‹ Le divin SauveurChapitre 86 sur 103 · IS · texte numérisé non relu

IS

complir ma résolution. J'embrasse vos pieds, ô mon Jésus crucifié et désolé, c'est ainsi que je veux mourir.

O Marie, Mère des douleurs, priez Jésus pour moi.

COMBIEN LE DELAISSEMENT DE JESUS SUR LA CROIX FUT PÉNIBLE POUR LUI ET AVANTAGEUX POUR NOUS.

Le délaissement dont Jésus-Christ fut l'objet sur la croix dut être la plus cruelle de toutes les souffrances de sa Passion. De fait, Jésus endura sans ouvrir la bouche tous les mauvais traitements qu'on lui fit subir depuis son arrestation au jardin des Olives jusqu'à son crucifiement. Ce ne fut que sur la croix, un instant avant de rendre le dernier soupir, qu'il exhala une plainte en poussant un grand cri et en répandant des larmes, en même temps qu'il offrait au Père éternel ses prières et ses supplications. Preces supplicationesque..., cum clamore valido et lacrymis offerens (1). Par ce cri et ces larmes, le divin Maître voulait nous faire comprendre, d'une part au prix de quelles souffrances il nous a obtenu miséricorde auprès de son Père, et d'autre part combien est horrible le malheur d'être rejeté de Dieu et à jamais privé de son amour, malheur qui doit frapper les pécheurs impénitents, en exécution de la menace du Seigneur par son prophète : Je les rejetterai de ma maison, et jamais plus je ne les aimerai (2)

(1) fftfô.,5, 1.

(2) De domo mea ejiciam eos; non addam ut diligam eos. {Os. 9. 15.)

Lorsque nous nous trouvons plongés dans l'affliction et la désolation, et privés de la présence sensible de Dieu, unissons notre peine à celle de Jésus-Christ mourant sur la croix. Parfois Jésus se cache aux yeux des personnes qu'il chérit le plus; mais il ne s'éloigne pas de leur cœur, et il continue de les soutenir intérieurement par sa grâce. Il ne s'offense pas si, dans cet abandon, nous lui disons ce qu'il disait lui-môme à Dieu son Père au jardin des Olives : Pater mi, si possibile est, transeat a me calix iite. « Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi. » Toutefois il faut y ajouter aussitôt avec lui : Verumtamen, non sicut ego volo, sed sicut in (1). « Qu'il en soit cependant non comme je veux, mais comme vous voulez. » Si la désolation ne cesse pas, il faut avec le Sauveur continuer à répéter cet acte de résignation. Que Jésus se montre ou qu'il se cache, dit saint François de Sales, il est toujours également aimable.

Du reste, une âme qui a mérité l'enfer et qui s'en voit délivrée, doit se sentir contrainte de dire â Dieu : Seigneur, je ne suis pas digne de vos consolations; accordez-moi seulement la grâce de vous aimer, et je consens à vivre privée de toute consolation aussi longtemps qu'il vous plaira. Ah ! si les damnés pouvaient se conformer ainsi à la volonté de Dieu, leur enfer ne serait plus un enfer !

AFFECTIONS ET PK1KHI

0 Père éternel ! quelle peine vous a donc causée votre divin Fils pour que vous l'ayez condamné à

(1) M ait /t., 20, 39.

nne mort si arrière? Regardez-le sur cette croix : sa tête y est tourmentée par les épines; son corps, suspendu par trois crochets de fer, ne repose que sur ses plaies. Il est abandonné de tout le monde, même de ses disciples; ceux qui l'entourent le tournent en dérision et le blasphèment. Pourquoi donc, vous qui l'aimez infiniment, l'avez-vous aussi abandonné? Ah! je le comprends, ce Fils unique que vous aimez autant que vous-même s'est chargé de satisfaire à votre divine justice pour tous les péchés du monde. Il est le plus saint des hommes et la sainteté même; mais s'étant obligé à expier tous les péchés des hommes, il est juste que vous le traitiez comme le plus grand pécheur de l'univers. Nous méritions d'être à jamais abandonnés dans l'enfer et livrés à un désespoir éternel : il est juste qu'il meure sans consolation, abandonné même de vous, son divin Père, afin de nous délivrer de la mort éternelle.

0 mon Jésus, par les mérites de votre mort désolée je vous le demande, ne me privez pas de votre secours dans ce combat redoutable qu'au moment de ma mort j'aurai à soutenir contre l'enfer. Quand tout le monde m'aura abandonné et que personne ne pourra plus m'aider, ne m'abandonnez pas, vous qui êtes mort pour moi et qui pouvez seul me secourir dans cette extrémité. Seigneur, par le mérite de la peine si amère que vous causa votre abandonnement, faites qu'à ma dernière heure je ne sois point abandonné de votre divin Père ni privé de votre grâce.

Et vous, ô Marie, Mère de Dieu, aidez-moi de vos prières.

JÉSUS si: im.ai.nt DE LA soif.

Notre-Seigneur Jésus-Christ voulu it réaliser dans sa personne sacrée toutes les prophéties relatives au Messie, Sauveur des hommes. Voyant donc, dit l'Évangéliste saint Jean, qu'il restait nue de ces prophéties à accomplir, le Sauveur, sur le point de mourir, s'écria : Sitio. S'it soif(i). David avait dit on effet au nom du Messie : Dederunt in escam meain /'<'/, et in siti mea potaverunt me aceto (2), « Ils m'ont donné du fiel pour nourriture, et dans ma soif ils m'ont fait boire du vinaigre.

Grande devait être la soif corporelle de Jésus : il avait répandu presque tout son sang, d'abord pendant l'agonie au jardin des olives, puis an prétoire dans la flagellation et le couronnement d'épines, enfin sur la croix, où de ses mains et de ses pieds percés comme d'autant de sources jaillissaient quatre ruisseaux de sang. Mais bien plus ardente était sa soif spirituelle, clest-à dire le désir qui le consumait de sauver tous les hommes et de souffrir davantage encore afin de nous montrer l'immensité de son amour. Ce Sauveur plein <li' divine tendresse, désirait avec une ardeur extrême de posséder nos âmes, et pour les gagner il avait bâte de sacrifier sa vie mortelle en mourant sur la croix. Aussi saint Laurent .lustinien en parlant de, la soif de Jésus en croix, dit-il simplement : « Sitis li.i-r (Ir ardore nascitur charita

J) Postea sciens Jésus quia omnin ëonsummata »unt, ut cousummaretur Scriptura, «lixit : Sitlo! Je, 19 P*., 68, 22.

Dr Tr. Chr. .If/.. C 19.

Cette soif ne provient que de l'ardeur de sa charité. Par cette parole : Silio. J'ai soif, ajoute saint Basile de Séleucie, Jésus voulait nous donner à entendre que dans sa charité pour nous il mourait avec le désir de souffrir encore davantage, et que son désir allait bien au-delà de sa Passion (1).

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Dieu tout aimable, vous avez soif de nos âmes : . c'est que vous nous aimez beaucoup, et comme le dit saint Grégoire de Nazianze, vous désirez que nous aussi nous ayons soif de vous. Sitit sitiri Deus (2). » Quoi ! Seigneur, vous avez soif de moi, méprisable vermisseau, et je n'aurais pas soif de vous, mon Dieu, qui êtes le bien infini! De grâce, par les mérites de cette soif que vous avez endurée sur la croix, donnez-moi un ardent désir de vous aimer et de vous plaire en toutes choses. Vous avez promis d'exaucer toutes nos prières : Petite et accipietis. « Demandez et vous recevrez. » Je vous demande une seule grâce, le don de votre saint amour. J'en suis indigne, mais ce sera la gloire de votre sang divin d'embraser pour vous d'un amour spécial un cœur qui trop longtemps vous fit essuyer tant de mépris, de transformer en un foyer de charité un cœur tout rempli de fange et de péchés. N'avez-vous pas fait bien plus que cela en mourant pour moi?

0 Dieu infiniment bon, je voudrais vous aimer autant que vous le méritez. Je me réjouis de l'amour que vous portent les âmes ferventes et plus encore de l'amour que vous avez pour vous-même,

{{) 0 Desiderium passione majus I (2) Tetr. Sent. 31.

amour auquel j'unis le mien, tout faible qu'il est. Je vous aime, ô Dieu éternel! je vous aime, ô aimable Infini! Faites-moi croître sans cesse dans l'amour, par des actes souvent répétés et par des efFo/rts constants pour vous plaire en tout et toujours. Je suis bien misérable, je suis un néant; que du moins je sois tout à vous. Mon Jésus, à vous je me donne sans réserve et pour toujours. Vierge sainte, ô Marie, entretenez dans mon âme cet unique désir d'être tout à Dieu et de n'aimer que lui seul.

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