‹ Le divin SauveurChapitre 83 sur 103 · PAROLES DE JESUS EN CHOIX. — JESUS PRIE POUR SES BOURREAUX · texte numérisé non relu

PAROLES DE JESUS EN CHOIX. — JESUS PRIE POUR SES BOURREAUX

Pater! dhnittc Mis; non enim sciunt quid fnciunt (1). « Mon Père! pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » 0 tendresse de l'amour de Jésus-Christ pour les hommes! « Le Sauveur, remarque saint Augustin, demande pardon pour ses ennemis dans le moment môme où ils le maltraitent : c'est donc qu'il n'a pas égard aux injures et à la mort que ces malheureux lui font subir, il n'écoute que son amour qui le porte à mourir pour eux (2). »

Mais, dira-t-on, pourquoi Jésus pria-t-il son Père céleste de pardonner à ses ennemis quand il pouvait leur remettre lui-môme les injures qu'il en recevait? — « C'est, répond saint Bernard, qu'il voulait nous apprendre à prier pour ceux qui nous persécutent. — Chose admirable! dit ailleurs le môme saint, Jésus disait : Pardonnez-leur, et les Juifs criaient : Cruciiiez-le (3)! » — Arnauld de Chartres ajoute : « Tandis que Jésus s'efforçait de sauver les Juifs, ceux-ci travaillaient à se damner, mais auprès de Dieu la charité de son divin Fils remporta sur l'aveuglement de ce peuple ingrat (4). » Et saint Cyprien dit très bien : « Le

(i) Luc, 23, 34.

(2) Illis petebat reniant a quibus adhuc accipiebat Injuriant, non enim attendebat quod ;il» ipsis moriebatur, Md quia i>n> ipsis moriebatur. Jn Jo., tr. 31.)

(3) Non quia mm posset Ipse relnxare, ied u1 nus pro peraequentibus orare doceret. - lira res! lllc clamabat : Ignosce! — Judaei : Crucifigel ,6'. de Pass. /).)

(4) Cum Ipae ad !»<>«• attatur ut Mdtentur, Judsi ad hoc ut damnentur. Plus <k'l>ot apud Drum pusse Filii chantas, tjuam populi cscitas. (00 7 l'erOis.)

sang de Jésus-Christ donna la vie à ceux-là mômes qui le versaient (1). »

Oui, Jésus mourait avec un si vif désir de sauver tous les hommes, qu'il voulut faire participer aux mérites de son sang ses ennemis eux-mêmes qui le répandaient si cruellement. Dieu ne permit pas que la prière du Sauveur restât stérile. Aussi, saint Léon attribue-t-il à cette prière de Jésus- Christ la conversion de tant de milliers de Juifs qui se rendirent et embrassèrent la foi à la voix de saint Pierre (2). — « Regarde donc ton Dieu attaché à la croix, nous dit saint Augustin; écoute comme il prie pour ses bourreaux et ose ensuite refuser la paix à ton frère qui t'a offensé (3). »

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon cher Sauveur, me voici à vos pieds; je suis un de vos plus ingrats persécuteurs : Ah ! priez aussi pour moi ; suppliez votre Père de me pardonner. Les Juifs et les bourreaux ne savaient pas ce qu'ils faisaient en vous crucifiant, tandis que moi je savais bien qu'en péchant j'oflensais un Dieu crucifié et mort pour moi; cependant j'ai confiance dans les mérites de votre sang et de votre mort, et par ces mérites j'espère fermement que vous m'obtiendrez mon pardon de la divine miséricorde. Non, je ne puis douter de mon pardon quand je vous vois mourir pour me l'obtenir. 0 mon doux Rédempteur, je vous en conjure, abaissez sur moi ce môme regard d'amour dont

(1) Viviflcatur Chrlsti sanguine, etiam qui fudii sanguinem

Christi. {De Buno pat.)

(2) De l'ass., s. il.

(3 Serm., 49, E. R.

vous m'avez regardé on mourant pour moi sur la croix; oui, regardez-moi et pardonnez-moi toutes les ingratitudes dont j'ai payé votre amour. Je me repens de vous avoir méprisé, ô mon Jésus! je vous aime de. tout mon cœur et à votre exemple, parce que je vous aime, j'aime aussi tous ceux qui m'ont offensé ; je leur souhaite toute sorte de bien ; je me propose de m'employer à leur rendre service et de les secourir de tout mon pouvoir pour l'amour de vous, ô mon divin Maître, qui avez bien voulu mourir pour moi dont cependant vous avez reçu tant d'offenses.

O Père éternel, écoutez la voix de votre Fils bien-aimé qui vous prie de me pardonner. Il est vrai, je ne mérite pas cette grâce; mais Jésus la mérite pour moi, lui qui par sa mort a expié surabondamment mes péchés. Non, mon Dieu, je ne veux point m'obstiner comme les Juifs. Mon Père, je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé et je vous demande pardon par les mérites de Jésus-Chrîst.

0 Mère de miséricorde, Vierge Marie, priez pour moi.

JÉSUS PROMET LE CIEL Ai: BON LARRON.

Amen (fir<> tibi, hodie mecum cris in parudiso (1). u lui vérité, je te 1»' dis, tu seras aujourd'hui avemoi eu Paradis. » — Saint Luc^nous apprend que des deux larrons qui lurent crucifiés avec Jésus- Unïst, lun s'endurcit dans le péché «'t l'autri convertit, Ce dernier entendil son malheureux

compagnon qui insultait le Seigneur en lui disant : Si tu es le Christ, délivre-toi, et nous avec toi (1). Aussitôt il l'en reprit et protesta que pour eux ils étaient punis comme ils le méritaient, mais que Jésus était innocent : Si nous endurons ce supplice, c'est juste, nous ne l'avons que trop mérité par nos crimes; mais lui, il n'a fait aucun mal (2). Puis, s'adressant à Jésus lui-même : « Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi lorsque vous serez dans votre royaume. » Domine mémento mei, cum veneris in regnum tuum (3). Par ces paroles il le reconnaissait pour son véritable Seigneur et pour le Roi du ciel. Aussitôt Jésus lui promit le paradis pour ce jour-là même. En vérité, je te le dis, tu seras aujourd'hui avec moi en paradis. — Un savant auteur pense que, par suite de cette promesse, le bon larron vit réellement ce jour-là même la gloire de Jésus ressuscité, ce qui dès lors le rendit parfaitement heureux, bien qu'il ne pût avoir la jouissance de toutes les délices du ciel avant d'y entrer.

Admirons dans ce fait la bonté de Dieu. « Il donne toujours plus qu'on ne lui demande, dit saint Ambroise (4). Le pauvre pécheur prie Jésus de se souvenir de lui quand il sera dans son royaume, et le Seigneur lui promet qu'ils s'y trouveront ensemble ce jour-là même. Saint Jean Chrysostome remarque en outre que personne n'avait mérité la promesse du paradis avant ce larron

(1) Si tu es Christus, salvum fac temetipsum et nos. {LUC, 23, 39.)

(2) Et nos quidem juste, nam digna factis recipimus, hic vero nihil mali gessit. {fbid., 41.)

!3) Ibid., 42.

4 In Luc, 23.

converti (1). Alors se vérifie ce que Dieu a déclaré par l'organe d'Ezéchiel, que quand un pécheur se repent sincèrement de ses fautes, il les lui pardonne entièrement et les oublie comme s'il ne les avait jamais* connues : Si impius egerit pœnitentiam..., omnium iniquitatum ejus... non recordabor (2). Le Seigneur dit Isaïe, n'aura pas plus tôt entendu votre voix suppliante qu'il vous exaucera (3). Et saint Augustin aiïirme que Dieu est toujours prêt à embrasser les pécheurs repentants (4). Quelle confiance ne devons-nous donc pas avoir en la divine miséricorde, si nous nous repentons sincèrement de nos fautes.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mémento mei. « Souvenez-vous de moi. » Ainsi vous parlait le bon larron, ô mon Jésus, et il reçut de vous cette consolante réponse : Dès aujourd'hui tu seras avec moi en Paradis. Permet tez qu'à mon tour je vous dise : Mémento mei. Souvenez-vous, Seigneur, que je suis une de ces brebis pour lesquelles vous avez donné votre vie. Consolez-moi aussi, faites-moi connaître que vous me pardonnez, et pour cela imprimez dans mon cœur une vive douleur de mes péchés. O Pont i fe incomparable qui vous sacrifiez vous-même pour l'amour de vos créatures, ayez pitié de moi! Je vous consacre dès maintenant et pour toujours ma

(1) Nullum ante Latronem invenies repromiasionent paradis! iiK'iuissc.

(2) Ezech., 18, 21.

(3) Ad vocem chinons tni. itaUis ut audlerit, respondebit

til'i. (/y., 30, 19.)

(4) Faratus in amplexus peccatorum. (Man., o. 23.)

volonté, mes sens, mes satisfactions, tous mes désirs. Je crois fermement que vous, mon Dieu, vous êtes mort crucifié pour moi. Je vous en supplie, que votre sang divin coule aussi sur mon âme et me lave de mes péchés; qu'il m'embrase de votre saint amour afin que je sois tout à vous. Je vous aime, mon Jésus, et je désire mourir crucifié pour vous qui êtes mort crucifié pour moi.

Père éternel, je vous ai offensé; mais voici votre Fils bien-aimé qui, attaché à ce bois, vous offre en satisfaction pour mes offenses le sacrifice de sa vie divine. Moi aussi je vous offre ses mérites, qui sont tous à moi puisqu'il me les a donnés; et pour l'amour de ce divin Fils, je vous conjure d'avoir pitié de moi. La plus grande miséricorde que je sollicite de vous, c'est le don de votre grâce, que pour mon malheur j'ai tant de fois méprisée. Je me repens de vous avoir outragé, et je vous aime Oui, je vous aime, mon Dieu, mon unique bien, et pour vous plaire je suis prêt à souffrir toute sorte de maux, les humiliations, les douleurs, les privations et la mort.

0 Marie, souvenez-vous aussi de moi qui suis votre enfant, et par vos prières obtenez-moi une sainte mort.

LE BON LARRON SUR LA CROIX NOUS DONNE L'EXEMPLE DES VERTUS DE FOI, DE PÉNITENCE ET D'AMOUR.

Arnauld de Chartres énumère toutes les vertus que saint Dimas, l'heureux converti du Calvaire, pratiqua sur la croix : La Êoi, la crainte de Dieu,

la contrition et la confession publique de ses fautes, le zèle pour la gloire de Dieu, l'amour, la confiance el la prière.

Il pratiqua la foi en disant à Jésus : Quand vous aurez pris possession de votre royaume. Il témoignait ainsi Croire qu'après sa mort Jésus-Christ entrerait victorieux dans le royaume de sa gloire. « Il crut, dit saint Grégoire, au règne futur de celui qu'il voyait mourir (1). »

Il pratiqua la pénitence en confessant ses péchés publiquement et avec larmes, lorsqu'il dit : Notre supplice n'est qu'un acte de justice; nous V avons mérité par nos forfaits. Saint Augustin remarque qu'il n'osa espérer le pardon de ses péchés qu'après les avoir confessés : « Il n'osa dire : Souvenezvous de moi, avant de s'être déchargé du fardeau de ses péchés par l'aveu de sa culpabilité (2). » — « Heureux Larron! s'écrie saint Mhanase, par cette confession tu as conquis la couronne (3). »

Ce saint pénitent donna encore bien d'autres beaux exemples de vertus. Exemple de zèle pour la gloire de Dieu, il prêcha Jésus-Unis! en proclamant son innocence. Celui-ci^ dit-il, rCa fait aucun mal. Il pratiqua l'amour de Dieu en accepi;nil la mort avec résignation comme la peine due à ses péchés, ce qu'il exprima par ces paroles : Nous sommes traités connue nous le méritons. De là, plusieurs saints Docteurs n'hésitenl pas à l'appeler

(1) Ragnatunim credidit, quem morientem vidit. {Mur. l, is, o.

(2 Non est austis ante dicere : « Mémento mei; •• quara post cofifessionem iniquitatls Barcinam peccatonim depo rteret. [Serm. 155. E. H. app.)

o beatum Latronem : rapuitti regnum Ista anfeesione. ontra omn. fier.

martyr; et il le fut en effet, car lorsque les bourreaux lui rompirent les jambes, ils le firent avec plus de fureur et de cruauté parce qu'il avait reconnu l'innocence de Jésus; et le saint pénitent accepta ce surcroît de souffrance pour l'amour de son divin Maître.

Ainsi la croix, subie avec révolte par le mauvais larron ne fit qu'augmenter son malheur dans l'enfer ; tandis que soufferte avec patience par le bon larron, elle lui servit en quelque sorte d'échelle pour monter au ciel.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 bonté infinie de mon Dieu, qui ne vous aimerait de tout son cœur en considérant avec quelle miséricorde vous accueillez les pécheurs repentants! Mon Jésus, oubliez toutes les injures dont je me suis rendu coupable envers vous; ne vous souvenez que de la mort douloureuse endurée pour moi. Par cette mort, je vous en prie, accordez-moi place dans votre royaume éternel, et en attendant faites régner votre saint amour dans mon cœur durant toute ma vie. Que votre amour domine seul en moi; qu'il soit mon unique maître, mon unique désir, mon unique amour! Que vous êtes heureux, ô bon Larron! d'avoir si intimement uni vos souffrances et votre mort aux souffrances et à la mort de Jésus, puisque aussitôt vous en avez reçu la récompense par l'assurance du bonheur éternel.

Heureux serai-je moi-même, ô mon Jésus, si je puis mourir en vous aimant et en unissant ma mort à votre sainte mort! Dès à présent je vous

sacrifie ma vie, et je vous demande la grâce de pouvoir à l'heure de ma mort unir ce sacrifice à celui que vous avez offert à Dieu pour moi sur la croix. Par les mérites de votre mort, ô mon Sauveur, j'espère mourir dans votre grâce et en vous aimant d'un amour dégagé de toute affection terrestre, pour continuer à vous aimer de toutes mes forces durant toute l'éternité.

Vierge sainte, ô Marie, faites qu'a l'heure de ma mort mon dernier soupir soit un acte d'amour pour Dieu.

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