‹ Le divin SauveurChapitre 73 sur 103 · JESUS EST CONDAMNÉ A MORT POUR LE CRIME DE NOUS AVOIR AIMES · texte numérisé non relu

JESUS EST CONDAMNÉ A MORT POUR LE CRIME DE NOUS AVOIR AIMES

Nous avons vu Pilate aux prises avec les Juifs et plus encore avec sa conscience, qui lui défendait de condamner un innocent. Nous avons vu les Juifs réussir à intimider ce malheureux esclave du respect humain, par un seul mot : Si vous renvoyez cet homme coupable de s'être proclamé roi (1rs Juifs, vous n'êtes point l'ami de César. — Aveuli •'■ par la crainte de perdre les bonnes grâces de César, l'indigne juge qui avait reconnu et proclamé à plusieurs reprises l'innocence de Jésus, finit par le condamner à la mort de la croix : Tune ergo trailiilit illis Jesum, ui crucifigeretur(i). « Alors il leur livra Jésus pour être crucifié. » — Mon bien-aimé Rédempteur, s'écrie en soupirant saint Bernard, quel crime avez-vous donc commis pour être condamné à mourir et à mourir crucifié? Ah! reprend te saint, je trouve bien la cause de votre mort, je connais bien la faute dont vous êtes coupable : votre crime, c'est votre amour excessif pour les hommes; c'est lui, et non Pilate, qui vous c<>n-

(1) /o., 19, IH.

damne à mourir (1). « En vérité, reprend saint Bonaventure, je ne vois nulle autre cause de votre mort, ô mon Jésus, que votre excessive bonté pour nous (2). »

On fait lecture de l'injuste sentence au condamné Jésus; il l'écoute et s'y soumet dans l'attitude la plus humble. Il ne se plaint pas de l'injustice du juge; il n'en appelle pas à César, comme fera plus tard saint Paul; mais, plein de douceur et de résignation, il adore le décret de son Père éternel qui le condamne à la mort de la croix pour nos péchés. Bumiliavit semetipsum, factus obediens usque ad morlem, mortem autem crucis (3). « Il s'est humilié, dit saint Paul, il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. » Par amour pour les hommes, il se résigne à subir ce supplice : Dilexit nos et tradidit semetipsum pro nobis (4). « Il nous a aimés et il s'est livré pour nous. »

AFFECTIONS ET PRIÈRES

O miséricordieux Sauveur,' combien je vous suis obligé et combien je me sens pressé de vous témoigner ma reconnaissance! Je désire, mon Jésus, mourir pour vous qui avez accepté avec tant d'amour pour moi la sentence de mort portée contre vous par Pilate. Mais s'il ne m'est pas donné de vous offrir mon sang et ma vie dans les supplices, comme ont fait les martyrs, j'accepte du moins avec résignation la mort qui m'attend;

(1) Quid fecisti, innocentissime Sabrator, ut sic judicareris? Quia commisisti ? Peccatum tuum est «iraor tuus.

(2) Non in te video causam mortis, ni<i superabundantiam charitatis. {Stim. div. Am. p. 1. c-2.)

(3) Phil., 2, 8.

(4) Eph., 5, 2,

je l'accepte dans le temps et de la manière que vous voudrez choisir. Dès ce moment je vous l'offre comme un hommage à votre infinie Majesté et comme un acompte pour mes péchés ; et par les mérites de votre mort, je vous prie de m'accorder le bonheur de mourir dans votre amour et votre grâce.

0 mon Jésus, vous me dites par l'organe de l'Esprit Saint, au Cantique des Cantiques, que l'amour est fort comme la mort : Fortis est ut mors dilectio (1) De grâce, Seigneur, au nom de vos mérites, donnez-moi un si grand amour pour vous, qu'il me déprenne de toutes les affections terrestres. Faites-moi bien comprendre que tout mon bonheur consiste à vous plaire, à vous, mon Dieu, qui êtes toute bonté et tout amour. Je maudis le temps où je ne vous ai point aimé, et je vous remercie de celui que vous m'accordez encore pour vous témoigner mon amour. Je vous aime, 6 mon Jésus infiniment aimable et infiniment aimant, je vous aime de toute mon âme, de toutes mes forces, et je vous promets de mourir mille lois plutôt que de jamais cesser de vous aimer.

0 ma Mère, Marie, redites à votre divin Fils que je veux mourir pour lui plaire.

(1) Cant.,'B% 6.

JÉSUS SE SOUMET A LA SENTENCE DE PILATE, ET LE PÈRE ÉTERNEL LA CONFIRME POUR NOTRE SALUT.

Pilate avait, à plusieurs reprises, reconnu l'innocence de Jésus; il la proclame une dernière fois en se lavant les mains devant le peuple ; il proteste par là qu'il est innocent du sang de cet homme juste : Innocens ego sum a sanguine justi hvjus (1). Et après cette solennelle déclaration, il prononce la sentence de mort qui condamne Jésus à la croix. « Alors, dit le saint ^Evangile, il le livra aux Juifs pour être crucifié. » Tune ergo tradidit eis illum, vt crucifigvretur (2). 0 suprême injustice! le juge condamne l'accusé au moment même où il le déclare innocent! Saint Luc dit que Pilate remit Jésus entre les mains des Juifs, pour en faire ce qu'ils voudraient : Jesum vero tradidit voluntati eorum (3). On n'en agit pas autrement quand on condamne un innocent : on l'abandonne à ses ennemis pour qu'ils le fassent mourir et mourir au gré de leur fureur. — Malheureux Juifs, vous avez osé vous écrier alors : Sanguis ejus super nos et super filios nostros! (4). « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants, » Vous avez appelé le châtiment sur vos têtes, et le châtiment est venu ; votre nation porte et portera jusqu'à la fin du monde la peine de ce sang innocent.

(1) Matlh.y 27, 24.

(2) Jo., 19, 16.

(3) Luc, 23, 25.

(4) Matth., 27, 23.

Lecture est faite de l'injuste sentence en présence de notre Sauveur; il l'écoute et, entièrement résigné au juste décret de son Père éternel qui le condamne à mourir sur la croix, il s'y soumet humblement, pour expier non les prétendus méfaits que lui imputent les Juifs, mais nos fautes réelles qu'il s'est offert à expier par sa mort. Pilate dil sur la l^rre : « Que Jésus meure! » Et le Père éternel confirme cet arrêt dans le ciel en disant : « Que mon Fils meure ! » Jésus n'hésite pas à répondre : « Me voici, j'obéis, oui, je veuxbienmourir et mourir sur la croix. »

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon Jésus, vous êtes innocent, vous ne méritez point la mort, mais moi, je la mérite. Puisque vous avez bien voulu de votre plein gré satisfaire pour moi, c'est donc votre Père et non Pilate qui vous condamne justement à porter la peine méritée par mes nombreux péchés. Mon bien-aimé Rédempteur, en acceptant la mort qui m'est due vous m'obtenez la vie. Je vous en remercie, ômon, Amour, et j'espère aller un jour au ciel louer et remercier à jamais votre infinie miséricorde. Oui, « je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur » Misericordias Domini in œternum cantabo.

Tout innocent que vous êtes, vous acceptez la mort de la croix; il est juste que moi pécheur, j'accepte la mort que vous me destinez. Oui, je l'accepte de bon cœur, avec toutes les peines qui doivent l'accompagner; dès ce moment je l'olliv à votre Père éternel en union avec votre sainte mort. Vous êtes morl pour mon amour, j<i veux

mourir pour votre amour. Ah! mon Jésus, par les mérites de votre mort si amère, accordez-moi le bonheur de mourir dans votre grâce et tout brûlant de votre saint amour.

Marie, ô ma Mère, assistez-moi, surtout à l'heure de ma mort, et faites que je sois parfaitement résigné à la volonté de Dieu.

JÉSUS EST CHARGÉ DE SA CROIX QU'lL EMBRASSE AVEC AMOUR.

Pilate livre donc Jésus, l'innocent Agneau, à ses ennemis, à ces loups furieux qui ont tant de fois demandé sa mort. Il le leur abandonne sans condition : libre à eux d'en faire ce qu'ils voudront, Jesum vero tradidit voluntati eorum (1). Les bourreaux le saisissent avec violence. Sur le conseil des Juifs ils ôtent de dessus ses épaules le haillon de pourpre dont ils l'ont affublé par dérision, et ils lui rendent ses vêtements. Ils le dépouillèrent de son manteau dérisoire, dit saint Matthieu, lui remirent ses habits et remmenèrent pour le crucifier (2). « Ils en agirent ainsi, dit saint Ambroise, afin que, sur le chemin du Calvaire, le peuple vit bien que c'était Jésus que l'on conduisait au supplice. Sans cette précaution, ajoute le saint Docteur, on eût difficilement reconnu son , beau visage défiguré par le sang et les plaies (3). »

(i) Luc, 23,25.

(2) Exuerunt cum chlamyde, et induerunt eum vestimentis ejus, et duxerunt eum ut crucifigerent. [Mat th., 21. 31.)

(3) Induunt eum "vestimentis, quo melius ab omnibus cognosceretur ; quia cum faciès ejus esset cruentata et uYformata, non poterat facile ab omnibus agnosci,

Ensuite, ces cruels exécuteurs prennent deux pièces de bois brut, en font à la hâte une croix longue de quinze pieds, selon le témoignage de saint Bonaventure et de saint Anselme, et ils la jettent violemment sur les épaules du Sauveur. Mais, dit saint Thomas de Villeneuve, « Jésus n'attend pas que ses bourreaux le chargent de la croix; de son propre mouvement, avec joie, il la saisit et la charge sur ses épaules meurtries (1), » — Viens, dit-il, viens, croix chérie; il y a trentetrois ans que je soupire après toi et que je te cherche. Je t'embresse aujourd'hui avec bonheur et je te presse volontiers contre mon cœur, puisque tu es l'autel sur lequel j'ai résolu de sacrifier ma vie pour mes brebis.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon Jésus, votre saint Précurseur disait de vous : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi (2). « Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui porte les péchés du monde. » C'est bien le spectacle qui s'offre à mes regards. Je vous vois, mon Sauveur, chargé de la lourde croix qui repré- Bente 1rs juchés du monde et les miens en particulier. Vous l'acceptez et vous la portez par amour pour moi. 0 Agneau divin, si jusqu'à ce jour je ne vous ai pas aimé, je veux vous aimer dorénavant et à jamais. J'étais aveugle, mais vous m'avea • •claire; vous m'avez l'ail comprendre de quel mal honihle je me suis rendu coupable en vous méprisant, et quel amour su^ bornes méritent la

(l) Non eispectaril ut imponeretur sibl a milite, Bed tetus

iirrinuit. [De UHO Mart., conc. 3.) ta .In.. I

— Tôt —

bonté et l'amour infinis que vous m'avez portés. Grâce à ces lumières je me suis déjà repenti de vous avoir offensé, et maintenant je vous aime souverainement.

0 plaies, ô sang de mon Rédempteur, vous avez enflammé d'amour un si grand nombre d'âmes; enflammez aussi mon âme. Je vous en supplie, mon Jésus, rappelez-moi sans cesse votre Passion, les souffrances et les ignominies que vous avez endurées pour moi, afin que, détachant mon cœur des biens terrestres, je le reporte sur vous seul qui êtes tout mon bien, un bien infini. Je vous aime, Agneau de Dieu immolé et consumé sur la croix pour mon amour. Vous n'avez pas refusé de souffrir pour moi ; je ne refuse pas de souffrir pour vous autant qu'il vous plaira. Je ne veux plus me plaindre des croix que vous m'enverrez, moi qui devrais être depuis longtemps en enfer. Faites que je vous aime, et puis disposez de moi selon votre bon plaisir.

O Marie, faites que j'aime Jésus et que jamais plus je n'aie le malheur de l'ofïenser.

JÉSUS, NOTRE ROI, SE CHARGE DE LA CROIX POUR NOUS DÉCHARGER, NOUS SES SUJETS.

La croix commence à tourmenter Notre-Seigneur bien avant qu'il y soit cloué ; car une fois la sentence prononcée par Pilate on l'oblige de porter, du prétoire au Calvaire, l'instrument de son supplice; lui-même, de son plein gré, la charge sur ses épaules. « Et portant sa croix, dit saint Jean, il sortit pour monter au Calvaire. » Et baju-

fans sibi cruccm, exivit in eum qui dicitur calvari.e locum (1). Quelle ignominie pour le Sauveur et quel raffinement de cruauté de la part des Juifs! Accabler sous l'instrument du supplice un condamné à bout de forces ! Mais pour nous, chrétiens, quel mystère d'amour, que de voir ce divin Maître embrassant et portant avec courage sa lourde croix! En la portant Jésus voulut, en sa qualité de notre chef, arborer l'étendard sous lequel devait s'enrôler et combattre quiconque aspirerait à le suivre ici-bas pour marcher à la conquête du royaume des cieux : « Grande ignominie aux yeux de l'impie, dit saint Augustin, mais profond mystère aux yeux du croyant (2). Oui, l'incrédule qui considère cet homme forcé de porter lui-même le bois de son crucifiement n'est frappé que de cet extrême abaissement; mais l'homme de foi qui contemple avec quel amour Jésus embrasse sa croix admire un grand mystère : soldat de Jésus Christ, il s'anime à la vue de son divin chef portant l'étendard sous lequel devront combattre ici-bas ses partisans s'ils veulent régner ensuite avec lui dans le ciel.

Les tyrans, dit saint Basile, accablent leurs sujets de charges excessives; car ils n'ont en vue qu<> d'augmenter leur puissance. Jésus voulut au contraire prendre sur ses épaules le fardeau de la noix, la porter, s'y laisser clouer, y mourir : huit cela pour nous mériter le salut. Mais il exige que" sujets soient dignes de lui; c'est pourquoi il <lit i tous : «- Si quelqu'un veut venir après moi dans

fo., 19, n.

Bpectel impictas, grande ludibrium; si pletaa mysterium. {in Ju., tr. 117.)

mon royaume, qu'il se renonce, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Si quis vult post me ventre, abneget semetipsum, et tollat crucem suam, et sequatur me (1).

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 divin Agneau! n'êtes-vous pas encore rassasié de douleurs? Si vos souffrances n'ont pour but que de gagner mon amour, ah ! cessez de souffrir, car je veux vous aimer comme vous le désirez. — Non, te répond ton Sauveur, je ne suis point encore satisfait; je ne le serai que quand je me verrai mort pour ton amour. — Et maintenant où allez-vous, ô mon Jésus? — Je vais mourir pour toi : ne m'en empêche pas; je n'ai qu'une demande et une recommandation à t'adresser : quand tu me verras mort sur la croix pour toi, garde le souvenir de mon amour et n'oublie pas de m'aimer.

O mon divin Maître accablé de souffrances, qu'il vous en a coûté pour me manifester toute l'étendue de votre affection ! Quel avantage pouvait donc vous procurer mon amour, pour que vous ayez voulu l'acheter au prix de votre sang et de votre vie? Et moi qui vous dois tant, comment ai-je pu vivre de si longues années sans vous aimer, oublier toutes vos bontés à mon égard? Que je vous remercie de cette lumière qui m'éclaire en ce moment et me montre combien vous m'avez aimé! Je vous aime, ô Bonté infinie, je vous aime plus que tout autre bien; je voudrais, s'il était possible, reconnaître par le sacrifice de mille vies le sacrifice que vous avez fait pour moi de votre vie divine. Je

(1) Mallh., 16, 24.

vous en conjure par le mérite de vos souffrances, accordez-moi la grâce de vous aimer. Communiquez-moi ce feu sacré que vous êtes venu allumer dans le cœur des hommes, en souffrant et en mourant pour eux. Rappelez-moi sans cesse votre mort afin que je n'oublie jamais plus de vous aimer.

0 Marie, ma Mère, obtenez-moi un grand amour pour Jésus-Christ.

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