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LA MÉDITATION DE LA PASSION EXERCE NOTRE FOI

Une âme qui considère attentivement les douleurs et les ignominies que Jésus-Christ a endurées pour nous, se sent bientôt embrasée du feu de la divine charité ; alors, dans un élan irrésistible, elle prend la ferme résolution de se sanctifier, car elle craindrait de se montrer ingrate envers un Dieu si aimant. Mais pour contempler le mystère de notre Rédemption, la foi nous est indispensable. Qui, en effet, pourrait jamais, sans cette infaillible lumière, croire ce que Dieu a réalisé de merveilles pour l'amour de nous? * Il s'est lui-même anéanti, en prenant la forme de serviteur, » dit saint Paul. Semetipsum exinaniuit, formant servi accipiens (1).

En voyant Jésus né dans une étable, qui pourrait croire qu'il est ce même Seigneur que les anges adorent dans le ciel? En le voyant fuir en ;>!•' pour échapper aux mains d'Hérode, qui pourrait croire qu'il est le Tout-Puissant? En le

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voyant réduit à l'agonie, par la tristesse qui Taccable dans le jardin des Olives, qui pourrait croire à sa suprême félicité? Quand enfin il est attaché à la colonne de la flagellation, cloué sur la croix, qui pourrait reconnaître dans ce supplicié le Maître de l'univers?

0 sainte foi, dites-nous, qu'est-ce que Jésus- Christ? Quel est cet enfant qui naît le plus pauvre et le plus délaissé des hommes? Saint Jean l'atteste : c'est le Verbe éternel, le Fils unique de Dieu. Verbum caro factura est (1). « Le Verbe s'est fait chair. » — Quelle vie cet Homme-Dieu mènet-il sur la terre? Voici la description qu'en a faite le prophète Isaïe : Vidimus eum... despectum et novissimum virorum virum dolorum (2). « Nous l'avons vu, le plus méprisé, le dernier des hommes, un homme de douleurs. » Jésus-Christ a donc voulu être l'Homme des douleurs, c'est-à-dire qu'il a voulu souffrir toutes les douleurs imaginables, et les souffrir à tous les instants de sa vie sans en excepter un seul. Il fut l'Homme des douleurs et en même temps l'Homme des mépris, c'est-à-dire que personne n'a été plus outragé et plus humilié que lui, comme s'il eût été le dernier et le plus méprisable de tous les hommes.

Un Dieu enchaîné par les bourreaux comme un malfaiteur! Un Dieu flagellé comme un esclave! Un Dieu traité en roi de théâtre ! Un Dieu qui meurt cloué à un bois infamant! N'y a-t-il pas, dans cette contemplation, de quoi exercer notre foi?

(1) Jo., 1, 14.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Ah! Dieu d'amour, est-il possible qu'un tel excès de bonté reste sans correspondance de notre part? On a coutume de dire que l'amour se paie par l'amour; mais votre amour, ô Jésus, par quel amour pourra-t-il jamais être payé? Pour compenser l'amour qui vous a engagé à mourir pour nous, il faudrait qu'un autre Dieu endurât la mort pour vous. Et puis, Seigneur! comment avezvous pu dire que vous faites vos délices d'habiter parmi les hommes, puisque de la plupart vous n'avez reçu que des injures et toute sorte de mauvais traitements? L'amour change-t-il donc pour vous en délices les douleurs et les outrages que vous endurez pour nous?

O mon aimable Rédempteur, je ne veux plus résister à tant de preuves de votre tendresse ; je vous donne mon cœur et tout mon amour. Vous êtes et vous serez toujours l'unique Bien-aimé de mon âme. Vous vous êtes fait homme, afin de pouvoir donner pour moi votre vie divine; je voudrais avoir mille vies, afin de les sacrifier toutes pour vous. Je vous aime, Bonté infinie, et je veux vous aimer de toutes mes forces. Je veux faire tout ce que je pourrai pour vous plaire. Vous, innocent, vous avez souffert pour moi; moi, pécheur qui ai mérité l'enfer, je veux souffrir pour vous tout ce qu'il vous plaira. Mon Jésus, seconde/ par vos mérites ce désir que vous m'inspirez, de me sacrifier à votre bon plaisir. O Dieu infini. je crois en vous, j'espère en vous, je vous aime.

Marie, ma Mère, intercédez pour moi.

LA MEDITATION DE LA PASSION EST UN EXCEL- LENT MOYEN D'ACQUÉRIR L'AMOUR DE JESUS- CHRIST.

Un excellent moyen pour obtenir le parfait amour de Jésus-Christ, c'est de méditer sa sainte Passion. En effet, qui pourrait nier que la dévotion envers la Passion du Sauveur ne soit, de toutes les dévotions, la plus utile, la plus touchante, la plus agréable à Dieu, celle qui console davantage les pécheurs et enflamme le plus les âmes aimantes? De quelle source recevons-nous tant de biens spirituels, sinon de la Passion de Jésus-Christ? Où puisons-nous l'espérance du pardon, la force contre les tentations, l'espoir assuré d'arriver au ciel? D'où nous viennent tant de lumières, tant d'invitations pleines d'amour, tant de mouvements intérieurs qui nous portent à changer de vie, tant de bons désirs de nous donner à Dieu, sinon de la Passion de Jésus- Christ. L'Apôtre avait donc raison de déclarer anathème à quiconque n'aime pas Jésus-Christ. Si quis non amat Dominum nostrum Jesum Christum, sit anathema (1).

Selon saint Bonaventure, il n'est point de dévotion plus propre à sanctifier une âme, que la méditation de la Passion de Jésus-Christ, et il nous conseille de nous appliquer chaque jour à ce saint exercice, si nous voulons progresser dans

(1) /, Cor., 16, 2-2.

l'amour divin (1). Saint Augustin va jusqu'à dire qu'on mérite plus en versant une larme au souvenir de la Passion, qu'en jeûnant au pain et à l'eau, un jour chaque semaine durant toute une année (2). »

Aussi les saints se sont-ils appliqués sans relâche à contempler les souffrances du Sauveur. Saint François d'Assise devint par là un vrai séraphin. Quelqu'un l'ayant un jour rencontré versant d'abondantes larmes et poussant des cris plaintifs, lui en demanda la cause : « Je pleure, répondit le saint, sur les douleurs et les ignominies de mon divin Maître; et ce qui m'afflige le plus, c'est que les hommes pour qui il a tant souffert n'y pensent pas. » Et ses larmes redoublèrent. Elles produisirent dans l'âme de son interlocuteur une si vive émotion, que celui-ci se mit aussi à pleurer. Le même saint François entendait-il bêler un agneau, voyait-il quelque objet propre à lui rappeler le souvenir de Jésus souffrant? Il se mettait aussi lui à verser des larmes de compassion. Un jour qu'il était malade, on lui conseilla de se faire lire quelque livre de piété : « Mon livre, répondit-il, mon livre, c'est Jésus crucifié. » Il ne se lassait pas non plus d'exhorter ses Frères à penser continuellement aux souffrances de Jésus-Christ.

(1) Si vis proficere, quotidif mediteris Domini passionem, niliil eniin in anima ita opéra tur universalein sanctiinoniam, sicut medltatlo paaatonia ('liristi.

(2) Magta meretur, vol imam lacrymam emittens oit merci passionls Christl quam si qualibet :mni hebdomada

in pane et aqua jejunaret.

AFFECTIONS ET PRIERES

0 Verbe éternel, vous avez passé trente-trois années dans les travaux et les souffrances, vous avez versé votre sang et donné votre vie pour sauver les hommes; vous n'avez rien épargné pour gagner leur amour : comment donc se peutil trouver des hommes qui, sachant tout cela ne vous aiment point? — Hélas! je suis moi-même un de ces ingrats? Je reconnais mes torts à votre égard, ô mon Jésus : ayez pitié de moi. Je vous offre mon cœur, un cœur ingrat, il est vrai, mais maintenant pénétré de repentir. Oui, je me repens souverainement de vous avoir méprisé, ô mon cher Rédempteur; je m'en repens et je vous aime de toute mon âme. O mon âme, aime un Dieu enehaîné pour toi comme un malfaiteur, un Dieu pour toi flagellé comme un esclave, un Dieu pour toi traité en roi de théâtre, un Dieu enfin pour toi mort sur une croix comme un criminel.

Oui, mon Sauveur et mon Dieu, je vous aime, je vous aime. Ah ! rappelez-moi sans cesse combien vous avez souffert pour moi, afin que je n'oublie jamais plus de vous aimer. Liens sacrés, qui avez enchaîné Jésus, liez-moi à Jésus. Épines, qui avez couronné Jésus, blessez-moi d'amour pour Jésus. Clous, qui avez percé les membres de Jésus, clouez-moi à la croix de Jésus afin que je vive et que je meure uni à Jésus. 0 sang de Jésus enivrez-moi du saint amour. 0 mort de Jésus, faites-moi mourir à toute affection terrestre. 0 pieds percés de mon divin Maître, je vous ombrasse; délivrez-moi de l'enfer que j'ai mérité.

Mon Jésus, dans l'enfer je ne pourrais plus vous aimer, et cependant je veux vous aimer toujours. Mon bien-aimé Sauveur, sauvez-moi ; attachez-moi étroitement à vous, et faites que je ne vous perde jamais plus.

0 Marie, Mère de mon Rédempteur et refuge des pécheurs, aidez un pécheur qui veut aimer Dieu et qui se recommande à vous; secourez-moi, pour l'amour que vous portez à Jésus-Christ.

si l'on n'aime pas jésus-christ, c'est que l'on ne pense guère a ses souffrances.

Comment se fait-il que tant de chrétiens regardent le crucifix d'un œil si indifférent? Ils assisteront pendant la semaine sainte aux solennités qui rappellent la mort de Jésus-Christ, mais sans aucun sentiment d'affectueuse reconnaissance et comme s'il s'agissait de simples fictions ou d'événements qui ne les touchent point. Ignorent ils ou ne croient-ils pas le récit des Évangiles concernant la Passion de notre Sauveur. Ils le connaissent et y croient, mais ils n'y pensent pas; car il est impossible qu'un chrétien croie à la Passion du Sauveur et y pense sérieusement sans être vivement excité à aimer un Dieu qui souffre et qui meurt pour son amour.

« L'amour de Jésus-Christ nous presse », dit l'Apôtre, Charitas Christi urget nos (1). Il vent nous faire comprendre que, dans la Passion de Notre-Seigneur, nous «levons considérer moins

(i) //, Cor., 5,14.

encore ses souffrances et ses humiliations que l'amour qui les lui fit embrasser. Car si Jésus- Christ voulut tant souffrir, ce ne fut pas seulement pour nous sauver : il lui suffisait pour cela d'une simple prière; mais ce fut surtout pour nous apprendre quel amour il nous porte et gagner ainsi nos cœurs. Une âme qui pense à cet amour de Jésus-Christ ne peut s'empêcher de l'aimer. La charité de Jésus-Christ la presse ; elle se sent enchaînée à lui et comme contrainte de lui consacrer toutes ses affections. Tel est en effet le but que s'est proposé Jésus-Christ : il est mort pour nous tous afin que tous, renonçant à vivre pour nous-mêmes, nous vivions uniquement pour ce Rédempteur plein d'amour qui a sacrifié pour nous sa vie divine.

Heureuses êtes-vous donc, âmes aimantes, qui méditez souvent la Passion de Jésus-Christ. « Aux célestes sources des plaies du Sauveur vous puiserez, dit Isaïe, les eaux intarissables de l'amour et de la confiance. » Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris (1). Il n'est pas de si grand pécheur qui ne sente le repentir et la confiance naître dans son âme, s'il considère attentivement la Passion de Jésus-Christ

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Que ne puis-je, ô mon Jésus, me dépenser pour vous, comme vous vous êtes dépensé pour moi! Après m'avoir tant aimé, après avoir acquis mille titres à mon amour, faites encore que je ne sois pas ingrat envers vous ; car je serais bien ingrat si

j'aimais quelque objet hors de vous. Vous m'avez aimé sans réserve, c'est aussi sans réserve que je veux vous aimer. Je laisse tout, je renonce à tout pour me donner à vous sans partage et fermer mon cœur à tout autre amour. De grâce, ô mon Amour, acceptez-moi, et oubliez tous les déplaisirs que je vous ai causés par le passé ; ne voyez en moi qu'une de ces brebis pour lesquelles vous avez répandu votre sang. « Au nom de ce sang précieux, je vous en supplie, secourez votre pauvre serviteur. » Te ergo quœsumus, famulis tuis subveni, quos pretioso sanguine redemisii.

Punissez-moi comme vous le voulez; pourvu que vous m'épargniez le malheur de ne pouvoir plus vous aimer, disposez de moi comme il vous plaît. Privez-moi de tout; mais, mon Jésus, ne me privez pas de vous, qui êtes mon unique bien. Que demandez-vous de moi? Daignez me l'apprendre : moyennant votre grâce, je suis prêt à l'exécuter entièrement. Faites que j'oublie tout pour ne me souvenir que de vous et de l'amour avec lequel vous avez tant souffert pour moi. Faites que je ne pense plus désormais qu'à vous aimer et à vous plaire. Regardez-moi de ce même regard d'amour que vous avez jeté sur moi du haut de la croix ;i\;int de mourir pour mon salut. Je mets en vous toutes mes espérances; exaucez-moi.

O Vierge sainte, ma Mère et mon espérance, tendre Marie, recommandez-moi à votre Fils, et <u»'»*nez que je sois fidèle à l'aimer jusqu'à la mort.

LA CONSIDERATION DE LA PASSION NOUS FORCE EN QUELQUE SORTE A AIMER JESUS-CHRIST.

Si froide que soit une âme envers Dieu, qu'elle se décide seulement à méditer la Passion de Jésus- Christ, et bientôt elle se sentira contrainte à aimer de tout son cœur ce divin Maître. Oui, pour aimer Dieu, il suffît que cette âme considère, avec les yeux de la foi, ce que les divines Écritures nous disent de l'amour que le Sauveur nous a témoigné dans sa Passion. Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit... Vulneratus est propter iniquitates nostras, attritus est propter sceleva nostra (1). « Il a vraiment pris sur lui nos misères, dit Isaïe, et porté nos péchés... Il a été blessé pour nos iniquités, il a été broyé pour nos crimes, »

Il est de foi que Jésus-Christ a voulu prendre sur lui et endurer les peines qui nous étaient dues afin de nous en délivrer. Pourquoi a-t-il voulu ainsi expier nos péchés, payer toutes nos dettes? — Parce qu'il nous aimait, dit saint Paul. — Christus dilexit nos et tradidit semetipsum pro nobis (2). « Le Christ nous a aimés et il s'est livré pour nous. » — « Il nous a aimés, dit saint Jean, et il nous a purifiés des souillures du péché dans son sang divin. » Dilexit nos et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo (3).

Jésus-Christ se montre à nous sur une croix, les mains et les pieds transpercés de trois clous qui

(2) Eph., 5, 2.

(3) Apoc, 1, 5.

l'y retiennent fixé à l'instrument de son supplice, répandant son sang par tous ses membres et agonisant dans les plus cruelles souffrances. Pourquoi le Sauveur s'offre-t-il à nos regards dans un état si propre à émouvoir les cœurs? Est-ce seulement pour exciter notre compassion? Oh! non. S'il s'est réduit à un état si lamentable, c'est moins pour nous rendre sensibles à ses souffrances que pour se faire aimer de nous.

Savoir que le Seigneur nous aime de toute éternité, comme il l'a déclaré par son prophète : la charitate perpétua dilexi te (1). « Je t'ai aimé de toute éternité » : ce devait être pour chacun de nous un motif plus que suffisant pour nous porter à lui consacrer notre cœur. Mais voyant que cela ne suffisait pas pour nous arracher à notre tiédeur et nous obliger à l'aimer comme il le désirait, Dieu a voulu nous donner des preuves visibles et incontestables de son amour pour nous : il s'est exposé à nos regards tout couvert de plaies et mourant de douleur sur une croix pour nous. Par le spectacle de ses souffrances, Jésus-Christ a voulu nous faire comprendre le tendre et immense amour qu'il nous }x irte, et ainsi gagner notre cœur.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Cœur très aimable et très aimant de Jésus, qu'il est malheureux le cœur qui ne vous aime pas ! i:ii quoi! Seigneur, vous êtes mort sur la croix, sans aucun soulagement, pour l'amour des hommes; comment après cela les hommes peuvent-ils

(1) Jer., 31, 3.

vivre sans penser à vous? — 0 amour de Dieu! 0 ingratitude des hommes! — 0 hommes, regardez donc l'Agneau de Dieu, cet innocent Agneau, agonisant et mourant sur cette croix pour vous, pour apaiser la justice divine en expiant vos péchés, et par ce bienfait vous attirer à son amour. Voyez comme il prie Dieu, son Père, de vous pardonner; regardez-le et aimez-le. Ah! mon Jésus, qu'il en est peu qui vous aiment! Malheureux que je suis, j'ai passé moi-même tant d'années sans vous aimer; je vous ai au contraire tant offensé ! Mon bien-aimé Rédempteur, par mes péchés j'ai mérité l'enfer; mais ce qui m'afflige, c'est surtout de penser qu'en vous offensant je méprisais votre amour.

0 douleurs de Jésus, ô ignominies de Jésus, ô plaies de Jésus, ô mort de Jésus, ô amour de Jésus, fixez-vous dans mon cœur; que votre doux souvenir y vive sans cesse; qu'il me blesse continuellement et m'enflamme d'amour. Je vous aime, mon Jésus; je vous aime, mon souverain bien; je vous aime, mon amour, mon tout; je vous aime et je veux vous aimer à jamais. Ah! ne permettez pas que je vous quitte et que je vous perde encore; faites que je sois tout à vous. Accordez-moi cette grâce; je vous la demande par les mérites de votre mort, en laquelle j'ai une ferme confiance.

En vous aussi je mets ma confiance, ô Marie. Ma Reine, faites que j'aime Jésus-Christ, et que je vous aime aussi, vous qui êtes ma Mère et mon espérance.

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