'une âme que quand elle-même vous chasse : c'est précisément ce que je redoute quand je pense à mes infidélités passées; ne permettez donc pas qu'il m'arrive encore de vous chasser de mon cœur. Faites que je ne cesse jamais de vous aimer en cette vie; faites qu'au dernier moment mon âme, toujours unie à vous, ne quitte mon corps que pour aller se reposer éternellement en vous sans crainte de vous perdre jamais.
O Marie, assistez-moi durant ma vie, assistezmoi à l'heure de ma mort afin que toujours Jésus vive en moi et moi en Jésus.
31 Décembre JÉSUS PLEURE.
Les larmes de l'Enfant Jésus furent bien différentes de celles des autres nouveau-nés : ceux-ci, dit saint Bernard, pleurent parce qu'ils souffrent; tandis que Jésus pleurait, non de douleur, mais de compassion et d'amour pour nous. Les larmes
sont une grande marque d'amour; aussi les Juifs, voyant le Sauveur pleurer la mort de Lazare, disaient-ils entre eux : « Voyez, comme il l'aimait. » Ecce quomodo amabat cwm (1)! De môme les anges pouvaient-ils dire, en voyant les larmes de Jésus Enfant, Ecce quomodo amat eos! Voyez, comme notre Dieu aime les hommes : pour leur amour, il s'est fait homme et petit enfant; il pleure!
Jésus pleurait, et il offrait ses larmes à son Père pour nous obtenir le pardon de nos péchés. « Ses larmes ont lavé les souillures de mes péchés (1), » dit sainl Ambroise. Par ses pleurs et ses vagissements, Jésus demandait miséricorde pour nous, condamnés que nous étions à la mort éternelle; il apaisait ainsi le courroux de son Père. Oh! que les larmes de ce divin Enfant savaient bien plaider en noire laveur! Combien elles furent agréables à Dieu! C'est alors que le Seigneur annonça par ses anges qu'il faisait sa paix avec les hommes et les rétablissait dans son amitié : ... Pax hominiens bonœ voluntatw (3). « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »
Jésus pleura d'amour, mais aussi de douleur, ou plutôt de tristesse, en voyant le mépris que tant d'hommes feraient de sa grâce, c'est-à-dire de ses larmes et de son sang, qu'il voulait verser pour eux jusqu'à la dernière* goutte. Serons-nous donc de ces hommes au cœur assez dur pour ne pas pleurer et détester souverainement nos péchés, qui on! t;iil pleurer Jésus, notre Dieu fait enfant pour nous.' Ali ! qu'il n'en soil plus ainsi ;ï l'ave-
ji) Jo.y 11, M.
(2) Mfa lacrymoe llke delicta Invnrunt. /// i.m\ 2.)
(a) Luc, 2, 14.
nirî Au lieu d'augmenter sans cesse la peine de cet innocent Enfant, hâtons-nous de le consoler, en unissant nos larmes aux siennes. Offrons à Dieu les larmes de son Fils, et prions-le, en considération des mérites du saint Enfant Jésus, de nous pardonner tous nos péchés.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Enfant bien-aimé, je le crois, pendant que vous pleuriez dans la grotte de Bethléem, vous pensiez à moi; vous aviez devant les yeux mes péchés, véritable cause de vos larmes. Et moi, ô mon Jésus, au lieu de vous consoler par mon amour et ma reconnaissance, moi qui savais tout ce que vous avez souffert pour me sauver, que de fois n'ai-je pas aggravé la cause de vos larmes, augmenté votre douleur, en multipliant mes péchés! Ah! pleurez, oui, pleurez, mon Jésus; vous avez bien sujet de pleurer, en voyant l'ingratitude des hommes, après que vous leur avez témoigné tant d'amour. Mais puisque vous pleurez, Seigneur, pleurez aussi pour moi : vos larmes sont mon espérance. 0 mon Rédempteur, je veux pleurer les déplaisirs que je vous ai causés; je les hais, je les déteste, je m'en repens de tout mon cœur.
Père éternel, je vous offre les larmes de Jésus Enfant; par ces saintes larmes je vous demande et j'espère mon pardon. — Vous aussi, mon doux Sauveur, offrez pour moi au Père éternel toutes les larmes que vous avez versées durant toute votre vie, et par elles apaisez la divine justice. Je vous prie en outre, ô mon amour, par ces mêmes armes, d'attendrir mon cœur et de l'embraser de
votre amour. Ah! puissé-je, à l'avenir, vous consoler autant par mon amour, que je vous ai consisté par mes péchés! Faites donc, Seigneur, que chacun des jours que vous me donnerez encore a passer sur la terre, soit entièrement employé, non plus à vous offenser, mais à pleurer mes péchés, qui vous ont causé tant de peine ; que toujours je vous aime véritablement, de tout mon cœur.
0 Marie, par la tendre compassion que vous avez éprouvée en voyant pleurer Jésus Enfant, je vous prie de m'obtenir une continuelle douleur des offenses que dans mon ingratitude j'ai commises contre lui.
1er Janvier LE SAINT NOM DE JESUS.
Jésus est un nom divin apporté du ciel par l'archange Gabriel : Vocabis nomen cjw Jesum (1). « Vous l'appellerez Jésus, » dit-il à la Vierge Marie, en lui annonçant le mystère de l'Incarnation du Verbe divin. Aussi est-il écrit que c'est « un nom supérieur à tous les noms. » I\omen quod est super omne nomen (2), le seul dans lequel nous puissions trouver le salut. />/ quo oportrut nos salvos fieri (3).
Ce grand nom est comparé à l'huile répandue : Oleum effusum Nomen tuum (4). Comme l'huile est un foyer de lumière, une nourriture et un remède, dit saint Bernard, ainsi le nom de Jésus est une
M) Luc, lv 31.
(4 Cunl., I. 2.
lumière pour notre esprit, une nourriture pour notre cœur, et un remède pour notre âme.
Il est une lumière pour notre esprit. De fait, par la vertu de ce nom divin, le monde passa des ténèbres de l'idolâtrie à la lumière de la foi. Nous sommes nés dans des contrées dont les habitants étaient païens avant la venue du Messie, nous le serions comme eux s'il n'était venu nous éclairer. Aussi, quelles actions de grâces ne devons-nous pas à Jésus-Christ, pour nous avoir fait le don précieux de la foi, et de la foi catholique, en nous préservant du schisme et de l'hérésie ! Car « celui qui ne croit pas sera infailliblement condamné » : Qui non crediderit, condemnabilur (1).
Le nom de Jésus est aussi une nourriture pour notre cœur. En effet, ce nom adorable nous rappelle ce que notre divin Rédempteur a fait et souftert pour nous sauver; il nous console dans nos peines, ranime notre confiance, nous communique la force de marcher dans la voie du salut, et nous embrase d'amour pour Dieu.
Enfin, ce grand nom est un remède pour noir.» âme. Il nous fortifie contre les tentations et I03 attaques de nos ennemis. L'enfer tremble, le d ■•■ mon prend la fuite, quand* retentit le nom da Jésus. « \u nom de Jésus, tout genou fléchit, <i.*t saint Paul, au ciel, sur la terre et dans les enfers. » In nomine Jesu omne genu flectaiur cœlestiunt, h'.rrestrium et infernorum (2). Quiconque invoquer.! Jésus dans la tentation, ne succombera pas ; non seulement il ne succombera pas, mais il triomphera et sera sauvé. Celui-là seul se perd, •;• ',
(1) Marc, 16, 16.
(2) PMI., 2, 10.
aux prises avec la tentation, n'invoque pas Jésus, ou cesse de l'invoquer quand la tentation persiste.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Que ne vous ai-je toujours invoqué, ô mon Jésus ! Certes, je n'aurais jamais été vaincu par le démon. Si j'ai eu le malheur de perdre votre grâce, c'est que dans les tentations j'ai négligé de vous appeler à mon aide. A présent je mets toute ma confiance dans votre saint nom. Je redis avec l'Apôtre : Omnia possum in eo qui me confortât (1). « Je puis tout en Celui qui me fortifie. » Gravez donc, ô mon Sauveur, gravez dans mon cœur votre tout-puissant nom de Jésus, afin que l'ayant toujours dans le cœur par l'amour, toujours aussi je Taie sur les lèvres. Faites que dans mes luttes contre l'enfer je ne cesse de l'invoquer.
Dans votre nom, j'espère trouver tous les biens : si je suis affligé, il me consolera en me rappelant toutes les ;i iflictions que vous avez soufTertes pour mon amour; si le souvenir de mes péchés me l'ai! trembler, il m'encouragera en me rappelant que vous êtes venu en ce monde pour sauver les pécheurs; dans les tentations, il me fortifiera en me rappelanl que vous êtes infiniment plus puissant pour me sauver, qne ( < m i l'enfer pour me perdre; enfin, si je suis froid dans votre amour, votre saint nom ranimera ma ferveur, en me rappelant combien voua m'avez aimé. Je vous aime, ô Jésus,
mon unique amour, e! je ven\ sans cesse invoquer voire saint nom; je veux mourir en prononçant
;i) Phi t.. 4, 13.
votre doux nom do Jésus, nom d'espérance, d'amour et de salut.
0 Marie, si vous m'aimez, comme j'en ai la confiance, obtenez-moi la grâce d'invoquer sans cesse votre saint nom avec celui de votre divin Fils. Faites que vos deux noms soient comme la respiration de mon âme; que je les répète sans cesse durant ma vie, et qu'à mon dernier soupir je redise encore, Jésus et Marie, secourez-moi; Jésus et Marie, je vous aime; Jésus et Marie, je remets mon âme entre vos mains.
2 Janvier
SOLITUDE DE JESUS DANS l'ÉTABLE DE BETHLÉEM.
Jésus à sa naissance, voulut faire de l'étable de Bethléem son oratoire et son ermitage. Il voulut naître hors de la ville dans une caverne solitaire pour nous inspirer l'amour de la solitude et du silence. Entrons dans cette retraite du divin Enfant, et contemplons la grande scène qui s'y passe : Jésus se tient dans la crèche sans parole ni mouvement. Marie et Joseph l'adorent et le contemplent en silence. Il fut révélé aune pieuse Carmélite que la visite des bergers et l'adoration des mages se firent aussi en silence.
Les autres enfants ne sont pas à même d'user de la parole, Jésus ne se tait que par vertu. Il ne parle point; mais que son silence est éloquent!... que ne dit-il pas aux âmes pieuses qui prêtent l'oreille à ce mystérieux langage dans la douce solitude de Bethléem ! Les bergers n'y passèrent
que bien peu d'instants, et ils en sortirent tout enflammés d'amour pour Dieu, ne cessant de le louer et de le bénir. Qu'elle est heureuse l'âme qui se retire dans la solitude de Bethléem afin d'y contempler l'amour dont Dieu aime les hommes! « Je la conduirai dans la solitude, dit l'Esprit- Saint, et je lui parlerai au cœur. « Ducam eam in soliiudinem et loquar ad cor ejus (1). Là, le divin Enfant parle à l'âme, il l'invite à aimer un Dieu qui l'aime si tendrement. En voyant la pauvreté de ce charmant petit ermite, qui demeure dans cette grotte glacée, sans feu, n'ayant qu'une crèche pour berceau et pour lit qu'un peu de paille ; en entendant les vagissements et en voyant les larmes de cet innocent Enfant; en réiléchissant et se disant qu'il est son Dieu, comment l'âme solitaire pourra-t-elle penser à autre chose qu'à l'aimer? L'étable de Bethléem! oh! le doux ermitage pour une âme de foi!
Imitons Marie et Joseph, qui, tout enflammés d'amour, contemplent l'adorable Fils de Dieu revêtu de notre chair etassujelli aux misères de cetl ■ vie, le Sage par essencedevenu enfant sans parole, le souverainement Grand devenu petit, le Tresll nui abaissé, le friche par excellence devenu pauvre, le. Tout-Puissani devenu faible. Contemplons avec Marie ri Joseph la Majesté divine voilée en un petil enfanl méprisée! abandonné detoui le inonde, n \ a-i-il pas là de quoi loueher nos cœurs et gagner notre amour? Oh! quelles délices ineffables pour l'âme aimante que de s'entretenir seul à seul avec l'Enfant Jésus dans la solitude de Bethléem]
AFFECTIONS ET PRIERES
Mon cher Sauveur, vous êtes le Roi du ciel, le vrai Fils de Dieu; comment donc vous vois-je, dans cette étable, abandonné de tout le monde? Je n'aperçois auprès de vous que Joseph et votre sainte Mère; je désire me joindre à eux pour vous tenir compagnie : ne me repoussez pas comme je le mériterais. Il me semble entendre au fond de mon cœur votre douce voix qui m'appelle... Oui, je viens à vous, ô Enfant bien-aimé. Je quitte tout, ô divin solitaire, unique amour de mon âme, je quitte tout pour demeurer seul avec vous seul, tous les jours de ma vie, Hélas! je vous ai abandonné pour aller mendier auprès des créatures quelques plaisirs empoisonnés; mais maintenant, éclairé de votre divine lumière, suivant l'attrait de votre grâce, je n'ai plus d'autre désir que de vivre solitaire avec vous qui vous êtes fait solitaire pour l'amour de moi.
Attachez-moi à vos pieds, mon Jésus, afin que je ne m'éloigne plus de vous, qui êtes mon unique amour. Par le mérite de votre solitude dans la grotte de Bethléem, accordez-moi un continuel recueillement intérieur ; faites que mon cœur devienne comme une cellule solitaire où je serai uniquement attentif à m'entretenir avec vous, pour vous soumettre mes pensées et mes résolutions, et vous consacrer mes affections. Dans cette heureuse solitude, je soupirerai sans cesse après l'heureux moment où je pourrai sortir de la prison de mon corps pour aller vous aimer face à face dans le ciel. Je vous aime, Bonté infinie, et j'espère vous aimer éternellement.
0 Marie, vous qui pouvez tout, priez Jésus de captiver mon âme dans les douces chaînes de son amour, et ne permettez pas que m'arrive encore le suprême malheur de perdre sa sainte grâce.
3 Janvier
OCCUPATIONS DE L'ENFANT JESUS DANS l'ÉTABLE DE BETHLÉEM.
Les deux occupations principales d'un solitaire sont la prière et la pénitence. Voilà précisément ce que fit Jésus dans l'étable de Bethléem. En cette froide caverne qu'il a choisie pour son oratoire, il ne cesse de prier son Père éternel ; il multiplie sans cesse les actes d'adoration et d'amour, ainsi que les supplications.
Avant la venue du Rédempteur, la Majesté divine avait été adorée, il est vrai, par les hommes et par les anges; mais elle n'avait certainement pas reçu de toutes ces créatures ensemble l'honneur que lui rendit l'Enfant Jésus en l'adorant dans ce sanctuaire témoin de sa naissance. Il nous importe donc, pour rendre nos actes de religion plus agréables à Dieu, de les unir aux sublimes adorations que Jésus offrit alors à son divin Père.
Combien aussi furent parfaits les actes d'amour que le Verbe incarné multipliait dans son oraison! Dieu avait dit à l'homme : Ta aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces; mais ce précepte n'avait jamais été parfaitement observé par aucun homme. La première des femmes qui l'accomplit, ce fut Marie; le premier des hommes, ce fut Jésus, qui le
remplit d'une manière immensément plus parfaite que Marie ; et l'on peut dire que l'amour des séraphins n'était que froideur en comparaison de celui du divin Enfant. Apprenons donc de lui à aimer notre Dieu comme nous le devons ; prionsle de nous communiquer une étincelle de cet amour très pur dont il aimait son Père éternel du fond de l'étable de Bethléem.
Combien aussi étaient belles, parfaites et agréables à Dieu, les prières de l'Enfant Jésus! Il priait son Père à tous les instants; toutes ses prières étaient pour nous, et même toutes pour chacun de nous en particulier. La multitude des grâces que nous avons reçues de Dieu, vocation à la vraie foi, appels réitérés à la pénitence, lumières, repentir des péchés commis, pardon, saints désirs, victoires remportées sur le démon et ses tentations, actes de vertu que nous avons faits et que nous ferons, actes d'humilité, d'amour, de remerciement, d'offrande, et de résignation : c'est Jésus qui nous a tout obtenu; tout est l'effet de ses prières. Combien donc nous lui sommes redevables, et comment pourrions-nous lui refuser le seul retour qu'il nous demande, l'amour de nos cœurs !
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Combien je vous suis redevable, ô mon cher ■Rédempteur! Si vous n'aviez prié pour moi, que je serais à présent malheureux! Je vous remercie, ô mon Jésus. Ce sont vos prières qui m'ont obtenu le pardon de mes péchés; par elles j'espère obtenir aussi la persévérance dans votre grâce. Vous avez prié pour moi ; je vous en rends grâces et je
vous supplie de me continuer ce tout-puissant secours. Ali! qu'il m'est doux de penser que dans le ciel vous continuez d'être notre intercesseur! « Nous avons, dit saint Jean, un avocat auprès du Père, et c'est Jésus-Christ. » Advocatum habemus apud Patrem, Jesum Chris tum (1). Cet avocat, dit saint Paul, ne cesse d'intercéder pour nous. Qui etiam interpellât pro nobis (2). Continuez donc de prier, ô mon Jésus, mais priez surtout pour moi, qui plus que personne ai besoin de vos prières. J'ai la confiance qu'en considération de vos mérites, Dieu m'a déjà pardonné ; mais comme je suis tombé tant de fois, je puis tomber encore; l'enfer ne se lassera jamais de me tenter pour me faire perdre de nouveau votre grâce et votre amitié.
Mon Sauveur, vous êtes mon espérance. C'est à vous que je demande la force de résister aux ennemis de mon âme; c'est de vous que je l'espère. Mais il ne me suffit pas de ne plus retomber dans mes péchés passés, je vous demande encore la grâce de vous aimer beaucoup. Si je devais mourir aujourd'hui, j'espérerais être sauvé; mais je vous aimerais peu dans le ciel, parce que je vous ai peu aimé jusqu'à ce jour. Mon Jésus, je veux vous aimer beaucoup le reste de ma vie, pour vous aimer beaucoup dans le ciel durant toute l'éternité. O Marie, ma Mère, priez Jésus pour moi; Vos prières sont toutes puissantes sur votre divin Fils qui vous aime infiniment. Puisque vous dési rez si ardemment de l«i voir aimé, suppliez-le, que dans sa bonté il me donne un grand amour pour Dieu, et que cet amour soit constant et éternel.
(1) /, Jo., 2, I.
{2) Rom.y S, 34.
4t Janvier PAUVRETÉ DE JESUS ENFANT.
0 ciel! qui ne serait ému de compassion, en voyant le fils d'un grand monarque naître dans une pauvreté si extrême qu'il n'aurait pour habitation qu'une caverne humide et froide, pour lit, un peu de paille, et pour couverture, quelques pauvres langes? — Mon Jésus, vous êtes le Fils du souverain Maître du monde, et c'est vous que je vois, en ce réduit couché dans une crèche; vous n'avez d'autre lit qu'un peu de paille humide, et à peine êtes-vous couvert de quelques misérables langes. Sans doute, des millions d'anges vous entourent et vous adorent, mais ils n'apportent aucun adoucissement à votre pauvreté. Cependant, ô mon Rédempteur, plus vous êtes pauvre, plus je vous trouve aimable, parce que je sais que vous avez volontairement embrassé cette pauvreté pour gagner plus sûrement mon amour. Si vous fussiez né dans un palais et qu'on vous eût couché dans un berceau d'or; si je vous voyais servi par les plus grands princes de la terre, vous m'inspireriez plus de respect mais moins d'amour. Au contraire, cette étable qui vous abrite, ces langes grossiers qui vous couvrent, cette paille sur laquelle vous reposez, cette crèche qui vous sert de berceau, oh ! comme tout cela presse mon cœur de vous aimer, d'autant plus que vous vous êtes fait si pauvre afin de gagner plus sûrement l'amour de mon cœur. « Plus il s'abaisse pour moi, dit saint Bernard, plus il m'est cher (1). » Vous vous faites
(1) QuantopromeYilior, tanto mihicariorl {InEpiph., s, i.
pauvre pour nous enrichir. Votre indigence, dit l'Apôtre, devient la source de notre richesse. Egenus factus est..., ut illius inopia vos divites essetis (1).
La pauvreté de Jésus est pour nous une source de richesses, en ce qu'elle nous anime à mépriser tous les trésors de la terre, pour ne plus estimer et rechercher que les seuls vrais biens, votre grâce et votre paradis. Pour imiter votre pauvreté, mon Jésus, combien de saints ont tout abandonné : richesses, honneurs, couronnes, préférant vivre pauvres avec Jésus pauvre pour leur amour! Le monde les taxe de folie, mais ils n'en sont pas moins les vrais sages. De grâce, ô mon Sauveur, détachez-moi de toute affection aux biens de ce monde afin que je devienne riche de votre saint amour. Désormais je ne veux désirer et rechercher d'autre bien que vous, mon Dieu, qui êtes le bien suprême et infini.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
O saint Enfant, que ne puiç-je vous dire, avec votre cher saint François : Deus meus et omnia. Mon Dieu et mon tout, et avec David : Que désirerais-je dans le ciel? Et sur la terre qu'amhitimnierais-je, sinon vous seul? Vous êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour l'éternité! (2) Puissé-je ne plus jamais désirer d'autre richesse que votre amour, n'avoir que du mépris pour toutes les vanités du monde! Hélas! par le passé, j'ai ardem-
(1) II, Cor., 8, 9.
(2) Quid enim miht est in cœlo? et a te qnid volui super terrain?... Deus cordis moi et pars mea, Deus, in œternum. (/'.s\, 72, 25.J
ment recherché ces biens que le monde estime; mais aujourd'hui j'en reconnais le vide; j'éprouve plus de joie à me tenir à vos pieds pour vous remercier et vous aimer, que je n'en ai trouvé dans toutes mes satisfations coupables.
Une seule pensée m'afflige, c'est la crainte que vous ne m'ayez pas encore pardonné. Mais votre promesse de pardonner à quiconque se repent, la pauvreté à laquelle je vous vois réduit pour mon amour, votre voix qui m'invite à vous aimer, les larmes, le sang que vous avez répandus pour moi au milieu de tant de douleurs et d'opprobres, la mort cruelle que vous avez soufferte pour mon salut, tout cela me console et me donne l'assurance du pardon. Si donc je n'étais pas encore rentré en grâce avec vous, dites-moi ce que je dois faire pour obtenir mon pardon. Voulez-vous que je me repente de mes péchés? je m'en repens de tout mon cœur! Voulez-vous que je vous aime? je vous aime plus que moi-même ! Voulez-vous que je renonce à tout ce qui n'est pas vous? eh bien! j'y renonce et je me donne tout à vous! Mon Dieu et mon unique trésor, je sens que je vous aime, je sens aussi que vous m'aimez. Ah! ne permettez pas que cet amour cesse jamais d'unir mon cœur au vôtre.
0 ma Mère, Marie, obtenez-moi la grâce d'aimer toujours Jésus et d'être toujours aimé de Jésus.
5 Janvier
l'adoration des bergers.
Evangelizo vobis gaudium magnum... , quia natus est vobis hodie salvator (1).
« Je tous annonce un sujet de grande joie : c'est qu'aujourd'hui même il vous est né un Sauveur. »
Telles sont les paroles par lesquelles l'Ange du Seigneur vint annoncer l'heureuse naissance de Jésus aux bergers, qui veillaient près de Bethléem, à la garde de leurs troupeaux. « Réjouissez-vous, leur dit-il, car il vous est né Un Sauveur. » Ces paroles célestes réveillèrent la foi de ces pauvres pâtres à la promesse d'un Messie, d'un Sauveur, faite par Dieu à nos premiers parents dans le paradis terrestre.
Mais à quel signe, demandent les bergers, pourrons-nous reconnaître le Messie? — Voici, dit l'envoyé céleste, les marques auxquelles vous le reconnaîtrez : Là, tout près de la ville, dans une caverne servant d'étable, vous trouverez un enfant nouveau-né, enveloppé de langes et couché sur la paille dans une crèche.
Ainsi, ce n'est point à César, l'empereur des Romains; ce n'est point à Hérode, gouverneur de la Judée, que l'ange vient annoncer la naissance du saint Enfant; ce n'est point aux grands de la terre, mais aux petits, a de pauvres et humbles
(1) Luc, 2, 10.
bergers; et cela, pour confondre l'orgueil, principale cause des misères de l'humanité.
Les bergers se rendent à l'invitation de l'Ange, ils trouvent rétable, ils entrent, et que voient-ils? un petit enfant couché sur la paille; mais la foi leur montre dans ce petit être le Dieu toutpuissant qu'Isaïe a contemplé sur un trône de gloire et de majesté au plus haut des cieux. Ils comprennent l'exemple d'humilité de Celui qui dira un jour : Discite a me quia mitis sum et humilis corde (1). « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Ils se disent ce qu'écrira dans la suite saint Bernard : « Plus il s'abaisse pour moi, plus je l'aime (2). »
Suivons donc ces privilégiés du souverain Seigneur, dit saint Jean Chrysostome (3), et pénétrons avec eux dans la grotte. Mais revêtons les sentiments d'une profonde humilité; car c'est pour les petits et les humbles que la porte en est ouverte. Empressons-nous de baiser les pieds du divin Enfant,
Les bergers offrirent à Jésus les présents de leur pauvreté, quelques-uns de leurs plus tendres agneaux. Il convient que nous présentions aussi à notre Dieu fait Enfant des offrandes qui lui soient agréables : un esprit animé d'une foi vive et d'une humilité profonde, un cœur tout embrasé de la divine charité.
(i) Mattà., H, 29.
(2) Quantopro me vilior, tanto mihi carior. {In Epifth. s., i.)
(3) In Ps.} 4.
AFFECTIONS ET PRIERES
0 saint Enfant Jésus ! vous m'invitez à m'approcher de vous, à vous baiser les pieds : comment l'oserai-je après vous avoir outragé par tant de péchés. Et cependant manquer de confiance et m'éloigner de vous, ce serait une nouvelle injure dont je ne veux pas me rendre coupable.
Je le confesse, ô adorable Enfant, je suis le barbare, le traître, l'ingrat qui vous a tant fait souffrir dès l'instant de votre naissance ; c'est moi qui ai provoqué vos larmes en si grande abondance dans l'étable de Bethléem. Mais ces larmes elles-mêmes sont mon espérance. Je ne suis pas digne de pardon, il est vrai; mais vous me pardonnerez puisque je viens à vous avec un cœur contrit et humilié. O Père éternel, je mérite l'enfer; mais regardez les larmes que verse votre Fils innocent pour m'obtenir miséricorde. Il vous demande grâce pour moi dans cette nuit même où il envoie ses anges proclamer par toute la terre la paix aux hommes de bonne volonté. Peu.- homi- )iiltns bonœ volunlatis.
O aimable Enfant Jésus, j'espère de vous mon panlon; mais ce pardon de mes péchés ne me suffit pas. Cette nuit d'allégresse estaussi une nuit de grâces; et il en est une que je vous demande en première ligne et avec la plus entière confiance, c'est la grâce de vous aimer. Oui, pendant que je me prosterne à vos pieds, embrasez-moi entièrement de votre saint amour. Attachez-moi à vous, niais attachez-moi si fortement que jamais ^o ne puisse plus me séparer de vous.
Je vous aime, ô Dieu fait Enfant pour moi. Hélas ! je vous aime trop peu ! Je veux vous aimer beaucoup. Vous seul, mon Jésus, pouvez me donner ce grand amour : ne me le refusez pas. En venant vous baiser les pieds, je vous offre mon pauvre cœur; acceptez-le; changez-le, et qu'il soit à vous pour toujours.
Très sainte Vierge Marie, ô Mère du saint Enfant Jésus, vous êtes aussi ma mère. Je vous donne mon cœur; offrez-le vous-même à votre divin Fils ; priez-le de l'accepter et de le garder à jamais.
G Janvier
l'adoration des mages.
Jésus naît pauvre dans une étable. Les anges du ciel le reconnaissent pour leur roi, mais les hommes le délaissent. A peine quelques bergers viennent-ils le visiter. Cependant notre Rédempteur songe dès lors à nous communiquer la grâce de la Rédemption; dès lors, il veut se manifester aux Gentils jusque-là ensevelis dans les ténèbres de l'idolâtrie. A. cette fin, il fait briller aux yeux des Mages une étoile miraculeuse et communique à leur esprit une lumière surnaturelle, afin que, sous cette double impulsion, il viennent reconnaître et adorer leur Sauveur. Tel est le premier et le plus grand bienfait que nous ayons reçu de notre divin Rédempteur, la vocation à la foi, suivie bientôt de la vocation à la grâce, dont les hommes étaient privés.
Sans tarder, les Mages se mettent en route; l'étoile mystérieuse les accompagne jusqu'à lo-
table où les attend leur Dieu fait Enfant. Ils arrivent, ils entrent. Que trouvent-ils dans cet humble réduit, sur lequel l'étoile vient de s'arrêter? « Ils trouvèrent, dit saint Matthieu, l'Enfant avec Marie. » Invenerunt puerum cum Maria (1). Une toute jeune femme, et un petit enfant couvert de pauvres langes; personne qui leur tienne compagnie et les entoure. Néanmoins, à leur entrée dans la grotte, les pieux pèlerins éprouvent une joie jusque-là inconnue; ils sentent que leur cœur est captivé par ^et aimable Enfant. La paille qui lui sert de lit, sa pauvreté, les tendres vagissements de leur Sauveur, quels traits d'amour, quelles heureuses flammes pour leurs cœurs éclairés î Le céleste Enfant revêt une expression de joie, et il sourit à ses visiteurs pour leur montrer avec quel bonheur il reçoit en eux les premières conquêtes de la Rédemption.
Les saints rois regardent ensuite Marie. Elle ne parle point, elle reste là en silence; mais son visage serein et respirant une douceur céleste leur témoigne qu'elle les accueille avec bonheur et qu'elle les remercie d'être venus les premiers reconnaître son divin Fils pour ce qu'il est réellement, pour leur souverain Seigneur. Considérons comment les Mages, gardant aussi un respectueux silence, adorent leur Dieu, lui rendenl leurs hommages, lui baisent les pieds, et lui offrent leurs présents, de l'or, de l'encens et de la myrrhe... ÀdôroilS avec eux notre tendre Roi Jésus, et offrons-lui notre ooaur,
(i) Malth., 2, ii.
AFFECTIONS ET PRIERES
Aimable Enfant, il est vrai que dans cette grotte je vous vois sur la .paille, pauvre, abandonné, sans aucune marque de votre grandeur; mais éclairé des lumières de la foi, je crois que vous êtes mon Dieu, descendu du ciel pour mon salut. Je vous reconnais donc pour mon souverain Seigneur et mon Sauveur. Mais je n'ai rien à vous offrir. Je n'ai pas l'or de la charité; car jusqu'ici je n'ai aimé que les créatures, j'ai suivi mes caprices, et je ne vous ai point aimé, vous infiniment aimable, vous qui seul méritez d'être aimé. Je n'ai pas l'encens de la prière; j'ai misérablement vécu sans penser à vous. Je n'ai pas la myrrhe de la mortification, moi qui, pour ne pas me priver de méprisables satisfactions, ai tant de fois déplu à votre bonté infinie. Que vous offrirai-je donc? Mon Jésus, je vous offre mon cœur tel qu'il est, pauvre et souillé; acceptez-le et changez- le, car vous êtes venu en ce monde pour laver nos âmes dans votre sang, les purifier des souillures du péché, et nous changer de pécheurs en saints. Donnez-moi donc cet or, cet encens, cette myrrhe qui me manquent. Donnez-moi l'or de votre saint amour, afin que je vous aime et que je n'aime plus que vous; donnez-moi l'esprit de prière; donnez-moi le courage et la force de me fortifier, de me refuser tout ce qui pourrait vous déplaire. Je ne veux plus avoir d'autre désir que de vous plaire en tout; mais vous connaissez ma faiblesse ; accordoz-moi la grâce de vous être fidèle.
Vierge sainte, qui avez accueilli les mages avec tant de bienveillance, et qui les avez si charita-
blement encouragés, daignez aussi m'accueillir et m'encourager, moi qui viens à leur exemple me prosterner aux pieds de votre divin Fils, et m'offrir à lui sans réserve. 0 ma Mère, j'ai une grande confiance en votre intercession; recommandezmoi à Jésus. Entre vos mains, je remets mon âme avec ma volonté, attachez-la pour toujours à l'amour de Jésus.
7 Janvier LA PRÉSENTATION DE JESUS AU TEMPLE.
Le temps est venu pour Marie d'aller par obéissance à la loi au Temple de Jérusalem se purifier et présenter son premier-né au Père éternel. Elle part avec son chaste époux. Joseph porte les deux tourterelles qui doivent servir d'offrande, et Marie prend son cher Enfant, le divin Agneau, qu'elle va offrir au Seigneur : c'était le prélude <lu solennel sacrifice que ce môme Fils de Dieu devait un jour accomplir sur la croix.
Considérons cette sainte et tendre Vierge entrant dans le Temple; voyons avec quelle générosité elle présente son divin Fils au nom du genre humain. « Voici, dit-elle au Père céleste, voici votre Fils unique, qui est aussi le mien; je vous l'offre comme une victime à môme d'apaiser votre justice irritée contre les pécheurs. Acceptez-le, ô Dieu de miséricorde, et ayez pitié de notre misère. Pour l'amour de cet Agneau sans tache, recevez les hommes dans votre grâce. »
L'offrande <le Jésus accompagne celle de Marie. « Me voici, dit ce divin Enfant : je viens, union
Père, vous consacrer toute ma vie. Vous m'avez envoyé dans ce monde pour le sauver par mon sang; voici mon sang et tout moi-même; je m'offre à vous sans réserve, pour le salut du monde. »
Jamais holocauste ne plut à Dieu comme ce sacrifice que lui fit alors son bien-aimé Fils, devenu en naissant notre prêtre et notre victime. « Il s'est livré lui-même pour nous, dit saint Paul, il s'est offert à Dieu comme hostie de propitiation. » Tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo (1). Si tous les hommes et tous les anges eussent offert leur vie à Dieu, ce sacrifice lui eût été assurément moins agréable que cette seule offrande de Jésus qui, étant celle d'un Dieu, rendit au Père éternel un honneur et une satisfaction infinis.
Jésus offre sa vie à son Père pour l'amour de nous ; n'est-il pas juste qu'en retour nous nous offrions à lui sans aucune réserve? C'est en effet son désir, comme il le fit entendre à la bienheureuse Angèle de Foligno quand il lui dit : « Je me suis offert pour toi, afin que tu t'offres à moi. »
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Père éternel, je ne suis qu'un misérable pécheur, digne de mille enfers; j'ose cependant me présenter aujourd'hui devant vous, Majesté infinie, pour vous offrir mon pauvre cœur. 0 Seigneur, quel cœur osé-je vous offrir! un cœur qui n'a pas su vous aimer, un cœur qui au contraire vous a si souvent trahi, pour se livrer aux créatures indignes
(1) Eph.t 5, 2.
de le posséder. Mais maintenant je vous l'offre pénétré de repentir ; je suis résolu de vous aimer à tout prix et de vous obéir en tout. Pardonnez-moi, mon Dieu, et faites que désormais je n'aime que vous. Je ne mérite pas d'être exaucé; mais votre divin Fils, devenu enfant et s'offrant à vous dans le temple, le mérite pour moi. Je vous offre donc cette innocente victime, votre Fils unique, en qui je mets toutes mes espérances. Je vous remercie, ô mon Père, de l'avoir envoyé sur la terre se sacrifier pour moi.
A vous aussi je rends grâce, ô Verbe incarné, Agneau divin, qui vous êtes spontanément offert à mourir pour le salut de mon âme. Je vous aime, mon cher Rédempteur, et je ne veux plus aimer que vous, puisque vous seul avez offert et sacrifié votre vie pour me sauver. Je ne puis, sans une profonde douleur, penser que, reconnaissant envers les créatures je ne l'ai pas été envers vous. Mais vous ne voulez pas ma mort; vous voulez que je me convertisse et que je vive. Oui, mon Jésus, je reviens à vous ; je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé, d'avoir offensé un Dieu qui s'est sacrifié pour moi. Rendez-moi la vie, et que cette vie soit tout entiï-iv employée à vous aimer, vous qui êtes le souverain bien. Faites que je vous aime : je ne vous demande rien de plus.
Marie, ma Mère, c'est pour moi aussi que vous avez offert dans le Temple votre divin Fils. De grâce, renouvelez cette offrande ; demandez au Père éternel qu'il daigne, pour l'amour de Jésus, me recevoir au nombre de ses serviteurs. Vous aussi, ma Souveraine, acceptez-moi au nombre de vos
— Wi —
serviteurs; car si je vous sers fidèlement, je servirai aussi Jésus, mon divin Roi.
8 Janvier