LA FUITE DE JESUS EN EGYPTE
Un ange apparaît à saint Joseph, pendant son sommeil, et l'avertit qu'Hérode fait rechercher l'Enfant Jésus pour lui ôter la vie. « Levez-vous donc, lui dit-il, prenez l'Enfant et sa Mère, et fuyez en Egypte. » Surge, accipe Puerum et Matrem ejus, et fuge in sEgyptum (1). Voilà que Jésus, à peine né, est condamné à mort et recherché par ses ennemis. Hérode est la figure de ces pécheurs récidifs, qui recommencent, les malheureux! à persécuter Jésus, alors qu'il est à peine rentré dans leur âme par l'absolution, et de nouveau le font mourir en eux par le péché. Comme ce prince impie, ils attentent à la vie de Jésus à peine né.
Joseph obéit sur-le-champ à l'ordre de l'ange après avoir communiqué ce triste message à sa sainte épouse. Il prend les quelques outils qu'il peut porter, afin de soutenir par son travail la pauvre famille en Egypte. Marie, de son côté, rassemble les quelques langes qu'elle tient à l'usage du divin Enfant; puis s'approchant du berceau où il repose, elle se met à genoux, baise les pieds de ce Fils chéri, et tout émue de compassion, elle lui dit en pleurant : « 0 mon Fils et mon Dieu, vous êtes venu en ce monde pour sauver les hommes, vous ne faites que de naître,
(4) Matth., 2, 13.
— isr; —
et voici que déjà les hommes vous cherchent pour vous faire mourir. » Là-dessus elle le prend dans ses bras, puis les deux saints époux, mêlant leurs pleurs, ferment la porte de leur pauvre logis et se mettent en route cette nuit-là même.
Considérons ce qui les préoccupe en chemin. Leur tendre Jésus est Tunique objet de leurs entretiens : c'est en parlant de sa patience et de son amour qu'ils se reposent de la fatigue et des ennuis de ce long voyage. Oh ! qu'il est doux de souffrir en présence de Jésus souffrant ! — 0 mon âme, s'écrie saint Bonaventure, accompagne ces trois saints et pauvres exilés ; compatis aux peines qu'ils endurent sur une route si longue et si difficile ; prie Marie de te confier son divin Fils, pour le porter dans ton cœur.
Considérons encore combien ils eurent à souffrir, surtout durant ces nuits froides qu'ils passèrent sans abri au milieu du désert. La terre nue leur sert de lit en plein air. L'Enfant Jésus verse des larmes, Marie et Joseph pleurent aussi de compassion. — 0 sainte foi! Qui ne pleurerait en voyant le Fils de Dieu, dans ce petit enfant pauvre el méprisé, le Fils de Dieu fuyant à travers le désert pour échapper à la mort.
AFFECTIONS ET TRIÈRES
Mon bien-aimé Jésus, vous, le Roi du ciel, vous voilà petit enfant, pauvre et méconnu, errant sur une terre étrangère. Votre pauvreté, vos abaissements m'émeuvent; mais combien je me sens navré de vous voir traité avec tant d'ingratitude par ces mêmes hommes que vous êtes venu
sauver. Vous pleurez, et moi aussi je pleure, en pensant que je fus un de ceux qui vous ont si indignement traité et persécuté; mais Dieu m'est témoin que je préfère votre grâce à toutes les richesses du monde. Mon Jésus, pardonnez-moi toutes mes offenses. Permettez qu'à l'exemple de Marie qui vous porta dans ses bras, je ne cesse de vous p€*isr dans mon cœur durant mon voyage vers l'éternité. Mon bien-aimé Rédempteur, je vous ai souvent banni de mon cœur; mais j'ai la confiance que maintenant vous en avez repris possession. Attachez-moi étroitement à vous par les douces chaînes de votre amour : je suis résolu de ne plus vous chasser de mon cœur.
Mais, qui m'assurera que je n'aurai plus le malheur de me séparer de vous comme par le passé? Ah! mon Sauveur, faites-moi mourir plutôt que de me laisser tomber dans cette nouvelle et plus horrible ingratitude. Je vous aime, Bonté infinie, et je veux répéter sans cesse :je vous aime, oui je vous aime. Je veux vivre et j'espère mourir en redisant avec le Psalmiste : Deus cordis mei, et pars mea, Deus, in sélénium. « Vous êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour l'éternité. » Omon Jésus, vous si bon et si aimable, faites-vous donc aimer. Faites-vous aimer de tant de pécheurs qui vous outragent. Daignez éclairer ces pauvres pécheurs; faites-leur connaître de quel amour vous les aimez, et quel amour reconnaissant vous méritez. Faitesvous connaître, ô mon Jésus, faites-vous aimer.
Très sainte Vierge Marie, ô tendre Mère, qui partagez les souffrances de votre Fils Jésus, obtenez-moi la grâce de le porter toujours dans mon cœur durant ma vie et à ma mort.
9 Janvier