JÉSUS EST MALTRAITÉ PAR SES ENNEMIS; SES APOTRES L'ARANDONNENT
Comprehenderunt Jesum et ligaverunt eum (1). « Ils prirent Jésus et le lièrent. » 0 ciel! un Dieu lié! Que dirions-nous si nous voyions un roi fait prisonnier et chargé de chaînes par ses propres sujets? Et que dirons-nous donc en voyant Dieu à la merci d'une vile populace? — Vois, mon âme, comme l'un lui saisit les mains, un autre le lie, celui-ci l'injurie, celui-là le frappe! L'innocent Agneau se laisse lier et frapper à leur gré; il ne
(1) Jo., 18, 12.
cherche point à fuir, il n'appelle personne à son secours, il ne se plaint pas de ce débordement d'injures, il ne demande pas qui Fa frappé ni pourquoi il est maltraité. Ainsi s'accomplit la parole du prophète Isaïe : Oblatus est quia ipse voluit, et non aperuit os suum; sicut ovis ad occisionem ducetur (1). « Sacrifié parce qu'il l'a bien voulu, il n'a point ouvert la bouche; comme une brebis que l'on conduit à la boucherie, ainsi il sera conduit au lieu de son supplice. » Jésus ne profère aucune parole, aucune plainte, parce qu'il s'est offert lui-même à la divine justice afin de payer nos dettes en mourant pour nous; voilà pourquoi il se laisse conduire à la mort, sans opposer plus de résistance qu'un tendre agneau qu'on mène à la boucherie et sans même ouvrir la bouche pour se plaindre.
Considérons maintenant comment, ainsi chargé de chaînes et entouré d'une vile soldatesque, notre Sauveur est poussé hors du jardin et mené à la hâte dans la ville chez les princes des prêtres. Et ses disciples, où sont-ils? que font-ils? Si du moins, ne pouvant le délivrer des mains de ses ennemis, ils l'accompagnaient pour défendre son innocence devant les juges ou pour le consoler par leur présence ! Mais non, dit l'Évangile, « tous prennent la fuite et l'abandonnent. » l'une discipuli ejus relinquentes eum, omnes fugerunt (2). — Quelle ne fut pas la douleur de Jésus, lorsqu'il se vit abandonné de ceux même qui lui étaient le plus chers! Hélas! il se représentait alors non seulement ses disciples infidèles, mais encore
12) Ma
Marc, 14, 50.
toutes les âmes qui, après avoir été comblées de ses faveurs, devaient l'abandonner et payer d'ingratitude ses innombrables bienfaits.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon Jésus, ce n'était donc pas assez d'être trahi, vendu et livré à vos ennemis par l'un de vos disciples; voilà que tous les autres ont l'ingratitude de vous abandonner à la merci de vos ennemis ! Qui prendra votre défense si dès l'abord vos plus chers amis s'éloignent et vous délaissent? Mais, hélas! cette indignité ne finit point avec votre Passion! Combien d'âmes, après s'être mises à votre suite, après avoir reçu de vous des grâces sans nombre et des marques spéciales de votre amour, se laissent captiver par le désir des richesses, par le respect humain ou par l'amour de coupables plaisirs. Combien ne voit-on pas de ces âmes spécialement favorisées de vos grâces de choix pousser l'ingratitude jusqu'à vous abandonner!
Que celui qui se reconnaît à ce portrait dise donc en gémissant : Ah ! mon bien-aimé Jésus, pardonnez-moi; je suis résolu de ne plus vous quitter. Plutôt perdre la vie, et mille fois, que votre grâce! Vous m'avez prodigué lumières, faveurs, saintes inspirations; et moi, j'ai oublié ces bienfaits, je me suis éloigné de vous. Avez pitié de moi, ô mon Sauveur, et daignez m'accueillii encore aujourd'hui que, touché de vos bontés et pénétré de repentir, je reviens à vous pour ne plus vous quitter, ô trésor, ô vie, à unique amour de mon âme!
0 Marie, ne permettez pas que j'aie jamais plus le malheur de trahir votre divin Fils; faites que je lui sois fidèle jusqu'à la mort.