‹ Le divin SauveurChapitre 56 sur 103 · JÉSUS EST CONDUIT GOMME UN MALFAITEUR PAR LES RUES DE JERUSALEM · texte numérisé non relu

JÉSUS EST CONDUIT GOMME UN MALFAITEUR PAR LES RUES DE JERUSALEM

Les soldats envoyés pour s'emparer de Jésus l'ayant lié et enchaîné comme un malfaiteur, remmenèrent chez Caïphe le grand-prêtre, où les scribes et les anciens du peuple étaient assemblés (1). Ainsi garrotté, notre Sauveur entre dans Jérusalem, où quelques jours auparavant il a été reçu avec tant d'honneurs, par une foule enthousiaste qui l'acclamait en s'écriant : Gloire au Fils de David, béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur! Cette fois il traverse de nuit les mêmes rues, à la clarté sinistre des torches et des lanternes. Entendant les cris de la foule déjà ameutée contre lui, chacun croit qu'on amène quelque grand scélérat. Les habitants se pressent aux fenêtres et demandent qui l'on a capturé : On leur répond que c'est Jésus de Nazareth, qui a été reconnu pour un séducteur, un imposteur, un faux prophète, un homme digne de mort. Tous font alors éclater leur mépris et leur indignation contre ce Jésus que naguère ils ont accueilli comme le Messie, et qui maintenant est arrêté comme un fourbe, par ordre des juges! Chacun passe bien vite de l'admiration à la haine ; on se repent, on rougit d'avoir rendu à un malfaiteur les honneurs dus au Messie.

(1) Atilli, tenentes Jesum, duxcrunt ad Caïpham. principem sacerdotum, ubi scribœ et seniores convenerant. (Matt/i., K 5*?-)

C'est ainsi que le cortège arrive chez le grandprêtre Caïphe, à qui notre Rédempteur est présenté par une horde triomphante. Caïphe veillait en l'attendant. Il ne se sent plus de joie lorsqu'il voit en sa présence Jésus seul et abandonné des siens. — Vois, mon âme, ton doux Seigneur chargé de chaînes à l'instar d'un criminel; il baisse la tête devant ce pontife superbe, et son maintien respire l'humilité et la patience. Vois son beau visage qui au milieu de tant d'humiliations et d'injures n'a rien perdu de sa sérénité ni de sa douceur! Ne mérite-t-il pas d'être aimé?

Mon Jésus, maintenant je vous vois entouré non pas hélas! d'anges qui vous louent, mais d'une vile populace qui vous hait et vous méprise : que ferai-je? me joindrai-je à vos ennemis comme je l'ai fait par le passé? Oh ! non, mon Sauveur, je ne vous ai déjà que trop offensé, je veux employer le reste de ma vie à vous louer et à vous aimer comme vous le méritez; je vous promets de n'aimer plus que vous seul; oui, mon Dieu, vous serez désormais mon unique amour, mon unique bien, mon tout. Deus meus et omnia.

Ah! si je vous aimais, mon Jésus, si je vous aimais ! en considérant ce que vous avez soutint pour me sauver, les douleurs, les opprobres, tous 1rs mauvais traitements se changeraient pour moi en délices. I><* j;râce, accordez-moi votre amour; alors je souffrirai avec joie ou du moins en patience le peu que vous me donnerez à souffrir. Ne me laissez pas mourir avant que j<1 vous aie

témoigné ma reconnaissance pourtant de marques de votre bonté. Je me propose de dire sans cesse dans mes peines et afflictions : Mon Jésus, j'embrasse cette croix pour votre amour; je veux la porter pour vous plaire.

0 Marie, ma Mère, obtenez-moi la patience et le courage d'imiter votre divin Fils méprisé et humilié pour mon amour.

JÉSUS ABREUVÉ d' OPPROBRES NOUS ENSEIGNE l'amour DES MÉPRIS ET DES HUMILIATIONS.

Saint Bernard dit que les hommes au cœur grand et généreux sont plus sensibles aux mépris qu'aux souffrances physiques (1). De fait, celles-ci n'affectent que le corps, partie matérielle de notre être ; tandis que les mépris vont jusqu'à l'àme, laquelle étant spirituelle et par conséquent plus noble, est par le fait même plus délicate et plus à même de souffrir. Or, ce que l'imagination de l'homme n'eût jamais pu se représenter, le monde l'a vu : il a vu le plus auguste personnage du ciel et de la terre, le Fils unique de Dieu, descendu parmi nous et fait homme pour l'amour des hommes, obligé d'essuyer de leur part mille mépris et outrages tels que n'en subit jamais le plus vil scélérat. « Nous l'avons vu, dit Isaïe, il était devenu le dernier et le plus méprisé des hommes. » Vidimus eum... despectum et novissimum virorum (2). Dans sa Passion, dit saint An-

(1) Nobiles animi pluris faciuut ignominiam, quam dolores corporis.

selme, Jésus-Christ a voulu souffrir tant et de si cruelles humiliations, qu'on n'aurait pu en assumer davantage (1).

0 souverain Maître du monde, vous êtes le Roi des rois, et vous avez bien voulu devenir le plus méprisé d'entre tous les hommes. Et pourquoi? Ah ! je le comprends : vous avez voulu m'enseigner par votre exemple l'amour des mépris et des humiliations. Puis donc que vous avez sacrifié votre honneur pour l'amour de moi, je prends la ferme résolution de souffrir patiemment pour votre amour toutes les injures et tous les affronts.

Dans sa douloureuse Passion, notre divin Sauveur fut abreuvé d'humiliations, même de la part de ses disciples auxquels il n'avait cessé de témoigner le plus ardent amour : l'un d'entre eux le trahit et le vend à ses ennemis pour trente deniers; un autre le renie à plusieurs reprises, attestant publiquement qu'il ne le connaît pas, et témoignant ainsi qu'il rougit de l'avoir connu par le passé ; tous enfin, le voyant pris et garrotté, l'abandonnent et prennent la fuite. Tune discipuli ejus, relinquentes eum, omnes fugerunt (2). Vois, mon âme, s'il était possible que ton Sauveur fût plus humilié.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 novissimum et allissimum (3). 0 Dieu l'ivs- Huuf devenu le dernier des hommes, s'écrie saint Bernard, ô notre Créateur et souverain Seigneur,

(1) Ipse se tantum humiliavit, ut ultra non posset. (In Vit il., 2.)

(2) Marc, 14,

i3) Serm. de Pas*.

comment pouvez-vous accepter d'être l'objet de ce souverain mépris? 0 mon Jésus, en vous voyant ainsi humilié pour l'amour de moi, comment oséje prétendre à l'estime et au respect de mes semblables? Comment se fait-il qu'étant un indigne pécheur, je sois si plein d'orgueil et d'estime de moi-même? — 0 mon Rédempteur rassasié d'opprobres, faites qu'à votre exemple je supporte les mépris avec amour, que je me plaise dans l'éloignement et l'oubli des créatures. J'espère que désormais, avec le secours de votre grâce, je supporterai patiemment pour l'amour de vous tous les outrages et humiliations par lesquels vous permettrez que je sois éprouvé.

Pardonnez-moi l'orgueil de ma vie passée et donnez-moi votre amour. Je vous aime, mon Jésus méprisé, je vous aime et veux être tout à vous. Précédez-moi en portant votre croix, ô mon Maître et mon modèle : je suis résolu de vous suivre en portant la mienne et de ne plus vous abandonner, dussé-je mourir crucifié pour vous comme vous êtes mort crucifié pour moi. Mon Jésus, mon Jésus méprisé, je vous embrasse ; et c'est dans nos bras, étroitement uni à vous, que je veux vivre et mourir.

Vierge sainte, ô Marie, la plus humble et la plus humiliée après Jésus, obtenez-moi l'amour des mépris et des humiliations.

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