‹ Le divin SauveurChapitre 62 sur 103 · LA FLAGELLATION DE JESUS NOUS REVELE TOUTE LA MALICE DU PECHE · texte numérisé non relu

LA FLAGELLATION DE JESUS NOUS REVELE TOUTE LA MALICE DU PECHE

Les révélations de sainte Brigitte nous apprennent qu'en arrivant au prétoire et sur l'ordre des bourreaux, notre aimable Sauveur se dépouilla lui-même de ses vêtements, embrassa la colonne d'ignominie et présenta ses mains pour y être attaché. L'innocent Agneau est prêt à endurer son cruel supplice. Anges du ciel, venez assister à ce douloureux spectacle; et s'il ne vous est pas permis de délivrer votre Roi des barbares outrages que les hommes vont lui faire subir, venez du moins verser des larmes de compassion. — Et toi, mon âme, transporte-toi par la pensée au lieu où se déroule cette horrible scène. Regarde comme ton Jésus affligé, la tête penchée, les yeux baissés, attend dans l'attitude de la confusion l'indigne traitement.

Voici que les bourreaux comme autant de chiens furieux s'avancent armés de fouets pour tourmenter l'innocent Agneau. Vois : l'un frappe la poilrine, l'autre les épaules, celui-ci les côtes,

rclui-là les jambes; que dis-je? sa tête sacrée et son beau visage ne sont point épargnés. Déjà coule de toutes parts le sang divin : déjà les fouets, les mains des bourreaux, la colonne et la terre sont tout ensanglantés. Ces cruels bourreaux, acharnés contre leur innocente victime lui font plaies sur plaies, meurtrissures sur meurtrissures, et déjà ce corps sacré est tout en lambeaux. — Ah! cruels bourreaux! à qui vous en prenez-vous? Arrêtez ! arrêtez ! Sachez que vous vous êtes mépris : celui que vous frappez est innocent et saint; c'est moi qui suis le coupable ; c'est moi qui ai péché ; c'est donc à moi que sont dus les fouets et tous les supplices.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Fils de Dieu, ô fidèle ami de mon âme ! que vois-je? Vous, Majesté infinie, vous aimez un être vil et ingrat comme moi, au point d'assumer toutes ces peines pour l'exempter des châtiments qu'il mérite. O ciel! un Dieu flagellé! Le moindre coup porté à un Dieu devrait nous glacer d'épouvante, bien plus que l'anéantissement de tous les hommes et de tous les anges. Ah ! mon Jésus, pardonnez-moi mes offenses, puis châtiez-moi comme il vous plaît. Faites seulement que je vous aime et que je sois aimé de vous : cela me suffit ; du reste, je consens à soutïrir toutes les peines que vous voudrez m'infliger.

Ah! mon divin Maître flagellé, je vous remercie de tant d'amour, et je regrette d'avoir par mes péchés contribué pour une si grande part ;i vmis faire souffrir. Je déteste, ô mon Jésus, tous

plaisirs coupables qui vous ont causé tant de douleurs. Depuis combien d'années ne devrais-je pas brûler en enfer! Pourquoi, Seigneur, m'avez-vous attendu si longtemps avec tant de patience? Ah! je le comprends : c'est afin qu'un jour, vaincu par tous ces témoignages de votre bonté, je revienne à vous; vous voulez que je vous aime et que je renonce au péché. Mon bien-aimé Rédempteur, je ne veux plus résister à votre amour; je suis résolu de vous aimer à l'avenir autant que je le pourrai. Mais vous connaissez ma faiblesse, vous savez combien de fois je vous ai déjà trahi ; détachezmoi donc de toutes les affections terrestres qui m'empêchent d'être tout à vous. Rappelez-moi souvent combien vous m'avez aimé ; rappelez-moi tous vos titres à mon amour. 0 mon Dieu, mon amour et mon unique trésor, je place en vous toutes mes espérances.

En vous aussi j'espère, ô Marie, ma Mère; je ne serai donc pas éternellement confondu.

JÉSUS-CHRIST, BROYÉ POUR NOS PÉCHÉS, S'OFFRE POUR NOUS A SON DIVIN PERE.

Notre divin Sauveur est entre les mains de ses cruels bourreaux qui exécutent la première sentence de l'injuste Pilate, l'inhumaine flagellation. Le corps virginal de Jésus devient d'abord tout livide, et bientôt le sang commence à jaillir de toutes parts. Déjà, hélas! les chairs sont déchirées, et les bourreaux impitoyables continuent de frapper sur les plaies, faisant blessure sur blessure, ajoutanl douleur à douleur, comme l'a prédit un

prophète : Et super dolorem vulnerum meorwn addiderunt (1). 0 mon âme, seras-tu de ceux qui regardent d'un œil indifférent un Dieu flagellé? Considère les souffrances de ton bon Maître, mais plus encore l'amour avec lequel il supporte pour toi cette affreuse torture. Il est certain que durant sa flagellation Jésus pensait à toi. N'eût-il souffert pour ton amour qu'un seul coup, ne devrais-tu pas brûler d'amour pour lui, à cette pensée : Un Dieu a bien voulu être frappé pour moi ! Mais il ne s'est pas contenté d'un coup : il a voulu, pour effacer tes péchés, que toutes ses chairs fussent déchirées, comme Isaïe l'avait prédit : Ipse autem vulneratus est propter iniquitates nostras, attritus est propter scelera nostra^). « Il a été couvert de plaies pour nos iniquités ; il a été broyé à cause de nos crimes. » Hélas! s'écrie le même prophète parlant toujours du Messie : // n'a plus ni éclat ni beauté; nous lavons vu, et il n'avait plus l'aspect d'un homme. — Son visage caché sous les plaies et le sang, était tellement difforme, que nous n'avons pu le reconnaître. — Nous l'avons pris pour un lépreux, pour un homme que Dieu a frappé et humilié. — Il a véritablement pris le poids de not langueurs et il s'est lui-même chargé de nos douleurs (3).

Pendant que les bourreaux le frappent si cruel» lement, que fait notre aimable Sauveur? Il ne

(2 Is , 53,

(3) Non est ei species neque décor; et vidimus oum, et non erat aipectus. — Et quasi absconditus \ultus ejus et despeetus; unde nec reputa-vimus eum. — Et nos putavimus eum quasi leprosum, et percussum a Deo et humiliatum. — Yere lânguores nostros ipse tulit, et dolores nostros Ipse portavit. {Ibiil., :

parle point, ne se plaint pas, ne pousse pas un soupir ; mais il souffre patiemment et offre toutes ses souffrances à Dieu son Père, pour apaiser sa justice en notre faveur. Semblable à un agneau, muet devant celui qui le tond, dit saint Paul, il n'a •point ouvert la bouche (1).

- AFFECTIONS ET PRIÈRES

Le tondeur a bien soin de ne point entamer l'agneau qu'il tond et de ne lui enlever que la laine ; mais à vous, ô Jésus, ô Agneau de Dieu, ces barbares arrachent sans pitié et la peau et les chairs. C'est bien là le baptême de sang après lequel vous soupiriez si ardemment, quand vous disiez : Je dois être baptisé d'un baptême: et combien je me sens pressé, jusqu'à ce qu'il s' accomplisse (2). — Va mon âme, et lave-toi dans ce sang précieux qui a coulé si abondamment dans le jardin des Oliviers, dans le prétoire et sur le calvaire.

Mon doux Sauveur, pourrais-je encore douter de votre amour, en vous voyant tout couvert de plaies et tout déchiré pour moi? Chacune de vos blessures proclame votre amour pour moi, de chacune de vos plaies sort une voix qui sollicite mon cœur. Une seule goutte de votre sang, ô Jésus, suffisait pour me sauver; mais vous voulez le répandre entièrement et sans réserve, afin que sans réserve aussi je me donne à vous. Oui, mon Jésus, je me donne à vous sans aucune réserve. Agréez mon offrande et aidez-moi à vous être

(1) Sicut agnus coram tondente se sine voce, sic non aperuit os suum. (Act., 8, 32.)

(2) Baptismo habeo baptizari, et quomodo coarctor usqiu1dum perflciatur. {Luc, 12, £0.)

fidèle. Bénie soit à jamais votre miséricorde, ô mon Sauveur, ô vous qui avez accepté ces mille tourments pour nous délivrer des tourments éternels! Malheur, deux fois malheur à qui ne vous aime pas, ô Dieu d'amour!

O Marie, faites que j'aime Jésus et que par amour je supporte courageusement tous les mauvais traitements que je pourrai recevoir des hommes.

c'est de son gré que le fils de dieu a pris

sur lui la peine de nos peches.

Le prophète Isaïe continue de décrire les souffrances du Sauveur, telles qu'il les considère de son regard inspiré : Nous V avons vu : il était comme un lépreux, comme un homme que la main de Dieu a frappé et humilié. Il a été blessé pour nos iniquités; il a été brogé pour nos crimes. Le châtiment que nous devions subir pour être réconciliés avec Dieu est tombé sur lui, et nous avons été guéris puises meurtrissures. Nous nous étions tous égarés, comme des brebis sans pasteur, chacun s'était détourné du droit chemin pour suivre sa propre voie; et Dieu l'a chargé, lui seul, de l'iniquité de nous tous (1). — Jésus, dans son immense charité, se conforma spontanément et sans mot dire au dessein de son Père, qui le livrait à la rage des bouf-

fi) Kt nos [iiitiiviiims eum quasi leprosum, et percussum b Deô et humiliatum. — [peeautem vulneratae et propter Iniquitates nostras, attiitus est propter Bcelen uostra. — Disciplina pacis nostra super eum, el liTore ejua Banatl sumus. — ômnes nos quasi tnrea erratimus. umuquJsque in viam suain ilfclmavif : et DOBUit Doniinus in eo iniquit.i trin omnium nostrum. (/s., 53, 5-6.)

reaux : « Il a été sacrifié parce qu'il l'a bien voulu continue le prophète, et il n'a point ouvert la bouche. » Oblatus est quia ipse voluit; et non aperuit os suum (1). Le tendre agneau se laisse tondre sans se plaindre ; tel encore et plus patient que l'agneau, notre très aimant Rédempteur se laissa enlever jusqu'à la peau. Et quasi agnus coram tondente se, obmuteseet (2). « Gomme l'agneau devant celui qui le tond, dit Isaïe, il est resté muet. » Ainsi nous apparaît Jésus abandonné à la fureur de ses bourreaux dans la flagellation.

Quelle obligation le Fils de Dieu avait-il d'expier nos fautes? Aucune sans doute. Il a néanmoins voulu les prendre sur lui, par amour, afin de nous épargner la damnation éternelle. Et une fois chargé du poids de toutes nos dettes, par un pur eftet de sa bonté, il s'est sacrifié entièrement pour nous; et il en est venu jusqu'à mourir dans les tortures du crucifiement. « Je donne ma vie, dit le Sauveur, personne ne me la ravit, mais je la donne de mon propre gré. » Ego pono animam meam.., nemo tollit eam a me, sed ego pono eam a me ipso (3). Chacun de nous doit donc lui rendre grâces et lui dire avec le Prophète : Seigneur, vous avez arraché mon âme à sa perte; vous avez jeté derrière vous tous mes péchés (4). Dans votre miséricorde vous voulez bien les oublier et me les pardonner; soyez-en à jamais béni.

(2) lbid., 7.

p] Jo., 10, 7.

(4) Tu autem eruisti animam meam ut non periret, proiecisti post tergum tuum omnia peccata mea. (fs., 38, 17.)

AFFECTIONS ET PRIERES

Mon Jésus, c'est la peine due à mes péchés que vous avez daigné porter dans votre Passion. Si donc j'avais moins péché vous eussiez moins souffert. Je le sais, et je pourrais encore vivre sans vous aimer, je pourrais ne pas pleurer continuellement mes inconcevables torts à votre égard ! Non, mon Jésus, il n'en sera pas ainsi : ce serait trop d'ingratitude. Je me repens de vous avoir méprisé; je vous aime souverainement. De grâce, ne me punissez pas en me méprisant à votre tour. Agréez mon amour; car maintenant je vous aime et je ne veux plus aimer que vous. Je serais bien ingrat, si après que vous m'avez traité avec tant de miséricorde j'aimais encore à l'avenir quelque chose hors de vous.

Que pouviez-vous faire de plus, ô mon Jésus, pour me contraindre de vous aimer? Si un serviteur s'était seulement offert à mourir pour moi, quelle reconnaissance ne lui aurais-je pas! comment donc ai-je pu vivre si longtemps sans vous aimer, sachant que vous, ô mon suprême et unique Maître, avez daigné mourir pour être à même de me pardonner? Je vous aime, ô mon souverain Bien! et parce que je vous aime je me repens de vous avoir offensé.

O Mère de miséricorde, demandez à votre divin Fils qu'il me pardonne tous mes péchés.

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