COMBIEN FUT DOULOUREUX LE TOURMENT DES ÉPINES
Et plectentes coronam de spinis, posuerunt super caput ejus (1). « Ils tressèrent une couronne d'épines et la lui mirent sur la tête. » Le pieux Lansperge, parlant du couronnement d'épines, dit que ce supplice fut extrêmement douloureux; car les épines percèrent de toutes parts la tête sacrée de Jésus; et la tête est de toutes les parties du corps la plus sensible, puisque c'est de la tête
(l) Mallh., 27, 29.
que partent tous les nerfs et c'est à la tête que viennent aboutir toutes les sensations. Ce tourment fut en outre le plus long de tous, car le Sauveur porta jusqu'à la mort ces cruelles épines enfoncées dans sa tête. On ne pouvait toucher ni sa tête ni son affreux diadème sans renouveler toutes les tortures du couronnement. Selon le sentiment commun des auteurs et notamment de saint Vincent Ferrier, cette couronne fut faite de plusieurs branches entrelacées en forme de coiffure. D'après les révélations de sainte Brigitte, elle environnait toute la tête et descendait jusqu'au milieu du front. Saint Laurent Justinien ajoute avec saint Pierre Damien que les épines, fort longues, pénétraient jusqu'au cerveau (1).
L'Agneau plein de douceur laissait ses bourreaux le tourmenter à leur gré, sans dire un mot, sans faire entendre un cri; mais, fermant les yeux sous l'empire de la douleur, il poussait de fréquents et douloureux soupirs, comme un homme appliqué à la torture et qui va expirer : ainsi l'affirme une révélation faite à la bienheureuse Agathe de la Croix. Des filets de sang coulaient de sa tête endolorie et, comme l'a décrit sainte Brigitte, son visage, ses cheveux, ses yeux, sa barbe, en étaient maculés au point de paraître tout rouges de sang. « Ce n'était plus le beau visage du Seigneur .Jésus, dit saint Bonaventure, c'étaitcelui d'un hoiimiei'corché (2). » — « 0 Amour divin, s'écrie Salvien, je ne sais si je dois l'appeler doux ou cruel, car tu parais être en même temps
(1) SpinsB cerebrum perforantes. {De Tr. Chr. Ag., c. 14.)
(2) Non àmpliiM f.ici-'s bomini Jesu, led hominta escortât! vlderetur.
cruel et doux (1); doux pour nos âmes, ô mon Dieu, puisqu'il nous prouve l'excès de votre amour; mais cruel pour vous, puisqu'il vous fait endurer de si épouvantables tourments.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
O mon Sauveur affligé, ô Roi de l'univers, à quel degré d'humiliation vous vois-je réduit! Vous m'apparaissez comme un roi de théâtre, en butte à toutes sortes de mauvais traitements! De votre tête transpercée je vois couler votre sang adorable, qui inonde votre visage et votre poitrine! Ah ! mon Jésus, ces barbares pouvaient-ils pousser plus loin la cruauté envers vous, l'innocence même; et vous, pouviez-vous me témoigner plus de charité qu'en supportant pour moi avec tant de patience un si cruel tourment?
O épines, ingrates créatures, que faites-vous? Est-ce ainsi que vous traitez votre Créateur! — Mais faut-il s'en prendre aux épines? — O mauvaises pensées des hommes, c'est vous qui avez causé ce supplice à mon Rédempteur! — Oui, mon Jésus, c'est nous qui, par nos pensées perverses et \olontaires, avons formé votre couronne d'épines. Maintenant je les déteste, ces mauvaises pensées, je les abhorre plus que tout autre mal, plus que la mort. Humilié et contrit, je m'adresse à vous de nouveau, ô épines consacrées par le sang du Fils de Dieu : de grâce, percez mon cœur; pénétrez-le à jamais de la douleur d'avoir offensé un Dieu si bon. Et vous, ô mon aimable Jésus, qui avez tant souffert pour moi, détachez-moi des
(1) O Amor. quid te appellem nescio, dulcem an asperum ; utrurnque esse videris. (Êpist., 1.)
créatures et de moi-môme, en sorte que je puisse dire en toute vérité que je ne suis plus à moi, mais uniquement à vous, et tout à vous. Vous avez voulu être couronné d'épines pour nous obtenir une couronne de gloire dans le ciel. Mon très doux Sauveur, je vous en remercie, et j'espère être au ciel votre couronne en me sauvant par les mérites de vos souffrances. Là, je bénirai éternellement votre amour et vos miséricordes. Oui, « éternellement je chanterai les miséricordes du Seigneur. » Misericordias Domini in œternum cantabo. Amen.
0 Marie, Mère de miséricorde, protégez-moi, priez pour moi,