JESUS NOUS DONNE MARIE POUR MERE
La mère de Jésus, la très sainte Vierge Marie et Jean, le disciple bien-aimé, s'étaient approchés de la croix afin d'entendre plus facilement les dernières paroles du Sauveur, de le voir et d'être vus de lui plus distinctement. Les saintes femmes qui les accompagnaient se tenaient à très peu de distance; elles pouvaient encore facilement voir le Sauveur et en <Mre vues. Pourquoi est-il dit dans l'Évangile que Jésus vit sa Mère et son disciple bien-aimé : cum vidisset Jésus Matrem et discipulum quem diligebat (1), comme s'il n'avait vu personne autre? C'est, répond saint Pierre Chrysologue, que nous regardons toujours plus attentivement lea objets que nous chérissons davantage (2). Selon une révélation de la bienheureuse Vierge à sainte Brigitte, Jésus, pour voir samère qui était anpres de la croix, dut presser ses panpièrefl avec effort afin <1«' dégager ses yeux du sanu qui 1rs conviai I
(1) Jo., 19, 26.
(2) Semper amorti ooultn mutins intuttur. [Serin, 18.)
et lui ôtait l'usage de la vue (1). Ce fut alors que, s'adressant à cette tendre Mère et lui désignant du regard saint Jean, qui était près d'elle : « Femme, lui dit-il, voilà votre fils. » Mulier, ecce filins tu us. — « Ensuite il dit au disciple : voilà votre Mère. » Deinde dicit discipulo : ecce Mater tua. Mais pourquoi ce nom de femme à l'adresse de Marie plutôt que celui de mère'! La raison en est que Jésus, se voyant à l'article de la mort, voulait prendre congé de Marie. Comme s'il eût dit : Femme, je vais mourir, et bientôt vous n'aurez plus de Fils sur la terre; c'est pourquoi je vous laisse Jean mon disciple, qui vous servira et vous aimera comme un fils.
Au témoignage de toute l'antiquité, saint Jean resta toujours vierge; ce fut principalement ce qui lui valut l'honneur d'être donné pour fils à Marie et de remplacer Jésus-Christ auprès de sa Mère. De là ces paroles qu'on lit dans l'office de saint Jean : Oui Matrem Virginem virgini commendacil. « C'est à ce disciple vierge que Jésus confia la Vierge sa mère. » Après la mort de Notre-Seigneur, saint Jean reçut Marie dans sa maison, l'assista et la servit comme sa propre mère tout le temps qu'elle vécut encore sur la terre.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Reine des martyrs, les recommandations d'un fils bien-aimé qui va mourir sont trop chèros à une mère pour sortir jamais de sa mémoire. Souvenez-vous donc que votre divin Fils, qui vous a tant aimée, vous a donné aussi pour fils dans la
(1) Reo., 1. 4, c. 70.
personne de saint Jean le pauvre pécheur qui est à vos pieds. Au nom de l'amour que vous portez à Jésus, ayez compassion de moi. Je ne vous demande pas les biens de la terre; je ne désire et ne vous demande que le précieux trésor de la grâce et du saint amour. Je vois votre adorable Fils qui meurt pour moi au milieu de tant de souffrances; je vous vois, ô ma Mère, toute innocente que vous êtes, je vous vois endurer aussi pour moi de si grandes peines; et moi misérable, qui ai mérité l'enfer par mes péchés, je n'ai jusqu'ici rien souffert pour votre amour! Ah! je veux souffrir quelque chose pour Jésus et pour vous avant de mourir. C'est la grâce que je vous demande. Je vous dirai donc avec saint Bonaventure : « La justice exige que vous me donniez à souffrir, soit pour me punir si je vous ai offensée, soit pour me récompenser si je vous ai servie (1). »
O Marie, obtenez-moi une grande dévotion à la Passion de Jésus, un continuel souvenir de ses souffrances; et par cette extrême douleur dont votre cœur fut déchiré en le voyant expirer sur la croix, procurez-moi une bonne mort. A ce dernier moment, ô ma Souveraine, assistez-moi; faitrs que je meure en prononçant avec amour deux noms à jamais bénis, en disant de bouche et surtout de cœur : Jésus! Marie! je vous aime. Jésus! Marie! recevez mou âme.
(1)0 Domina! si te offendi, pro justitin cor meura \ul i tibi servi?!, pro mercede peto minera. (SftitH. tUt.
dm. p. i. c. 3.)
JÉSUS NOUS DONNE POUR MERE CELLE QUI ECRASE LA TÈTE DU SERPENT INFERNAL.
Revenons à cette délicieuse parole de Jésus à Marie : Mulier, ecce fdius tuus. — « Femme, voilà votre fils, » et tâchons de découvrir la raison intime pour laquelle Jésus l'appela femme, et non mère. — Par là, il nous montrait en Marie cette femme par excellence qui devait, suivant la promesse de Dieu, écraser la tête du serpent infernal. « Je mettrai, dit le Seigneur au démon, des inimitiés entre toi et la Femme, entre ta race et la sienne; elle t'écrasera la tête et tu chercheras à la mordre au talon. » Inimicitias ponam inter le et Mulierem, et semen tuum et semen illius; ipsa conterel caput tuum, et tu insidiaberis calcaneo ejus (1). Nul doute que cette femme ne soit la bienheureuse Vierge, Mère de Dieu. Marie en effet, par le moyen de son divin Fils, ou ce divin Fils lui-même par Celle qui l'a donné au monde, devait écraser la tête de Lucifer.
En disant au serpent : je mettrai des inimitiés entre ta race et celle de la femme. Dieu annonçait qu'après la ruine de l'humanité par le péché, la rédemption opérée par Jésus-Christ n'empêcherait pas qu'il y eût dans le monde comme deux familles et deux postérités. La race de Satan désignait la lignée des pécheurs, qui sont ses enfants imbus de son venin ; et la race de Marie désignait la famille sainte, qui comprend tous les justes avec Jésus-Christ leur chef. Marie fut donc
(l) Gen*, 3, 15.
prédestinée à être à la fois la Mère et du Chef et de ses membres, c'est-à-dire des fidèles, selon cette parole de l'Apôtre : Tous ensemble vous êtes un même corps dans le Chrixl Jésus; si donc vous êtes membres du Christ, vous êtes la postérité d'Abraham (1). Les fidèles forment un seul corps avec Jésus-Christ puisque le chef ne peut-être séparé de ses membres. Conséquemment ces membres sont tous enfants spirituels de Marie, car ils ont un même esprit avec son Fils premier-né, Jésus- Christ.
Denis le Chartreux dit que, dans la Passion, le sein de Marie se remplit du sang qui coulait des plaies de notre Sauveur, afin qu'elle pût en nourrir ses enfants. Par ses prières, ajoute-t-il, et par les mérites qu'elle acquit, principalement en assistant à la mort de Jésus-Christ, cette divine Mère nous obtint la grâce de participer aux mérites de la Passion du Rédempteur (2).
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Itère des douleurs, vous le savez, j'ai mérité l'enfer; je n'ai d'autre espérance de salut que dans la participation aux mérites que Jésus-Christ, votre divin Fils, nous acquit par son sang el par sa mort. Celle grâce, cette part de mérites, je l'attends de votre puissante intercession et je vous prie de me l'obtenir; je vous la demande pour l'amour de ce divin Fils que, sur le calvaire, vous avez vu de vos propres yeux incliner la tête
(l) (tonnes enim vos unum estis In Cbristo Jesu; si tutem vos Christi, ergo semen Abraba? estis. {Gui., 3, 28.)
Promeruit ut, per preces ejus ac mérita, meritum paàsionis Christ! communicetur hominibus. (De Laurf. \ M 23.)
et expirer après m'avoir recommandé à votre tendresse maternelle. 0 Reine des martyrs, ô Avocate des pécheurs, secourez-moi toujours, spécialement à l'heure de ma mort. Il me semble déjà voir les démons se presser autour de moi pendant mon agonie, et faire tous leurs efforts pour me jeter dans le désespoir à la vue de mes péchés. De grâce, quand vous verrez mon âme ainsi assiégée, ô ma Mère, ne m'abandonnez pas, aidez-moi de vos prières; obtenez-moi la confiance et la sainte persévérance.
Il peut se faire qu'à cette heure solennelle je perde la parole et l'usage des sens, que je ne puisse plus prononcer votre saint nom ni celui de votre divin Fils; c'est pourquoi je les invoque et je dis maintenant pour alors : Jésus et Marie, je vous donne mon cœur; Jésus et Marie, je vous recommande mon âme.