‹ Le divin SauveurChapitre 57 sur 103 · JÉSUS EST INTERROGÉ PAR CAIPHE , IL REÇOIT UN SOUFFLET · texte numérisé non relu

JÉSUS EST INTERROGÉ PAR CAIPHE , IL REÇOIT UN SOUFFLET

Jésus, traîné par les soldats, arrive enfin chez Caïphe. Ce pontife impie l'interroge sur ses disci-

pies et sur sa doctrine afin de trouver dans ses réponses quelque motif de condamnation. Jésus répond humblement : « Je n'ai point parlé en secret, mais en public; ceux qui m'entourent peuvent rendre témoignage de ce que j'ai dit. » Ego palam locutus sum mundo... ; ecce hi sciunt quœ dixerim ego (1). Il prend donc à témoin ses ennemis euxmêmes. Cependant après une réponse si juste et si modérée, un valet plus insolent que les autres s'élance du milieu de cette cohue, et traitant Jésus comme un téméraire, un insolent, il lui donne un violent soufflet en disant : Est-ce ainsi que tu réponds au grand-prêtre (2) ?

Ah ! mon Jésus ! une parole si simple et si humble méritait-elle un si sanglant outrage? L'indigne pontife en est témoin; mais bien loin de réprimander l'auteur de cet acte brutal, il l'approuve, au moins par son silence. Notre Sauveur ne voulait cependant pas qu'on pût l'accuser d'avoir manqué de respect envers le grand-prêtre; c'est pourquoi il dit à l'insolent valet : « Si j'ai mal parlé, faites voirie mal que j'ai dit; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous? » Si maie locutus sum, testimonium perhibe de malo; si autem bene, quid me cœdis (3). — 0 mon aimable Rédempteur, c'est pour expier les ou-. trages que j'ai faits à la Majesté divine par mes péchés que vous souffrez tout cela. De grâce, pardonnez-moi par le mérite de ces affronts que vous avez endurés pour moi.

(1) Jo.y 18, 20.

(2) Sic rospondes pontiflci. {Jo.} 18, 22.)

(3) Jo., 1S, 2\i.

AFFECTIONS ET PRIERES

0 Verbe incarné, ô Homme de douleurs, venu sur la terre pour y vivre constamment dans l'humiliation et la souffrance, ô le premier des hommes et le dernier de tous î Vous êtes bien le premier, vous qui êtes Dieu et souverain Maître de toutes choses ; mais vous êtes aussi le dernier, car vous avez consenti à être traité ici-bas comme le plus vil et le plus méprisable de tous, jusqu'à vous exposer volontairement aux soufflets, aux crachats, aux dérisions et aux malédictions de la populace.

O Agneau divin, ô Amour infini, digne d'un amour infini, ô vous qui avez sacrifié pour moi votre sang et votre vie! je vous aime et je vous offre aussi mon sang et ma vie. Mais, qu'est-ce que le sang d'une créature de néant auprès du sang d'un Dieu? qu'est-ce que la vie d'un pécheur comparée à la vie d'une Majesté infinie?

Mon bien-aimé Jésus, vous qui, mû par les entrailles de votre miséricorde, êtes venu sur la terre à la recherche des brebis égarées, ne vous lassez point de me chercher, tout misérable que je suis, jusqu'à ce que vous m'ayez retrouvé; souvenez-vous que pour moi aussi votre sang a coulé. — O mon Sauveur, qui pour l'amour de moi avez voulu être immolé sur la croix et y mourir consumé de douleurs, je vous aime et je désire me consacrer entièrement à votre amour. Étendez l'une de vos mains transpercées pour moi, et retirez-moi de la fange de. mes péchés; guérissez les innombrables plaies de mon âme ; déracinez de mon cœur toute affection qui ne serait pas pour vous. Vous le pouvez faire : faites-le; je vous en supplie par le

mérite de votre Passion et je l'espère de votre infinie bonté.

0 Marie, ma Mère, obtenez-moi les précieuses vertus d'humilité et d'abnégation afin que, détaché de moi-même, je m'attache plus fortement à Dieu.

jésus est déclaré digne de mort;

on l'arreuve d'outrages.

Le grand-prêtre poursuit le Sauveur de ses haineuses interrogations : « Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ Fils de Dieu (1). » Adjuro te, per Deum vivum, ut dicas nobis si tu es Christus Filius Dei ? Par respect pour l'auguste nom de Dieu, Jésus affirme qu'il en est ainsi : Tu dixisti. « Vous l'avez dit, » je suis vraiment le Fils de Dieu. Aussitôt Caïphe déchire ses vêtements en criant : Blasphemavit. « Il a blasphémé; » et tous les autres de s'écrier : Reus est mortis. « Il mérite la mort. » — Oui, mon Jésus, ils ont raison de vous déclarer digne de mort, puisque vous avez bien voulu vous charger de satisfaire pour moi qui ai mérité la mort éternelle.

« Alors, soldats et valets se mirent à lui cracher au visage, à l'accabler de coups de poing et de soufflets ». Tune exspuerunt in faciem ejus, et colaphis cum ceciderunt (2). Jésus ayant été jugé digne «le, mortet cette vile soldatesque le regardant des lors comme voué au dernier supplice, tous s'açharnenl à le maltraiter durant toute la nuit. Les uns lui donnent des coups de poing, d'autres des

(1) Mal th., 26, 61*.

(2) Maltli., 20, 61.

coups de pied; on lui arrache la barbe, on lui crache au visage ; enfin, on lui bande les yeux et on se joue de lui comme d'un faux prophète, en lui adressant ce défi : Allons, Christ, devine qui Va frappé (1). Ces diverses circonstances de sa Passion, Notre-Seigneur les avait prédites par l'organe d'Isaïe, en ces termes : J'ai abandonné mon corps à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui me donnaient des soufflets ; je n'ai pas détourné mon visage de ceux qui m'outrageaient et crachaient sur moi (2). Suivant saint Jérôme cité par le pieux Thauler (H), les avanies et les insultes qui furent prodiguées à Jésus durant cette horrible nuit, ne seront toutes connues qu'au jour du jugement général. Aussi, saint Augustin parlant des ignominies du Sauveur nous dit : « Si ce remède ne guérit pas notre orgueil, je ne sais ce qui pourra le guérir (4).

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon Jésus, comment êtes-vous si humble et moi si orgueilleux? Ëclairez-moi, Seigneur, faitesmoi connaître qui vous êtes et qui je suis. — Ex spuerunt in faciem ejus : On vous crache au visage! — 0 Ciel! y a-t-il plus grande avanie? « C'est le dernier des outrages (5). » dit Origène, c'est la

(1) Prophetiza nobis, Christe, quis est qui te percussit. {Malth., 26 68.)

(2) Corpus meum dedi percutientibus, et gênas meas vellentibus; faciem meam non averti ab increpantibus et conspuentibus in me. (/s., 50, 6.)

(3) De vita et Pass. Sntv. c. 17.

(4) Heec medicina, si superbiam non curât, quid eam curet nescio. {Serm , 77, E. B.)

(5.) Ad oxtremam injuria m pertinet sputamenta accipere. {In Matth., trf 35.)

suprême marque de mépris. Kl vous souffrez, ô Jésus, qu'on vous crache au visage! Cette troupe ignoble vous maltraite, vous frappe à coups de poing, à coups de pied, vous insulte, vous couvre de crachats, fait de vous son jouet; et vous ne faites entendre aucune menace, aucun reproche ! L'apôtre saint Pierre nous l'assure : // ne répondait point aux malédictions par des malédictions, ni aux mauvais traitements par des menaces; mais il s'abandonnait aux volontés injustes de son juge (1). Semblable à l'innocent agneau, humble et plein de douceur, o mon Jésus, vous souffrez tout cela sans même vous plaindre, et vous l'offrez à votre Père céleste pour nous obtenir le pardon de nos péchés, selon la prophétie d'Isaïe : // restera muet comme V agneau devant celui qui le tond, et il n'ouvrira pas la bouche (2).

Ah! mon aimable Seigneur, objet de tant de mépris, je vous reconnais cependant pour le Fils du Très-Haut; vous méritez d'être non point, certes, maltraité et méprisé, mais adoré et aimé de toutes les créatures. Je vous adore; je vous bénis et vous remercie de tous vos bienfaits. Je vous aime de tout mon cœur. Je me repens de vous avoir offensé. Assistez-moi, ayez pitié de moi.

O Marie, ma Mère, obtenez-moi la grâce de supporter toujours avec une inaltérable patience les outrages que j'aurai à supporter de la part de mes semblables.

(1) Cum malediceretur, non maledicebat ; cum pateretur, non oomminabatur: tradebat autem judlcantl s«i Injuste.

(2) Quasi iiKnus corapi tondente se, obmutescet et non aperiet os iuum. (/*., o3, 7.)

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