‹ Le divin SauveurChapitre 54 sur 103 · TRAHISON DE JUDAS. — JESUS EST CHARGE DE CHAINES · texte numérisé non relu

TRAHISON DE JUDAS. — JESUS EST CHARGE DE CHAINES

Voici que le traître Judas arrive dans le jardin des Oliviers à la tête des soldats envoyés par les chefs de la synagogue. Il s'avance vers Jésus et lui donne un baiser. Jésus reçoit ce baiser; mais connaissant les perfides desseins de ce disciple infidèle, il lui reproche par une plainte pleine de tendresse sa noire trahison : « Eh quoi! ô Judas, lui dit-il, c'est par un baiser que tu trahis le Fils de l'homme! » Juda! osculo Filium hominis tradis?(i). A l'instant les insolents ministres de la haine des Juifs se précipitent sur Jésus, lui lient les mains derrière le dos et l'enchaînent comme un malfaiteur (2).

Cieux! que vois-je? un Dieu enchaîné! Par qui? par les hommes, par des vers de terre ses créatures! Anges du ciel, qu'en dites vous? Et vous, ô mon Jésus, pourquoi vous laissez-vous ainsi lier?

(2) Ministri Jud.Torum comprehenderunt Jesuni et ligaverunt l'uni. {Jo., 18, 12.

Qu'ont de commun avec vous, demande saint Bernard, les fers des esclaves et des criminels, avec vous le Saint des saints, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs? 0 Rex regum et Dominus dominantium, quid tibi et vinculis (1)? Et ces chaînes dont des hommes vous chargent, qui vous empêche de les briser, de vous délivrer des tourments et de la mort qu'on vous prépare? — Ah! je le comprends, ô mon divin Maître, ce ne sont pas ces liens, c'est l'amour seul qui vous tient captif et qui vous force à souffrir et à mourir pour nous. — « O amour divin, s'écrie à ce sujet saint Laurent Justinien, que tu es un lien puissant, puisque tu as pu enchaîner un Dieu et le contraindre à mourir pour le salut des hommes (2)! »

AFFECTIONS ET PRIÈRES

O mon Sauveur, permettez-moi de répéter ce que vous disait en gémissant saint Bernard : Quid tibi et vinculis, Qu'y a-t-il donc de commun entre vous et les chaînes destinées aux malfaiteurs? Qu'avez-vous donc fait, ô très innocent Sauveur, pour être ainsi condamné avant tout jugement? Ah! je le comprends, votre crime, c'est votre amour. — Mon bien-aimé Jésus, je baise les cordes qui vous lient les mains; elles me délivrent des chaînes éternelles que j'ai méritées. Malheureux ! que de fois n'ai-je pas renoncé à votre amitié pour me constituer volontairement l'esclave de satan; que de fois n'ai-je pas ainsi déshonoré votre Majesté infinie!

(1) /te Pass., c, 4.

(2) O charitas, quam magnum est Tinculum tuura, quo De us ligari potuit. {Lign. vif. de Char., c. 6.)

Je me ropens souverainement, ô mon Dieu, de vous avoir fait cette criante injure. Par les douces chaînes de votre amour attachez à vos pieds ma volonté rebelle, pour que désormais elle se porte uniquement à ce qui vous plaît. Faites que votre volonté sainte soit désormais l'unique règle de toute ma vie. Et comme vous avez eu tant de sollicitude pour mon bonheur, faites que je n'aie plus d'autre souci que de vous plaire en tout. Je vous aime, ô mon bien suprême, je vous aime et je veux que vous soyez désormais l'unique objet de mes affections. Je reconnais que vous seul m'avez aimé véritablement, et je ne veux plus aimer que vous. Je renonce à tout ce qui n'est pas vous : vous seul me suffisez.

O Marie, ma bonne Mère, liez-moi, enchaînezmoi à votre divin Fils de telle sorte que je ne puisse plus me séparer de lui.

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